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lundi, 18 avril 2016

Dialogue citoyen: et si on avait parlé d'école ....

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Il y a quelques jours , l'Unicef a publié un rapport qui classe les 41 pays de l'OCDE selon les revenus, l'éducation, la santé et le bien être des enfants.  Et qui place la France en 37ème position pour l'accroissement des inégalités à l'école....  Sauf que ce rapport se base sur les chiffres de la dernière enquête PISA , effectuée en 2012 et qui sanctionne les effets de 10 ans de politique de droite dans l'éducation nationale.

Depuis son élection, François Hollande a fait de l'éducation nationale une priorité , que ce soit en termes budgétaires ou pédagogiques :

- recrutement d'enseignants (60000 en sus des départs en retraite ) pour remédier aux coupes sombres effectuées par Sarkozy qui considéraient les profs comme une variable d'ajustement budgétaire;

- formation des jeunes enseignants, que la droite avait supprimée, comme si le métier d'enseignant était le seul que ne nécessite pas un apprentissage ;

- priorité à l"école primaire avec de nouveaux cycles, de nouveaux programmes, de nouveaux rythmes scolaires , plus de maitres que de classes .... car c'est au primaire que l'essentiel se joue avec l'apprentissage de la lecture ; 

- et maintenant , réforme du collège avec en ligne de mire l'égalité, le changement de méthodes pédagogiques pour donner du sens aux apprentissages . Bref , une révolution silencieuse...

C'est parce que la gauche ne peut accepter que l'école accroisse les inégalités sociales que la loi de refondation de l'école a été faite. 

J'aurais aimé que , au cours de ce dialogue citoyen, cette question fondamentale soit évoquée !

Karine Chevalier

samedi, 16 avril 2016

@celine_pina : un silence coupable

Après avoir dénoncé la présence d'intervenants fondamentalistes du Salon de la femme musulmane de Pontoise, Céline Pina s'attaque aux compromissions des élus vis-à-vis de l'islamisme. Dans son premier livre, Silence coupable, dont nous publions les bonnes feuilles, l'ancienne conseillère régionale socialiste du Val-d'Oise, aujourd'hui retirée de la politique, pointe du doigt ces « barons locaux » qui favorisent le communautarisme en pratiquant le clientélisme dans les quartiers. Et décrit les silences coupables des politiciens trop effrayés par la perte de leur mandat pour s'opposer au noyautage des entreprises, des syndicats, des universités et de la fonction publique par l' » islam réactionnaire et traditionaliste ». Entretien dans le Point

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Céline Pina : J'ai eu un sentiment d'urgence. J'ai vu mon environnement changer, la radicalisation monter. Mon territoire est en région parisienne, je ne suis pas sûre qu'au fin fond de la Creuse le ressenti soit le même. Mais les islamistes sont en train de noyauter les fleurons de la République. Après mon intervention sur le Salon de la femme musulmane, j'ai eu la tentation du repli. Je me suis dit qu'il n'y avait que des coups à prendre. Mais j'ai fait un constat d'échec terrible. J'ai passé vingt ans de ma vie à faire de la politique et aujourd'hui je me réveille et je me demande à quoi j'ai servi. Au PS, j'ai perdu la plupart des combats que j'ai menés. Je me suis dit qu'il n'était jamais trop tard pour bien faire. Comme mon parti est englué dans des logiques électoralistes et clientélistes, il fallait que je libère ma parole. Donc je ne me suis pas représentée aux régionales, ce qui a arrangé tout le monde. J'ai quitté mon boulot en accord avec la députée qui m'employait parce que j'estime qu'on ne peut pas cracher dans la soupe et manger au râtelier. Il faut être cohérent.

Vous dites qu 'il n 'y a que des coups à prendre dans ce combat. Avez-vous pris des coups après avoir dénoncé la tenue du Salon de la femme musulmane ?

C'est avant tout ma famille politique qui m'a agressée. Avant cette histoire-là, mes rapports étaient déjà tendus avec le député de mon territoire. Mon côté très laïque et très républicain ne passait pas. Il m'a valu d'être très violemment attaquée, traitée d'« islamophobe », de « raciste », de « faire le jeu du FN ». Quand vous dérangez à l'intérieur d'un univers clos, l'agressivité que vous prenez est tellement forte que vous pouvez basculer du côté obscur de la force. Un des jeux des personnes qui veulent déstabiliser les lanceurs d'alerte, c'est de les recouvrir d'accusations jusqu'au moment où la personne sous le coup de la violence devient elle-même violente, perd le contrôle de soi et dérape. C'est ce que j'ai vécu. Il y a un moment où ça a été tangent. J'ai eu peur de basculer et de confondre combat et haine aveugle. J'ai dû travailler sur moi-même pour retrouver un discours ferme mais serein.

Avez-vous eu des pressions de religieux ?

Non. Après l'affaire du Salon de la femme musulmane, j'ai eu mille messages surFacebook en deux ou trois jours. J'ai eu peur. J'ai demandé à mon compagnon d'ouvrir, car je ne savais pas si j'allais être capable d'encaisser des messages violents. En fait, ce n'étaient que des messages de remerciement et de soutien qui venaient de toute la France, de toutes les confessions, de tous les âges. Je n'ai jamais reçu de menaces violentes.

Dans votre livre, vous dénoncez la progression du radicalisme islamiste. Vous insistez beaucoup sur la condition des femmes

Là où j'habite, à Cergy, quand on parle de voile, on ne parle pas d'un petit foulard. Beaucoup de femmes sont voilées de la tête aux pieds. La pression dans les quartiers est réelle. Les voilées font pression sur les autres dévoilées. Ce n'est pas de la théorie. Il y a des choses que j'observe dans l'école de mes enfants, des dialogues que j'ai avec des jeunes filles. Quand une gamine est voilée à 7 ans, comment voulez-vous qu'elle ait un rapport normal au corps ? On contraint les femmes à l'aliénation et à l'infantilisation. Leur refuser l'égalité, c'est discuter de l'appartenance des femmes à l'humanité. Quant aux hommes, ils sont à la fois astreints à une virilité extrêmement forte et castrés par la structure même du patriarcat. L'oppression des femmes permet d'exhiber une virilité que le patriarcat empêche. Les femmes sont au mitard. Elles vivent une succession d'enfermements. Ça tue le potentiel de créativité d'une société.

Les élus sont-ils les principaux responsables de la montée du radicalisme islamiste ?

Le problème de beaucoup d'élus, c'est leur médiocrité. Ils sont comme les jeunes de banlieue qui ont pigé que le discours de victimisation leur permettait de ne jamais prendre leurs responsabilités. Si vous êtes un véritable élu, vous commencez à expliquer ce qu'est la laïcité, pourquoi elle est utile à la vie en commun et pourquoi il ne faut pas transiger là-dessus. La condition est très claire : pour être intégré et français, on se fout de savoir d'où vous venez, depuis combien de temps vous êtes sur le territoire. Mais l'égalité entre les hommes et les femmes, la laïcité, ainsi qu'un certain nombre de principes, sont obligatoires. Les « accommodements raisonnables », on va dire ce que c'est : le recul des droits des femmes. Aujourd'hui, le déni est bien pratique chez les hommes politiques. Ils n'ont pas de projet de société, donc ils ne connaissent que ces recettes-là. Ils n'ont aucun projet politique à porter. Aujourd'hui, face à la violence islamiste et à la montée du FN, il nous manque un discours à la Churchill : « du sang, de la sueur et des larmes ». Mais nos politiques ne peuvent pas tenir ce discours, car, si on regarde leur parcours, on voit qu'ils n'ont jamais donné beaucoup d'eux-mêmes.

Silence coupable de Céline Pina (Kero, 256 p., 18,90 euros). Sortie le 18 avril.

vendredi, 15 avril 2016

Les ressorts d’un président que tout le monde a déjà enterré

 

 

Anne-Laure Constanza et Antoine Demeyer participent à l’émission « Dialogues citoyens » avec François Hollande, président de la république, sur France 2 .
Anne-Laure Constanza et Antoine Demeyer participent à l’émission « Dialogues citoyens » avec François Hollande, président de la république, sur France 2 . JEAN-CLAUDE COUTAUSSE / FRENCH-POLITICS POUR LE MONDE

Exercice fascinant. On l’enterre, il sort du sable et se réinstalle dans l’arène à sa façon : pugnace, mais jamais agressif. François Hollande tel qu’en lui-même. Interrogé par David Pujadas, souvent malmené par Léa Salamé, pris à partie par quatre Françaises et Français qui connaissaient leurs affaires, le chef de l’Etat n’a rien lâché jeudi 14 avril soir au cours de l’émission « Dialogues citoyens » sur France 2.

 

Et c’était déjà pour lui une victoire : montrer qu’il est là, qu’il compte encore alors que huit Français sur dix affirment ne pas vouloir qu’il se représente, que son camp se déchire et qu’au sein même de son gouvernement, des concurrents pointent le nez. Comme Emmanuel Macron, notamment en passe de devenir le plus féroce procureur des impasses du quinquennat. Après avoir lancé son mouvement En Marche, l’ambitieux ministre de l’économie s’en va chercher des financements à Londres et s’exhibe cette semaine à la « une » de Paris Match avec son épouse Brigitte.

 

C’en est trop, le président de la République le recadre d’un « il sait ce qu’il me doit », coup de griffe à son ancien conseiller qui proclamait naguère « je l’aime » et auquel il rappelle l’exigence de « loyauté personnelle et politique ». Ce faisant, François Hollande lève le doute s’il en existait encore un : il veut être candidat à sa réélection et s’il ne déclarera son intention aux Français qu’à la fin de l’année, il fera tout, avant, pour ne pas en être empêché car on en est là tant son impopularité est grande.

 

Mais quelles sont ses armes pour la reconquête ? Rien de régalien ni de monarchique, aucun coup de menton bien au contraire : les jeunes qui manifestent, le président les comprend, « la participation collaborative » il l’encourage. Dans une société éruptive qui menace de couper la tête de ses dirigeants, Hollande le plébéien joue inlassablement la carte du dialogue citoyen : écoute, compréhension, argumentation. C’est sa marque de fabrique. Dans le même type d’exercice, le face à face avec les Français, Jacques Chirac était naguère apparu déphasé, Nicolas Sarkozy bouillonnant, François Hollande, lui, joue l’apaisement et la raison.

On l’agresse ? Il ne s’énerve jamais, encaisse tout au risque de l’indifférence, mais il s’en défend et argue : « Quand on me blesse, j’ai le devoir de ne pas le montrer. » Question de pudeur ou simplement de protection car « être président de la République, c’est vivre tout le temps avec la tragédie ». Rappel de quatre années terribles dominées par la crise économique et la guerre contre le terrorisme. Il a de l’endurance.

Son second argument : « J’ai un cap », « un fil conducteur. » Enfin ! Car depuis quatre ans, que d’interrogations sur sa ligne, ses tergiversations, ses coups de barre à droite puis à gauche !« J’ai modernisé en protégeant le modèle social », explique le président et dans la foulée, toutes les mesures défilent : la prime d’activité, la CMU, la garantie jeune, les bourses étudiantes, mais aussi le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, le « zéro charges sur le SMIC » et tous les articles du projet de loi El Khomri. François Hollande n’est jamais pris en défaut, il connaît par cœur le moindre dispositif adopté par ses gouvernements parce qu’en technocrate accompli, il a constamment mis la main à la patte. Mais cela ne suffit pas.

 

Le chef de l’Etat peut bien plaider la défense de son quinquennat avec l’intention évidente de reconquérir le peuple de gauche qui non seulement le boude, mais souvent le conspue, son discours manque de souffle, à la fois trop technique et trop vague : « moderniser » ne constitue pas un projet de société dans une société qui doute si fort de son avenir. « Protéger le modèle social » apparaît par trop conservateur pour le camp du mouvement qu’a toujours voulu incarner la gauche. Elu en 2012 sur la promesse du « changement c’est maintenant » François Hollande reste sur ce terrain-là en gros déficit d’explication et de proposition. Il a un an pour combler le vide.

Françoise Fressoz, Le Monde

 

dimanche, 03 avril 2016

Le relativisme culturel contre l'universalisme de la République

 

Elisabeth Badinter le 1 juin 2015 à Tomblaine.

La philosophe Elisabeth Badinter est une figure du féminisme universaliste. Militante de la laïcité, elle appelle au boycott des marques de vêtements qui se lancent dans la mode islamique. Elle est l’auteure, notamment, deFausse route  : réflexions sur trente années de féminisme (Odile Jacob, 2003).

La gauche a-t-elle fait fausse route face au communautarisme ?

La gauche est coupée en deux pour des raisons idéologiques respectables et des motivations politiques qui le sont moins. Ma génération a été élevée au lait du relativisme culturel de Claude Lévi-Strauss, qui nous apprit à nous défier du péché d’ethnocentrisme, à penser qu’aucune culture n’était supérieure aux autres.

Dans les années 1980, le différentialisme philosophique, largement porté par les féministes américaines, est venu renforcer cette vision du monde. Les universalistes, Simone de Beauvoir en tête, pensaient que les ressemblances entre les hommes et les femmes primaient sur leurs différences. Dans les années 1980, les différentialistes insistaient au contraire sur leurs dissemblances. La collusion du relativisme culturel et du différentialisme fut dramatique et contribua à la remise en cause de l’universalité des droits de l’homme.

Vivons-nous la fin de l’universalisme ?

Nous avions pensé qu’il y avait des valeurs universelles, que les libertés individuelles et l’égalité des sexes s’appliquaient à tous les êtres humains. Or aujourd’hui une partie de la gauche est imprégnée de l’idée que toutes les cultures et traditions se valent et que nous n’avons rien à leur imposer. L’universalité des droits de l’homme est certes contestée, mais ce n’est certainement pas sa fin.

Avez-vous un souvenir précis de ce ­basculement idéologique ?

Au début des années 1980, j’ai vivement critiqué la défense du droit à l’excision et à la polygamie sur le sol français par Danielle Mitterrand. Pour l’épouse du président, cette permission était le signe d’une tolérance supplémentaire, voire d’un progrès de la démocratie  : nous sommes capables de respecter croyances et traditions des autres cultures. Une partie de la gauche a baissé la garde devant les souffrances des victimes de ces pratiques. Mais à ce moment-là, la majorité des féministes trouvaient aberrant que l’on puisse accepter d’exciser des petites filles.

En 1989, l’affaire du foulard de Creil vous conduit à signer un manifeste contre le « Munich de l’école républicaine  ». Est-ce un nouveau tournant ?

Malgré notre appel, c’est cette gauche «  tolérante  » au gouvernement qui emporte la partie. Certains le regrettent aujourd’hui. Car la «  tolérance  » s’est retournée contre celles que l’on croyait aider. 1989 est un tournant, incontestablement. Mais un autre basculement s’opère dès 1991, celui de la guerre civile algérienne, lors de laquelle le Front islamique du salut s’affronte au gouvernement algérien, qui contient les prémices de la dérive actuelle. Les féministes venues d’Algérie ou d’Iran n’ont pourtant pas cessé de nous avertir  : «  Vous ne voyez pas que ce qui se passe chez nous va arriver chez vous ?  » En l’espace de dix ans, de nombreuses filles des quartiers se sont mises à porter le voile en France. Révélation divine  ? Non, montée de la pression islamique. Seule la loi peut protéger celles qui le portent sous cette pression. Or, lorsqu’on les soutient, on est considéré comme «  islamophobe  ».

C’est pour cette raison que, comme vous l’avez déclaré, «  il ne faut plus avoir peur d’être islamophobe  »  ?

Je considère que la plupart des Français partagent ce point de vue mais qu’ils sont tétanisés par l’accusation d’islamophobie. Etre traité d’islamophobe est un opprobre, une arme que les islamo-gauchistes ont offerte aux extrémistes. Taxer d’islamophobie ceux qui ont le courage de dire  : «  Nous voulons que les lois de la République s’appliquent à tous et d’abord à toutes  » est une infamie. Pour ma part, je persiste et je signe. Les islamo-gauchistes sont certes une minorité, mais influente et largement relayée par des grands médias et journalistes de gauche qui, par là même, se coupent du pays réel.

La République, c’est la liberté, mais aussi l’égalité. Ce repli communautaire ne prospère-t-il pas aussi sur les fractures sociales françaises ?

L’injustice dont sont victimes les populations issues de l’immigration est insupportable, mais elle touche aussi ceux qui vivent dans les quartiers difficiles. La République n’a pas su fédérer et proposer un horizon d’émancipation. Et l’éducation nationale s’est affaissée, sous le coup des idéologues qui, là encore et toujours au nom de la différence culturelle et de la tolérance, ont enfermé ces jeunes dans leur ghetto. Le bac ne vaut plus rien. L’université est en crise. Et certains intellectuels voudraient en profiter pour supprimer les grandes écoles… Or je crois en l’élite républicaine, même si ce mot est devenu obscène. Sans élite, il n’y a pas de République qui vaille.

Rachida Dati, Najat Vallaud-Belkacem, ­Myriam El Khomri  : ces femmes issues de l’immigration maghrébine n’incarnent-elles pas cette élite républicaine  ?

Ces femmes prennent la place qu’elles méritent dans la société. Il y a aussi une montée en visibilité de tous les jeunes issus de l’immigration dans les hôpitaux, les écoles, la police ou l’entreprise. Et c’est heureux. Mais, dans une certaine frange des quartiers, ces femmes dont nous parlons ne sont peut-être plus des modèles pour toutes car, adoptant les valeurs de la République, elles ont tourné le dos aux traditions ancestrales.

Patrick Kanner, le ministre de la ville, de la jeunesse et des sports, a-t-il raison de dire qu’il y a une centaine de Molenbeek en France  ?

Je n’en sais rien. Tous les habitants de Molenbeek ne sont pas des terroristes en puissance, pas plus que les habitants des cités françaises qui refusent, dans leur grande majorité, cette radicalisation. Mais pour 5  000 personnes signalées comme radicalisées, combien de sympathisants  ? Quel que soit le chiffre, la prise de pouvoir idéologique et politique de ces territoires perdus de la République est manifeste.

Interrogée sur ces marques qui, comme H&M et Dolce & Gabbana, lancent des articles de mode islamique, la ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes, Laurence Rossignol a fait un parallèle entre les femmes voilées et les esclaves noirs américains. Une comparaison fautive  ?

La ministre a eu un mot malheureux en parlant de «  nègres  », mais elle a parfaitement raison sur le fond. Je pense même que les femmes doivent appeler au boycott de ces enseignes.

Faut-il, comme certains élus le souhaitent, interdire les conférences de Tariq Ramadan  ?

 

La liberté d’expression n’est pas négociable dès lors qu’elle n’appelle pas à la haine de l’autre. Mais les propos de ce prédicateur subtil exigent un décryptage comme le fit Caroline Fourest.

 

Le relativisme culturel est-il mort avec les agressions de Cologne  ?

Je ne le crois pas. Les prises de conscience sont – hélas – souvent éphémères. L’affaire de Cologne m’a impressionnée car elle nous plaçait ­devant l’alternative suivante  : faut-il défendre d’abord les femmes agressées ou bien protéger les réfugiés des amalgames  ? Pris en tenaille entre l’extrême droite qui voulait mettre tous les immigrés dans le même panier et le gauchisme qui voulait, une fois encore, relativiser, Cologne a conduit les féministes universalistes à condamner fermement les agressions sexuelles tout en prenant soin de ne pas associer tous les immigrés à ces pratiques honteuses. Et d’ailleurs, comment ne pas être touchée par tous ces réfugiés qui disaient ou écrivaient  : «  Pardon, nous n’y sommes pour rien  »  ?

Lorsque des agressions sexuelles sont commises par des immigrés à Cologne, on met en cause leur culture d’origine. Lorsque des scandales de pédophilie éclatent dans l’Eglise, on individualise les fautes. Deux poids, deux mesures  ?

Non. Parce que l’Eglise catholique ne prêche plus l’inégalité des sexes et qu’elle condamne fermement la pédophilie, même si elle a longtemps protégé les siens. Le cas des prédicateurs islamiques est différent. N’a-t-on pas entendu, hier encore, un imam prêcher la soumission sexuelle des femmes à leur mari, sans qu’aucune autorité s’en émeuve  ?

Comment définiriez-vous la «  troisième voie  » que vous appelez de vos vœux ?

La troisième voie, ce n’est pas seulement une grande partie de la gauche et de la droite, c’est l’exigence républicaine. Et je pense que ce courant majoritaire en France ne se sent pas assez représenté et soutenu. Cette voie, héritée de la IIIe République, refuse d’acheter la paix sociale par le communautarisme et la reconnaissance du primat du religieux sur le politique. Mais cette troisième voie ne peut se réduire à des rappels à la loi et des interdictions. Elle doit s’accompagner d’un souci des plus démunis. Ramener dans le giron de la République cette frange de la population en sécession doit être la priorité absolue de la France.

Mais le djihadisme n’est pas toujours lié au communautarisme…

En effet. Au-delà des têtes pensantes manipulatrices, les petits soldats du djihad, y compris les jeunes convertis, ne sont qu’un cocktail explosif de fragilités psychologiques, sociales ou intellectuelles. N’oublions pas que ces terroristes du 13 novembres et du 22 mars sont de petits délinquants minables. La société tient bon. Les Français ont refusé l’amalgame, ce qui mérite vraiment d’être salué. Mais jusqu’à quand  ?


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/04/02/elisabeth-badinter-une-partie-de-la-gauche-a-baisse-la-garde-devant-le-communautarisme_4894360_3232.html#4JZ2XDLzFKwlR7Cd.99

dimanche, 13 mars 2016

Amine El-Khatmi : "Au PS, la laïcité est un véritable tabou"

Amine El Khatmi, maire-adjoint socialiste d'Avignon, est l'un des initiateurs du manifeste pour un Printemps républicain. Pour ce jeune élu, il y a urgence à "s'organiser concrètement pour mener ce combat de la laïcité" face à la montée en puissance des attaques contre les principes républicains.

Marianne. — Comment est née l'idée de ce Printemps républicain dont vous êtes l'un des initiateurs ?

Amine El Khatmi. — On a assisté, durant ces derniers mois, à des débats publics de plus en plus tendus notamment autour de l'Observatoire de la laïcité. Et certains d'entre nous qui prenions part à ces échanges se sont fait violemment attaquer par des gens qui semblaient très bien organisés. Or nous, face à cela, nous étions éparpillés. Nous n'avions que notre bonne volonté, nous qui défendons la laïcité. C'est de ce constat-là que avons décidé de nous rassembler, de nous organiser concrètement pour mener ce combat de la laïcité. Et comme les partis politiques ont failli sur ce terrain, qu'ils ne veulent pas mener cette bataille, il fallait créer une structure de riposte. Il y a aussi cette attente chez nos concitoyens. Je reçois depuis plusieurs semaines des centaines de courriers de personnes qui expliquent qu'elles sont en total accord avec le combat que nous menons mais que malheureusement, faute de structure, elles se sentent bien seules. C'est la raison même du Printemps républicain.

 

Vous parlez d'attaques. Comment se sont-elles manifestées ?

Au niveau local, à Avignon, nous sommes très soutenus. Nous avons à la tête de la ville une femme politique qui est très convaincue sur ce sujet-là et qui a toujours refusé toute forme de clientélisme. C'est surtout une violence qui se déverse sur les réseaux sociaux. Ce qui m'a marqué d'ailleurs, c'est l'organisation quasi-militaire de ces gens-là. Comme s'il y a avait des google groups de riposte équivalant à ce que les partis politiques mettent en place lors des campagnes… Il y a certainement des personnes qui consacrent énormément de temps à lancer des cabales contre les défenseurs de la laïcité. C'est ce qui m'a convaincu de cette nécessité que nous, républicains, nous devions nous organiser. Ce n'est pas à nous, qui ne nous bornons qu'à rappeler des évidences, de nous taire. Le Printemps républicain servira aussi à ça. A faire entendre de nouveau, et de manière commune, une voix républicaine.

 

Au sein de votre famille politique, le Parti socialiste, où en est le débat sur la laïcité ?

Au PS, la laïcité est un véritable tabou. Il suffit de constater que nous avons un secrétaire national au sport, à l'outre-mer ou au numérique mais aucun secrétaire national chargé de la laïcité… C'est aberrant. Il existe aujourd'hui au PS trois pôles. Ceux qui se battent pour que les socialistes se saisissent de cette question et défendent la laïcité. Pour éviter que le FN récupère ce combat-là, en sachant parfaitement que dans la bouche de Marine Le Pen, la laïcité n'est qu'un simple outil de stigmatisation des Français musulmans. Il y a ceux qui disent qu'il ne faut surtout pas en parler, que ce n'est pas un sujet et qu'il y a des questions plus graves. Enfin, ceux qui ont plongé ouvertement dans le clientélisme communautaire et sont protégés par le PS. Pour certains, il est plus important de garder une ville que de savoir comment on le fait.

 

Y a-t-il vraiment "urgence", comme vous l'écrivez dans votre appel ?

Il y a, je pense, un virage dangereux qui est en train de s'opérer. Je le ressens depuis quelques mois. On est arrivé à un tel niveau de violence que l'on ne peut plus débattre sereinement de sujets sans que cela provoque des montées en pression considérables. Sur des choses qui semblent pourtant évidente , pointant la main mise des salafistes sur le Salon de la femme musulmane, qui a été accusé d'instrumentaliser l'affaire pour garder sa place de conseillère, ou lorsque l'on s'interroge sur ces élus de la République qui arborent des signes religieux visibles. On est tout de suite pris à partie. Celui qui lance l'alerte se retrouve alors sur le banc des accusés.

 

Le Printemps républicain se limitera-t-il à un simple événement ou souhaitez-vous lui donner une forme pérenne ?

On ne se bat pas simplement pour faire un coup, un one shoot et puis s'en va. Cela ne servirait à rien. L'idée du Printemps républicain est de s'organiser dans le temps. Mais nous n'en sommes qu'au début de la réflexion. Je ne sais pas encore quelle forme cela prendra. Ce qui est clair, c'est que le Printemps républicain qui sera lancé le 20 mars ne fait que commencer. Il suffit de voir la diversité et la richesse des personnalités qui ont signé notre appel pour voir son potentiel.

 

mardi, 08 mars 2016

Féminisme et islam : l’inversion des valeurs d’E. Aeschimann et M. Vaton

 

Dans un article publié par l’Obs en ligne le 5 mars 2016, les journalistes Eric Aeschimann et Marie Vaton nous assurent que non seulement l’islam ne serait pas incompatible avec l’égalité entre hommes et femmes, mais qu’il serait un vecteur de cette égalité. Et que toute critique de cette position en forme d’oxymore serrait une fois de plus la manifestation de la pensée étriquée de notre pays, pensée véhiculée entre autre par ces deux dangereuses féministes occidentales que seraient Elisabeth Badinter et Caroline Fourest.

Ils tentent de nous démontrer à quel point notre laïcité est ringarde, face à l’intelligence du dialogue interreligieux et aux avancées majeures des féministes américaines, conciliant Coran et liberté des femmes.

Face à un tel océan d’effarante absurdité, nous rappellerons les mots de Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, à propos de l’attaque qu’a subie Kamel Daoud : « Quand on choisit Tariq Ramadan comme partenaire et Bernard Cazeneuve comme cible ou que l’on affirme comme Edwy Plenel, que Manuel Valls c’est pire que Marine Le Pen, il y a clairement un problème d’inversion des valeurs. »

Disons à notre tour que lorsque l’on choisit le voile et les textes religieux comme illustration du chemin des femmes vers la liberté et Elisabeth Badinter et Caroline Fourest comme cibles, laissant entendre qu’elles sont d’une grande pauvreté conceptuelle, il y a clairement un problème d’inversion des valeurs.

Comité Laïcité République

vendredi, 04 mars 2016

Soutenons Kamel Daoud !

 

Les attaques, la hargne inouïe dont Kamel Daoud fait l’objet depuis quelques jours ne peuvent que nous interpeller, nous indigner. Et pour tout dire : nous consterner.

Certains universitaires, sociologues, historiens, l’accusent, dans une tribune – plutôt un réquisitoire – d’alimenter, au sein de notre société, de prétendus fantasmes contre les musulmans. Au lieu d’éclairer, de nuancer, de critiquer – avec cette juste distance que réclame pourtant le travail du chercheur –, ils condamnent de manière péremptoire, refusent le débat et ferment la porte à toute discussion.
Le résultat est connu : un romancier de talent – et sur qui pèse déjà une « fatwa » dans son pays – décide, face à la violence et la puissance de la vindicte, de renoncer à son métier de journaliste. C’est tout simplement inconcevable.
Cette manière de mener le débat public est le signe d’un profond malaise de l’intelligence, d’une grande difficulté, dans notre pays, à penser sereinement le monde d’aujourd’hui, ses dangers. Et d’une trop grande facilité à repousser tous ceux qui s’y essayent.
Pourtant, dans une époque de plus en plus indéchiffrable, gagnée par la montée des extrémismes, des fanatismes, les analyses de Kamel Daoud – et d’autres avec lui – peuvent nous être d’un grand secours. Car derrière les caricatures qui en ont été faites, l’écrivain algérien nous livre un point de vue éclairant et utile, celui d’un intellectuel, d’un romancier. Une réflexion à la fois personnelle, exigeante, et précieuse.
Personnelle, parce que Kamel Daoud n’avance pas sans preuves. Il nous parle du réel, de ce qu’il voit, de ce qu’il ressent, de ce qu’il vit aussi. Ce sont des réalités longuement étudiées, des rapports de force méticuleusement examinés qu’il nous décrit. Et si son propos a tant de profondeur, c’est qu’il nous parle, non pas de théorie, mais d’expérience.
Exigeante, car Kamel Daoud va loin. Il refuse le simplisme, le convenu, l’évident. Il nous dit au contraire que le monde est plus confus, moins lisible qu’on ne le pense. Il ne prétend pas, par exemple, que les sociétés occidentales sont parfaites, pas plus qu’il ne renvoie les sociétés musulmanes à un « Moyen Âge ». Il ne conteste ni les violences de l’« Occident », ni la richesse et le dynamisme de l’« Orient ».
 
Il montre simplement, comme l’a fait Deniz Gamze Ergüven dans son très beau Mustang, qu’il y a dans le monde musulman – mais aussi ici, en France – un fondamentalisme qui veut enfermer les consciences, imposer son ordre archaïque, entraver les libertés, soumettre les femmes. Par quelle injustice, par quelle absurdité – et alors qu’ils dénoncent les mêmes réalités avec chacun leur écriture – la réalisatrice franco-turque est-elle encensée, tandis que l’intellectuel algérien est cloué au pilori ?
Ce que demande Kamel Daoud, c’est qu’on ne nie pas la pesanteur des réalités politiques et religieuses ; que l’on ait les yeux ouverts sur ces forces qui retiennent l’émancipation des individus, sur les violences faites aux femmes, sur la radicalisation croissante des quartiers, sur l’embrigadement sournois de nos jeunes.
Réflexion précieuse, enfin, parce que Kamel Daoud se risque à tracer la voie à suivre. Entre l’angélisme béat et le repli compulsif, entre la dangereuse naïveté des uns – dont une partie à gauche – et la vraie intolérance des autres – de l’extrême droite aux antimusulmans de toutes sortes –, il nous montre ce chemin qu’il faut emprunter.
Abandonner cet écrivain à son sort, ce serait nous abandonner nous-mêmes.
Un chemin que la France emprunte, en faisant savoir, à tous ceux qui ont abandonné la pensée, qu’un musulman ne sera jamais par essence un terroriste, pas plus qu’un réfugié ne sera par essence un violeur.
Un chemin que la France emprunte, aussi, en défendant les valeurs auxquelles elle croit, et sur lesquelles elle ne transigera jamais : la liberté – celle d’écrire, de penser –, l’égalité – notamment entre les femmes et les hommes –, la fraternité et la laïcité – qui font notre cohésion.
C’est en ces valeurs que croit Kamel Daoud. Parce qu’elles fondent notre démocratie, notre modernité, notre espace public – un espace où le débat est possible et où l’on respecte ceux qui prennent la parole –, ce sont ces valeurs qu’avec détermination nous devons défendre.
Abandonner cet écrivain à son sort, ce serait nous abandonner nous-mêmes. C’est pourquoi il est nécessaire, impérieux, et urgent, comme beaucoup l’ont fait ces derniers jours, de soutenir Kamel Daoud. Sans aucune hésitation. Sans faillir.
 
Manuel Valls
 
 
 

jeudi, 03 mars 2016

François Hollande, révolutionnaire malgrè lui

Le propre de ce quinquennat est d’être mû par une succession de crises et plus encore de mises en abyme de la fonction présidentielle. A intervalles réguliers, François Hollande se retrouve en grand danger, comme dévitalisé par l’incompréhension qu’il suscite chez les Français et l’inconfort qu’il provoque dans son propre camp.

Le psychodrame qui vient de se déclencher autour du projet de la loi El Khomri est sans doute le plus dramatique de ces quatre dernières années, en raison des manifestations de rue qu’il est susceptible d’engendrer et du risque de disqualification qu’il fait courir au chef de l’Etat, quatorze mois avant l’élection présidentielle de 2017. Il n’est, en revanche, pas le premier du genre, car il s’inscrit dans l’inexorable et douloureuse adaptation de la gauche française à l’exercice du pouvoir.

Le François Hollande de 2012 était incontestablement socialiste, au sens classique du terme, même s’il avait déjà pris quelque distance avec l’appareil de son parti. Celui de 2016, s’il parvient à faire adopter la réforme du droit du travail sans trop de recul, aura mérité l’étiquette sociale-libérale.

Acculé par les événements

Entre ces deux dates, l’hôte de l’Elysée sera passé par le dégradé «  social-démocrate  », incarné par son premier premier ministre, Jean-Marc Ayrault, puis par le dégradé «  social réformiste  », porté par son second premier ministre, Manuel Valls. Ce n’est certes pas la première fois que la gauche mue à l’épreuve du pouvoir. Mais, outre que ses responsables ont toujours eu tendance à le cacher – en témoigne, par exemple, la fameuse «  parenthèse  » mise en avant lors du tournant de la rigueur de mars 1983 –, aucun d’entre eux n’avait eu à mener une transformation aussi rapide, aussi brutale, aussi inexorable. A partir de là, il ne faut guère s’étonner que tout un pan de la gauche politique, syndicale et associative grogne  : elle se sent abandonnée, incomprise, malmenée et parfois même trahie.

Le paradoxe est que la nature de M. Hollande ne le conduisait pas à entreprendre pareille révolution. Du temps où il était premier secrétaire du PS, l’homme détestait brutaliser ses troupes, préférait dire oui à tous. Au cours des années passées à la tête du PS, de 1997 à 2008, il était passé maître dans l’art de la synthèse, étouffant sous l’édredon tous les débats qui fâchent. L’épreuve du pouvoir ne l’a pas vraiment changé. Si, au cours des quatre dernières années, il a accepté d’évoluer, c’est toujours dos au mur, acculé par les événements – la perte de compétitivité du pays, antérieure à son quinquennat, l’absence de croissance, le chômage de masse, le terrorisme – ou aiguillonné, dans la seconde partie du quinquennat, par un premier ministre qui n’a pas froid aux yeux.

A l’Elysée, François Hollande est devenu révolutionnaire malgré lui. Et cette caractéristique d’engager un fort changement, sans en apparaître le moteur, accroît forcément le trouble, parce qu’elle laisse la gauche orpheline et le pays privé d’explications.

L’accouchement du projet de loi El Khomri est, à cet égard, significatif. Après le pacte de responsabilité et ses 40 milliards d’euros d’allégements de charges aux entreprises – du jamais-vu en France –, il s’agit de la seconde réforme la plus lourde du quinquennat, en matière économique et sociale. Elle touche aux grands identifiants de la gauche : le temps de travail, la protection des salariés, sans que l’exécutif puisse plaider qu’elle réduira le chômage dans l’année qui vient, car ses effets ne se feront sentir qu’après l’élection présidentielle.

Il manque une pédagogie de la réforme

Toucher au droit du travail est donc un acte politique pur, un pari audacieux qui repose sur l’idée que, en 2017, mieux vaudra aller chercher l’électeur du côté du centre plutôt qu’à gauche, parce que la gauche est en miettes et que son modèle est épuisé. Tous les arbitrages ont été rendus à l’Elysée en connaissance de cause. Et, pourtant, l’hôte de l’Elysée semble comme absent, embarrassé, incertain, à la remorque d’un premier ministre qui, au nom de la clarification, a voulu pousser les feux, montrer les muscles au risque de déclencher la foudre et de recevoir en boomerang la réponse rugueuse de ceux qui, à gauche, l’ont toujours considéré comme un «  droitier  ».

La réforme du code du travail est devenue la réforme Valls. Cela peut avoir des avantages si le dossier tourne mal, car le premier ministre servira alors de fusible. Mais cela présente aussi l’inconvénient de poser la question du leadership présidentiel. Que veut et que porte le président de la République  ? Ni le remaniement ministériel de février ni les récentes déclarations de François Hollande sur les chaînes de télévision ou sur France Inter n’ont permis d’éclairer le dessein présidentiel.

Il manque, depuis le début du quinquennat, une pédagogie de la réforme qui pourrait être celle que porte le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, lorsqu’il plaide, à la façon d’un Jacques Delors, pour un grand «  dépliage  » du modèle français. Cela permettrait d’identifier les rentes, de les combattre et de réintroduire un peu de fluidité dans le système, avec la complicité de l’opinion publique.

C’est une autre façon d’être de gauche, davantage en phase avec les évolutions ultrarapides du quinquennat. Mais on a interdit au ministre de l’économie de porter la réforme, parce que l’appareil socialiste ne le supporte pas  ! Le résultat est qu’aujourd’hui le roi est nu, et d’autant plus vulnérable qu’une incertitude plane sur sa capacité à se représenter à cause de la courbe du chômage à laquelle il continue de lier son destin et qui ne s’inverse pas. Ce n’est certes pas la première fois que François Hollande se met en danger, mais rarement le président se sera imposé autant de handicaps.

 

 

 

mercredi, 02 mars 2016

Au revoir, Martine

 

Le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Patrick Kanner, qui est aussi élu du Nord, fustige la maire de Lille. «Elle s’enferme dans une posture négative», dit-il pointant au passage son «irresponsabilité». 

lavis-autorise-grand-chelem-martine-aubry-L-1.jpegQue pensez-vous de la tribune très critique de Martine Aubry sur la politique de l’exécutif?
Patrick Kanner : Martine Aubry s’enferme dans une posture négative, critique, excessive. Quel gâchis de mettre un tel talent au profit du seul pouvoir de nuisance. Je condamne cette opération de déstabilisation du gouvernement et du Président en dehors des règles du parti. Surtout de la part d’une ancienne ministre de François Mitterrand, numéro 2 du gouvernement Jospin, ex-première secrétaire du PS. Elle connaît la nécessaire solidarité avec un gouvernement issu de ses rangs. 

A lire aussi: Les jeunes hollandais répondent à Aubry

Elle reproche à l’exécutif de ne pas avoir tenu « le serment du Bourget ». Quant aux frondeurs ils disent juste réclamer l’application des promesses de 2012. Et si c’était vous les frondeurs?
La donne a changé depuis le discours du Bourget. Il a pourtant été largement respecté. Je n’ai pas honte du bilan : tiers payant généralisé, prime d’activité ouverte aux jeunes, développement du service civique, garantie jeune, remboursement de l’IVG à 100 %, fin du bouclier fiscal, retraite à 60 ans pour les carrières longues, compte personnel d’activité qui sera dans la loi El Khomri. Martine Aubry est injuste, elle oublie toutes les avancées des gouvernements Ayrault et Valls.  

La pétition contre le projet de loi sur la réforme du travail a recueilli près de 800 000 signatures. N’avez vous pas déjà perdu la bataille de l’opinion?
Ce projet de loi est condamné avant même d’exister sur un plan juridique. Il faut lire le texte avant de s’y opposer. Si tel ou tel point mérite d’être corrigé, cela pourra être fait pendant le débat parlementaire. Même Martine Aubry dit qu’il faut réformer le code du travail. Vous connaissez l’expression, pour tuer son chien, on dit qu’il a la rage. On est dans un procès d’intention voire même dans un procès en sorcellerie. 

Le syndicat étudiant Unef a dénoncé « une précarité à vie », craignez-vous que les jeunes descendent dans la rue? 
J'entends les doutes d'une partie des jeunes. Mais je veux rappeler que le gouvernement a pris la jeunesse au sérieux : le service civique, la garantie jeune, la caution loyer pour les étudiants... Je prends le pari que, comme l’a promis François Hollande, la jeunesse vivra mieux en 2017 qu’en 2012. Les chiffres du chômage montrent une tendance claire à la baisse pour les jeunes. Et ce travail n’est pas fini. Il se poursuit avec le projet de loi égalité et citoyenneté que je porte et qui sera présenté en avril et sera une des lois importantes de la fin du quinquennat avec la mise en place du parcours de santé pour tous les jeunes, reconnaissance de l'engagement dans le parcours universitaire, la lutte contre les discriminations... 

A gauche, les opposants à la loi travail estiment que la question de la censure se pose en cas de recours à l’article 49.3…
Martine Aubry n’est pas l’alpha et l’oméga de la gauche française. C’est la première fois qu’une responsable politique de ce niveau évoque la possibilité de voter la censure contre son propre gouvernement. C'est irresponsable. Elle franchi le Rubicon. Jamais je n’ai vu une telle menace. Cela ne m’inquiète pas car je connais le sens de responsabilité du groupe parlementaire. Si des députés votaient la censure ils se mettraient en dehors du parti. Ce serait l’implosion. 

Cette sortie ne signe t elle pas justement le début de son implosion?
Il y a toujours eu deux types d’engagement à gauche : la gauche velléitaire qui pétitionne et celle qui réforme. Le PS est composé de multiples sensibilités -avec les Gérard, on va de Collomb à Filoche-, et il peut y avoir un débat. Nous sommes dans une phase critique qu’il faut surmonter. A un an de la présidentielle, il faut garder son sang froid. Martine Aubry est maire de Lille. Nous, nous gouvernons. Arrêtons de vouloir rejouer le match de 2011. Il a été tranché par les électeurs des primaires. 

 

Martine Aubry se dit désormais favorable à l’organisation d’une primaire. François Hollande doit il s’y résigner?
Elle a changé d’avis en 48 heures. Elle est la frondeuse en chef. Je n’imagine pas le président sortant, qui doit lutter contre le terrorisme, traiter la question des migrants, lutter contre le chômage, entrer dans une campagne interne pour les primaires. Il est plus utile à sa place qu’à tourner dans les sections du PS ou des radicaux de gauche. Il y a certes les statuts du PS mais il y a aussi un droit supérieur, le droit constitutionnel qui n’impose pas une primaire au président sortant

mardi, 01 mars 2016

Myriam El Khomri et le bal des machos

En dézinguant sa loi, Martine Aubry a-t-elle fait glisser Myriam El Khomri mardi matin dans sa douche ? Les Français ont le droit de savoir… L’emballement médiatico-politique autour de l’état de santé de la ministre du Travail, qui a annulé mardi tous ses rendez-vous le temps d’une brève hospitalisation, est venu rappeler que la bataille contre le paternalisme et le machisme en politique est loin d’être gagnée.

A peine le léger ennui de santé de Myriam El Khomri connu, Jean-Marie Le Guen accuse les «gens de gauche» - «y compris les femmes», suivez son regard - d’en être responsables via leurs attaques contre la réforme sur le code du travail qui «pèsent» sur cette «jeune ministre». Le député Yann Galut parle carrément de la ministre à l’imparfait pour se demander si elle «était vraiment taillée pour le job».

Genriser pour mieux discréditer : la ficelle est aussi vieille que le combat des femmes en politique. Quand Emmanuel Macron multiplie les sorties orthogonales à la gauche, le microcosme les minimise en rappelant qu’il n’est pas élu, voire s’émerveille que le ministre de l’Economie fasse craqueler le vernis de la vieille politique avec son parler vrai. Manuel Valls décide de passer la loi Macron à coup de 49.3 ? On glose sur le«bras de fer» entre deux hommes qui ne s’en laissent pas conter. Mais quand Myriam El Khomri (comme Fleur Pellerin) sèche sur une question, elle est «nulle», «incompétente», bref «pas à sa place». Et quand sa loi travail est repoussée de quinze jours, c’est une «reprise en main» d’une ministre de facto «fragilisée».

Politiquement fragilisée, elle est - forcément - fragile physiquement. Son cabinet ne l’a pas aidée en invoquant dans un premier temps un «léger malaise» qui cacherait - forcément - un embarras politique plus grand sur cette loi qui met la gauche en pétard. En tentant de corriger le tir pour éviter le procès politique à sa ministre, François Hollande se rend suspect de sexisme en évoquant un «accident domestique», un adjectif malheureux que le Président n’aurait probablement pas utilisé si Jean-Marc Ayrault s’était coupé en se rasant. Les politiques confessent rarement la moindre faiblesse, histoire d’entretenir le mythe du surhomme, quitte à mentir sur leur état de santé. Ils sont puissants et donc inaltérables, C.Q.F.D.

Personne ne vient les seriner sur la vérité due aux électeurs ni leur reprocher de ne pas être transparents. Les femmes politiques ne demandent rien de plus. Ni de moins.

Laure Bretton, LibérationAfficher l'image d'origine

lundi, 29 février 2016

Le #PS d'Epinay est mort

Est-ce que la fracture actuelle au sein du PS est la plus importante qu'ait connue le parti dans son histoire?
Depuis sa refondation en 1971 au congrès d'Epinay, je crois effectivement que les tensions n'ont jamais été aussi fortes, les menaces de rupture aussi évidentes, un leadership aussi peu capable de régler la situation… Ce qui me frappe, c'est qu'ils ont envie d'en découdre. Quels que soient les dégâts, le problème n'est plus le Parti socialiste, le problème c'est vraiment autre chose. C'est très grave. Je ne sais pas quand aura lieu la rupture, mais en tout cas elle est possible.

Comment expliquer cette fracture? Manuel Valls parle d'une gauche du XIXe siècle contre une gauche du XIXe siècle…
Cela n'est pas nouveau. Mais avec la crise, l'incapacité à régler le chômage et l'idée qu'il faut changer de politique, les désaccords sont devenus des motifs de rupture. Ça se double du fait que les rapports humains sont extrêmement difficiles. Ce n'est là encore pas nouveau : entre Valls et Aubry, on se rappelle du congrès de Reims [en 2008, Valls était dans l'équipe de Royal qui a perdu de justesse face à Aubry, qui a donc pris la tête du PS, NDLR]. Mais aujourd'hui le problème est assez grave : pour la première fois, on peut avoir une vraie interrogation sur la capacité du PS à demeurer un parti de gouvernement.

«Le PS d'Epinay se donnait comme objectif de gouverner et était sur une ligne de rupture avec le capitalisme»

A vos yeux, le PS a presque atteint un point de non-retour?
Je pense. Je ne sais pas ce qui suivra et même si quelque chose suivra. C'est plus facile de détruire un parti que de le construire. Le PS d'Epinay de François Mitterrand était un parti qui à la fois se donnait comme objectif de gouverner - ce qu'ils n'avaient pas fait depuis très longtemps - et d'autre part qui était sur une ligne de rupture avec le capitalisme. Le PS cahin-caha a essayé de faire les deux de 1981 à aujourd'hui. Aujourd'hui, cet équilibre instable du parti d'Epinay me paraît brisé. Ce modèle n'est plus tenable dans la situation actuelle.

 

La politique de Manuel Valls est particulièrement visée par la tribune. Son départ de Matignon pourrait-il régler les choses?
Le problème, c'est qu'il n'y a pas de politique alternative. Les signataires de la tribune ne proposent absolument rien d'alternatif. La politique que le gouvernement a menée pendant les deux premières années de son quinquennat a échoué. La politique de la demande a échoué sur l'emploi. Donc le gouvernement essaie autre chose : la politique de l'offre. Au fond, c'est libéraliser l'économie. Or pour la gauche, "libéraliser" est un gros mot ; cela veut dire qu'on est de droite. A mon avis, une gauche qui veut rester une gauche anti-libérale ne pourra pas gouverner. Et une gauche qui veut devenir libérale risque d'être marginalisée entre la droite et ce qui reste de la gauche anti-libérale.

 

L'éventuelle tenue d'une primaire à gauche ne risque-t-elle pas d'amplifier les tensions?
Une primaire de toute la gauche me paraît totalement impossible. D'abord parce qu'ils ont montré qu'ils ne peuvent pas et ne veulent pas gouverner ensemble. Ils sont en désaccord profond. De son côté, Jean-Luc Mélenchon n'irait pas. Or il représente le noyau le plus important d'une gauche populiste anti-libérale. Après, si François Hollande ne se présente pas, il y aura probablement une primaire au Parti socialiste. Dans ce cas, est-ce que l'unité du parti résistera à la primaire, quel que soit le résultat? Ce n'est pas certain quand on voit que la violence inouïede la tribune dans Le Monde.

Pour l'heure, l'avenir du PS est donc plus qu'incertain…
On ne sait pas ce qui va se passer. Cela pourrait encore durer cahin-caha jusqu'à la présidentielle. Mais il y a deux choses que l'on sait. La première, c'est que la gauche perdra l'élection. Et la deuxième : ce que la gauche risque de perdre, plus gravement et pour plus longtemps, c'est sa crédibilité de parti de gouvernement. Ce n'est pas rien.

* Gérard Grunberg est politologue, directeur de recherche émérite CNRS au CEE (Centre d'études européennes de Sciences Po) et animateur du site Internet Telos.

samedi, 27 février 2016

Aubry s'ennuie-t -elle à Lilles où elle a tout perdu

Je ne partage pas, mais pas du tout, l'attitude actuelle de Martine Aubry, qui tente de déstabiliser le gouvernement, voire de faire une OPA sur le PS.

S'ennuierait-elle à Lille ? Dont elle a perdu la Communauté Urbaine au profit de la droite ? D'où elle n'est pas allée se battre face à Marine Le Pen pour garder la Région Nord-Pas-de-Calais Picardie, laissant ce soin à un de ses fidèles, son premier adjoint ? Qui a une fédération socialiste dans une situation financière catastrophique ? Qui n'est jamais allée à Calais - c'est à quelques kilomètres de Lille il me semble - dans la fameuse "Jungle" dont la France entière parle, et dont le gouvernement s'occupe avec humanité et respect des personnes ? Pierre Mauroy doit se retourner dans sa tombe…

Non, Martine Aubry fomente des putschs selon la bonne vieille méthode : on attaque en même temps par la base et par la tête ! Car, comment ne pas être un tantinet surpris de constater la parfaite concordance des temps entre ce qui s'est passé à la Fédération Socialiste de l'Hérault mardi soir … cette "motion de défiance" à l'égard du gouvernement, et l'article tonitruant publié en même temps par Martine et ses amis dans Le Monde? Je note accessoirement que cette ligne est portée par un collègue député initialement frondeur pendant 1 an ou 2, devenu tout d'un coup loyaliste le temps d'être investi et élu aux régionales, et redevenu frondeur dès les élections terminées… Comme c'est bizarre...

Alors oui, les leçons de morale de certains me fatiguent et je suis en colère. Leurs postures idéologiques et leurs ambitions politiques vont-elles permettre de clarifier ? De clarifier quoi d'ailleurs ? Vieille antienne que celle-là : la ligne ! Peut-être n'est-ce-pas plus mal finalement que se déchirer en catimini, frondeurs par-ci, godillots par-la. Frondeurs peu nombreux, sauf médiatiquement, godillots nombreux et malheureux, mais taiseux et travailleurs. Etant entendu que, du point de vue des frondeurs, l'intelligence est pour eux, et la bêtise et la veulerie pour les autres. Du point de vue des godillots, dont je suis, l'intelligence politique est de s'adapter au monde réel, et de tenter de s'occuper du pays et des gens.

Ah oui, un dernier point : je ne sais d'où est sorti ce terme de "social-libéral", de la presse sans doute, mais quelques uns ont bien du le souffler aux journalistes... Il fait florès en ce moment… Aucune base idéologique. Il se répand, comme une tâche infâme, dans les discours médiatisés. Je ne suis pas social-libérale, je suis social-démocrate et je l'assume. La création de valeurs doit bénéficier à tout le monde, à proportion de ce à quoi il a contribué, et y arriver est un combat politique. Mais je ne pense pas que, dans le monde d'aujourd'hui, qui est international, et dans notre Europe compliquée, il faille céder aux facilités langagières. Ni au délit de belle gueule. Elle sont assassines et inutiles. Et désespérantes. Un bon mot peut causer de grands maux.

Je suis navrée de tout cela, mais sans doute était-il nécessaire que cela sorte. Je croyais, j'espérais que pas-à-pas, le monde changeant, la violence des combats d'idées au sein de notre famille politique s'apaiserait et permettrait synthèse, rassemblement, confrontation bien sûr, mais pas guerre. Je m'en désole. Mais me bats. Car oui, l'engagement politique, c'est aussi cela. Tout en continuant d'oeuvrer, et ce n'est pas simple, pour le bien commun en "faisant des choses concrètes", par la loi, par l'engagement de l'Etat en faveur d'une économie plus prospère art donc meilleure pour les gens.

nota : comme dans toutes les familles, disputes et réconciliations sont des réalités. Il semble que cette fois la temporisation et la tempérance ne soient plus de mise… Je le regrette.

Anne Yvonne Le Dain


vendredi, 26 février 2016

Martine Aubry ou la baie des Cochons version PS 2016

Moins qu’une offense politique personnelle, une étape supplémentaire dans la « clarification ». C’est ainsi que Manuel Valls a reçu la tribune assassine publiée dans Le Monde daté du 25 février et signée par plusieurs personnalités socialistes et écologistes, au premier rang desquelles la maire de Lille, Martine Aubry, sous le titre « Sortir de l’impasse ».

 

« C’est une remise en cause générale, globale », constate à juste titre le premier ministre, qui a vu l’ensemble de son œuvre depuis son arrivée à Matignon étrillée, presque point par point, par l’ancienne première secrétaire du PS et ses alliés dans ce texte particulièrement musclé. Mais il ne pouvait qu’y déceler un épisode supplémentaire de la confrontation entre anciens et modernes, entre une gauche « du XIXsiècle », qu’il fustige, et celle « du XXIsiècle », qu’il aspire à incarner. « Cette tribune a un avantage : cela oblige tout le monde à clarifier et à assumer. Il faut que tout le monde assume », estime M. Valls.

Le chef du gouvernement, bien sûr, ne prend pas entièrement l’affaire à la légère. « Je ne néglige pas et je ne minimise pas, et il y a sans doute d’autres soutiens. Mais parmi les signataires, on est dans la primaire de 2011 », constate-t-il, rappelant que les soutiens au texte furent également, à peu de chose près, ceux de la finaliste de la dernière primaire socialiste. Mais, surtout, il en souligne l’ambition destructrice, et fort peu constructive politiquement : « Il n’y a pas un début de proposition. Je suis chef du gouvernement, je n’écris pas des tribunes de proclamation », assure le premier ministre, en cela fidèle à la doctrine vallsienne traditionnelle d’une confrontation permanente, à gauche, entre réel et idéal, entre Clemenceau et Jaurès.

« C’est la baie des Cochons version PS 2016 »

retraite aubry.jpgCertes, les amis politiques de M. Valls ont parfaitement mesuré l’impact dévastateur du texte de Mme Aubry et de ses associés, publié le même jour que l’annonce de la plus forte baisse du chômage depuis le début du quinquennat, ce qui en souffle l’effet positif et cristallise l’état de guerre civile entre socialistes. « C’est affligeant. On est à peine un an avant la présidentielle et on passe encore notre temps à se taper dessus entre socialistes, plutôt qu’à taper sur la droite et le FN », déplore l’un d’eux. « C’est la baie des Cochons version PS 2016. Mais qui va appuyer le premier sur le bouton atomique ? Tout ça va mal finir. »

Chez les élus socialistes, plus généralement, l’on redoute ces fissures apparentes sur la façade d’un édifice déjà passablement lézardé : « La droite va se déchirer avec sa primaire, nous à gauche on commence déjà… Ça va être une année très compliquée pour tout le monde. Sauf pour une seule, Marine Le Pen, qui pendant ce temps-là, se tait et profite de nos divisions. » Un diagnostic particulièrement lucide a été livré par François Bayrou : pour le leader centriste, cette tribune est « le coup de bistouri qui tranche, qui approfondit la rupture » de la gauche. De fait, la fracture est plus ouverte que jamais.

Cette situation, cependant, n’est pas pour déplaire totalement au premier ministre. « A un moment, il faut sortir des ambiguïtés », affirme M. Valls. Depuis plusieurs semaines, le chef du gouvernement a décidé d’intensifier son entreprise de « clarification ». Trop fort ? Certains proches de François Hollande y voient non seulement un risque pour la majorité, mais un danger pour le président de la République. « Valls se prépare à sortir, il ne veut pas rester à Matignon jusqu’à la fin et être coresponsable du bilan. Alors il tend au maximum l’élastique pour qu’il finisse par casser. S’il est mis en minorité sur la loi travail, il pourra sortir en disant qu’il n’a pas les moyens de son grand réformisme », se persuade un élu proche du chef de l’Etat. « La stratégie de Valls ne peut pas réussir : on ne fait pas la loi El Khomri alors que le pays est déjà dans le climat très anxiogène après les attentats. La fragmentation forcée ne peut pas nous faire gagner », ajoute un poids lourd de la direction du PS.

« Le président a décidé de ces arbitrages »

« Je ne suis pas un pousse-au-crime, se défend M. Valls. Le président a décidé de ces arbitrages. » Le premier ministre souligne que celui sur le texte El Khomri a ainsi été rendu par le chef de l’Etat et lui-même, à l’Elysée, en présence de la ministre ainsi que de MM. Sapin et Macron : « Il n’y a aucun choix qui est fait, aucun texte qui est décidé sans le président. » Et de souligner que sur le fond, le duo exécutif partage les mêmes positions : sur la déchéance de nationalité, sur la réforme du code du travail, sur l’accueil des migrants en Europe… MM. Hollande et Valls seraient donc parfaitement alignés. Si divergence il doit y avoir, elle ne serait que de pure forme. « Hollande est toujours un pied dedans un pied dehors dans ses expressions, Valls est plus d’un bloc », décrypte un élu proche du premier ministre.

En somme, si M. Valls monte sabre au clair sur tous les fronts depuis quelques semaines, c’est uniquement pour dire ce que M. Hollande ne peut ou ne veut pas dire clairement. « En faisant cela, Valls aide Hollande et s’aide lui-même, à tous les coups il est gagnant », explique un de ses soutiens.

« Revenir en arrière serait non seulement dommageable pour le président et pour moi, mais aussi pour le pays », affirme M. Valls. Pour le premier ministre, le chef de l’Etat va devoir finir par choisir : il ne pourra pas être continuellement le président qui change la gauche et qui la rassemble à la fois. Celui qui apaise le pays et le bouscule en même temps. M. Valls est persuadé que si M. Hollande le suit son sur terrain, il peut gagner la présidentielle. Voilà qui suppose d’abandonner les vieux schémas du rassemblement classique de la gauche, pour s’adresser directement aux Français, de gauche comme de droite, qui veulent à la fois des réformes et de la cohérence.

 

Le premier ministre a observé de près les résultats des élections régionales en Ile-de-France, en décembre 2015. Si Claude Bartolone a perdu, c’est parce qu’il a cherché, selon lui, à reconstituer entre les deux tours l’ancienne gauche plurielle, en s’alliant avec l’écologiste Emmanuelle Cosse et le communiste Pierre Laurent. « Les voix de gauche lui étaient acquises d’avance, en revanche, il a fait fuir vers Pécresse une partie des électeurs indécis qui auraient pu voter pour lui », affirme-t-on dans l’entourage du premier ministre.

Une erreur que M. Hollande doit absolument éviter dans l’esprit des partisans de M. Valls, s’il veut se qualifier pour le second tour en 2017. « Pour gagner, pour créer une dynamique, il faut mieux avoir les idées claires », estime le premier ministre. Et la charge de Mme Aubry et de ses alliés pourrait de ce point de vue constituer un puissant levier afin de pousser le chef de l’Etat, qui a soigneusement évité les questions des journalistes mercredi à l’occasion de son déplacement en Argentine, à « clarifier ».

 

 


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/02/25/face-a-aubry-valls-cogne-et-hollande-esquive_4871327_823448.html#6yUKZWxVGQsT0kIv.99

jeudi, 25 février 2016

#Menard révise l'histoire des cheminots résistants biterrois

Une fois de plus, Ménard prend des libertés avec le passé .

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Ce n'est peut-être qu'un "détail" , mais même pour un simple hommage, Ménard révise l'histoire à sa sauce......

Cérémonie le 7 mars en mémoire de Noêl Forestier et Albert Mouton , dont les prénoms ont été inversés dans ce carton d'invitation 

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mardi, 23 février 2016

Michel Rocard : Merkel a sauvé l'honneur humanitaire de l'Europe

La Turquie doit-elle faire son entrée dans la communauté ?

J’étais un partisan farouche de son adhésion dans le cadre d’une Europe large avec les Anglais. On aurait pu construire une Europe à plusieurs vitesses avec une défense communautaire à 4 ou 5 pays. L’Europe aurait aussi été un facteur stabilisant en Turquie en réglant les crises chypriote et kurde, et en favorisant de meilleures relations avec l’Arménie. Mais c’est trop tard. Les Turcs se sont sentis insultés quand Valéry Giscard d'Estaing [alors président de la Convention pour une Constitution européenne, NDLR] s’est prononcé en 2002, pour des raisons de politique intérieure, contre leur adhésion.

 

On essaye de relancer ce processus en contrepartie d’une aide d’Ankara pour gérer la crise des réfugiés

Il y peu de chances de réussir. Le président Erdogan est en pleine dérive autocratique. Il marche sur la voie du Tunisien Bourguiba. Quant à la crise des réfugiés, on ne résout rien. On tente de mettre des polices un peu plus humanitaires aux frontières, sans avoir de projet commun. Seule Merkel a sauvé l’honneur humanitaire de l’Europe, même si c’est en partie motivé par le déclin démographique de son pays et son besoin de main-d’œuvre. Ce sont les maires qui font face à l’afflux de réfugiés. Il fallait réinventer des mécanismes de démocratie locale en consultant les municipalités. Il est aussi nécessaire de régler les problèmes aux sources, que ce soit en obtenant la paix en Syrie ou en développant l’Afrique subsaharienne.

Comment ne pas reproduire la crise grecque ?

Il s’agit d’une sous-crise qui aurait pu être réglée rapidement. Quand une monnaie est menacée, il faut se donner les moyens de la sauver. Le PIB grec ne représente que 2 % de celui de l’Union européenne. La politique monétariste est un encouragement à l’endettement et l’on a fermé les yeux sur la mauvaise gouvernance d’Athènes. Le Portugal n’est pas loin de la Grèce et l’Espagne ne se porte guère mieux. La crise financière a montré l’absence de commandement en Europe. Il y a des analogies bancaires et financières avec la crise de 1929. C’est un désordre du marché. Heureusement, les pays du G20 se sont mis d’accord en 2009 pour que les États interviennent. On n’a fait que basculer de la dette privée en dette publique.

Comment relancer l’économie européenne ?

Il suffit de lire Joseph Stiglitz ou Paul Krugman. Il faut privilégier la croissance, les investissements publics et privés, la recherche et l’innovation, relancer l’industrialisation. Les secteurs dynamiques existent comme celui de l’auto hybride. L’argent est là. Les liquidités représentent 800 000 milliards de dollars dans le monde, à 95 % utilisées sur les marchés spéculatifs des produits dérivés. Hélas, il faudra convaincre les ministres des Finances qui ont une approche monétariste. La relance de l’emploi est la meilleure façon de lutter contre l’extrême droite et les populistes.

Êtes-vous optimiste pour l’avenir ?

Au changement de millénaire, le monde a connu un tournant. Il est sorti d’un demi-siècle où le militaire n’a pas servi à grand-chose sauf à enrichir les marchands de canons américains. Aujourd’hui, c’est la violence qui parle, il existe un risque de prolifération nucléaire, le réarmement frénétique des Chinois est inquiétant tout comme les tensions en mer de Chine ; mais surtout les armes font rage au Moyen Orient et au nord-est de l’Afrique. Dans ces régions, l’Europe a disparu car elle refuse de s’occuper de politique étrangère et de défense. Si elle veut peser, elle devra avancer sur le double plan diplomatique et militaire.

 

lundi, 22 février 2016

Michel Rocard :l'Europe ne pourra être relancée sans que les Anglais en sortent

Que vous inspire l’état de l’Europe ?

Je suis un ardent défenseur de l’Europe mais la lâcheté générale pour ne pas aller au bout du projet européen me désespère. Je suis devenu « européen » à la Libération en mai 1945, l’année où l’on m’a enseigné au lycée qu’Hitler avait été élu au suffrage universel. Les boy-scouts, auxquels j’appartenais, devaient s’occuper des déportés des camps de la mort pour les accueillir, les soigner, leur réapprendre à se nourrir. Je suis ensuite devenu socialiste car la SFIO portait un idéal européen. Cette conviction ne m’a jamais lâchée mais je m’épuise. J’ai passé quinze ans au Parlement européen, participé à tous les colloques et assisté au détricotage de l’idéal. Dans toute la littérature, vous ne trouverez pas d’emploi conjoint des mots commandement ou souveraineté et Europe. Les politiques, les intellectuels et les juristes n’ont jamais osé les prononcer ensemble et ont laissé les choses pourrir au point que l’idée d’Europe est en train de mourir. Sur les 28 États membres, une grande majorité s’accroche à la communauté pour de simples raisons de stabilité, en véhiculant des arguments convenus sur la démocratie et les libertés ; certains ont osé dire que leur objectif est une « grande Suisse ». La France passe son temps à s’apitoyer sur le sort de l’Europe. Bilan : les Européens n’ont pu éviter ni la guerre en Yougoslavie, ni la répétition des échecs de négociation entre Israéliens et Palestiniens, et moins encore la disparition de tout équilibre au Moyen-Orient après la destruction américaine de l’Irak.

Est-ce un problème de leadership ?

Non, c’est d’abord un problème de pensée. On appelle leadership la capacité des hommes et des femmes politiques à imposer leur parole à ceux qui sont hésitants. Plus personne ne l’assume. Il faut à la fois au leadership des conditions institutionnelles d’émergence et des conditions intellectuelles d’élaboration : une vision commune. Or il n’y a plus rien de tout cela. Après Jacques Delors, presque aucun leader ne s’est opposé à la volonté de la Grande-Bretagne de brandir deux veto en dix ans pour empêcher deux fédéralistes, le belge Jean-Luc Dehaene puis le luxembourgeois Jean-Claude Juncker, de prendre la présidence de la Commission. Pourtant, le poids de leurs pays respectifs ne représentait pas une menace dans les instances décisionnelles. Jean-Claude Juncker n’y parviendra que bien plus tard, dans une situation encore détériorée. La destruction de l’Europe est aussi liée à la complexification du processus de décision à 28. Les Européens ont été incapables de modifier les règles de fonctionnement lorsque l’on est passé de 6 à 12 États membres, puis au-delà, l’unanimité étant requise pour les décisions en matière de défense, politique étrangère, fiscalité, justice, droit social. Il a fallu quinze ans pour produire un statut de société européenne. La question des limitations à la souveraineté nationale a été discutée en 1991 au Conseil européen du Luxembourg. Pour la première fois, le Conseil a invité le président de la Commission - Jacques Delors, à l’époque - à faire des propositions sur la supranationalité. Sous la pression de la Grande-Bretagne et du Danemark, et avec l’abstention inattendue et dramatique de la France, les neuf proeuropéens emmenés par l’Allemagne n’ont pu obtenir d’avancées. Plus jamais la Commission et le Conseil n’ont coopéré pour écrire les traités qui deviennent d’ailleurs illisibles. Depuis, l’Allemagne ne sait plus ce que souhaite la France qui n’a jamais répondu au rapport Lamers-Schäuble de 1994, ni à l’appel de Joschka Fischer, alors ministre allemand des Affaires étrangères, pour plus de fédéralisme. Sentant les blocages à l’ouest, elle s’est alors tournée vers son est. Depuis, aucun des traités de Maastricht, d’Amsterdam, de Nice ou de Lisbonne n’a permis de définir un processus de décision plus intégré. On n’a jamais retrouvé l’enthousiasme fédéralisant des fondateurs incarné par les démocrates-chrétiens et les sociaux-démocrates, d’où notre incapacité à peser sur les événements au Moyen-Orient, à construire une Europe militaire.

La Grande-Bretagne continue son entreprise de démolition européenne…

Elle n’a pas une vision du monde incluant une identité européenne forte. Sa lecture est commercio-navale. Elle ignore l’Europe qui lui fait peur, refuse de lâcher ne serait-ce qu’une once de sa souveraineté. Elle s’est repliée sur elle-même alors que ses idées ont influencé les démocraties occidentales. On lui doit l’Habeas corpus (libertés individuelles), le contrôle de la dépense publique par le Parlement, et Churchill appelait de ses vœux les États-Unis d’Europe, tout en précisant qu’il ne pouvait s’agir que du continent et que son pays ne devait pas en faire partie.

Êtes-vous pour le Brexit ?

Naturellement, l’Europe ne pourra être relancée sans que les Anglais en sortent. Tant qu’ils seront là, on ne pourra pas mettre à l’ordre du jour la rénovation de la communauté. Le paradoxe est que la City pousse le pays à y rester. Les financiers profitent du désordre européen pour faire des affaires. Mais la sortie des Anglais n’est pas suffisante. Pour peser sur les affaires du monde, il faut que les Européens le veuillent. Ne rêver d’Europe qu’à propos d’affaires économiques et sociales est un rêve creux.

 

samedi, 20 février 2016

Les amis de #Menard au pouvoir en Croatie ou le retour des Oustachis

On en parle peu. Pourtant ce qui se passe en Croatie est assez inquiétant. Tant du point de vue démocratique qu'européen. On connaissait Viktor Orban en Hongrie, le très catholique Parti Droit et Justice en Pologne... Un nouveau pays membre de l'Union européenne vient de basculer dans la droite extrême.

Le nouveau gouvernement croate est proche de l'Opus Dei, compte des ministres révisionnistes et intégristes. Et il est arrivé au pouvoir un peu par effraction, il y a trois semaines. Les élections législatives à la proportionnelle ont débouché sur une quasi égalité entre la droite et la gauche. Après des semaines de négociations, la droite l'a emporté en formant une coalition avec un tout jeune mouvement: Most. "Pont" en croate. Un joli nom, mais cette jeune formation que l'on pensait plutôt centriste, s'avère proche des milieux intégristes.

Un ministre de la Culture en costume oustachi

L'un des membres de ce nouveau gouvernement, le ministre de la Culture, fait beaucoup parler de lui. Il vient du principal parti de la droite croate, mais incarne parfaitement cette coalition radicale. Zlatko Hasanbegovic est un jeune historien, tendance révisionniste. Pour qui l'histoire de la Seconde guerre mondiale est une "hypothèse", essentiellement dictée par les vainqueurs. Il se situe visiblement plutôt du côté des vaincus.

Depuis plusieurs jours, la presse croate s'émeut d'une photo de lui jeune, posant dans un costume embarrassant: l'uniforme oustachi. Ce parti pro-nazi croate qui a mené une politique génocidaire, contre les Juifs, les Serbes et les Tziganes pendant la Seconde guerre mondiale.

Le nouveau ministre de la Culture est bien sûr trop jeune pour y avoir participé. En revanche, il a milité au sein d'un groupe néo-Oustachi. La photo de lui en uniforme, parue dans un magazine d'extrême droite dans les années 90, vient de refaire surface et fait polémique. Le ministre a d'abord nié puis plaidé l'erreur de jeunesse, sans convaincre tout à fait.

Comme chercheur, Hasanbegovic a beaucoup écrit, avec passion, sur un aspect du projet Oustachi. Celui consistant à vouloir unir les Musulmans et les Catholiques pro-nazis contre leurs ennemis communs. Une alliance vert-brun revenue au goût du jour.

Il est arrivé au ministre de la Culture de dénoncer, dans la presse, "ceux qui sous couvert de s'en prendre à l'islamo-fascisme" seraient en fait des "relais de l'opinion publique juive internationale". Un puissant lobby dont le but serait de nuire à l'image des musulmans...

Précisons que le nouveau ministre de la culture est d'origine bosniaque et musulman. Ce qui ne l'empêche pas, bien au contraire, de partager quelques obsessions avec ses camarades catholiques intégristes. Comme par exemple le mariage pour tous.

En 2013, il a monté un collectif, "Au nom de la Famille", avec les réseaux les plus intransigeants de l'Église croate. Ensemble, ils ont organisé et gagné un référendum exigeant de limiter le mariage aux hétérosexuels dans la Constitution.

Le gouvernement social-démocrate de l'époque a répliqué en faisant voter l'équivalent du PaCS. Ce droit est aujourd'hui clairement menacé par ce nouveau gouvernement. Qui pourrait aussi modifier la loi sur l'avortement. Et reprendre en mains les médias.

Un risque d'évolution à la hongroise

Le nouveau Premier ministre soutient son ministre de la Culture. Son propre conseiller aux relations internationales est ouvertement membre de l'Opus Dei et a mené campagne, comme le ministre de la Culture, contre le mariage pour tous.

Mais le plus fou dans cette affaire, c'est encore le parcours du Premier ministre. Car il sort de nulle part. Il n'appartient officiellement à aucun parti, il n'a pas fait la campagne des législatives. Mieux, il parle à peine Croate, ou très mal, avec un gros accent canadien. Il vient de la diaspora canadienne et il était négociant en produits pharmaceutiques avant de devenir, soudainement, cet homme providentiellement neutre mais fervent catholique placé à la tête de ce gouvernement. Du moins en apparence.

Car le véritable chef de cette étrange coalition au pouvoir n'est autre que le vice-premier ministre: Tomislav Karamarko. Impopulaire et radical, il soutient le ministre de la Culture, son protégé, et se félicite d'avoir un gouvernement composé de ministres sachant "enfin faire le signe de croix correctement". Un clin d'œil à une terminologie utilisée à l'époque oustachi, pour stigmatiser les convertis (orthodoxes ou juifs) ayant émigré pour fuir les pogroms et les persécutions.

Voilà qui promet pour la suite. Ce tournant croate démontre la fragilité tragique d'une démocratie basée sur un scrutin trop proportionnel. Alors que l'immense majorité des Croates n'a pas voté pour ce gouvernement et s'en méfient, ce pays membre de l'Union européenne pourrait faire une immense pas en arrière, et un peu du rêve européen avec lui.

Caroline Fourest

lundi, 15 février 2016

Quand j'étais chanteur......


mercredi, 27 janvier 2016

Robert Badinter veut entériner la laïcité dans le code du travail

"Parmi les 61 mesures préconisées par Robert Badinter pour réformer le code du travail, l’inscription de la liberté religieuse du salarié... et son encadrement.

Le principe n’était pas encore entré dans le code du travail, Robert Badinter veut y remédier. Dans son rapport rendu ce 25 janvier au Premier ministre, l’ancien Garde des Sceaux dégage les "principes essentiels" sur lesquels devra s’appuyer le nouveau code du travail d’ici à la fin 2017. Parmi les 61 articles, la laïcité dans l’entreprise est évoquée.

Le comité Badinter veut entériner "la liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses", tout en l’encadrant strictement. Des restrictions pourront être apportées à cette liberté au nom d’autres "droits fondamentaux" ou "du bon fonctionnement de l’entreprise". Concrètement, un employeur pourra demander à son salarié de mettre fin à certaines attitudes, comme le refus de serrer la main d’une femme ou la prière sur le lieu de service, si cela perturbe "le bon fonctionnement de l’entreprise".

 

Les principes érigés dans le rapport Badinter peuvent déjà se retrouver dans la pratique. Mais le fait d’inscrire la laïcité dans le code du travail constituerait une réelle nouveauté. Jusqu’ici, le religieux est rattaché à l’article L1121-1 consacré au "respect des droits et libertés dans l’entreprise". Il y est indiqué que "nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché." [...]

 

Delphine Legoutté

mardi, 26 janvier 2016

Le respect des droits fondamentaux, première exigence du droit du travail

Préservation du CDI, réaffirmation d’une durée normale du travail… En 61 articles, l’ancien ministre de la justice Robert Badinter expose les « principes essentiels » du futur code du travail, dont la refonte doit être achevée d’ici à 2018.

 

Monsieur le premier ministre,

La mission que vous avez bien voulu nous confier le 24 novembre 2015 était précise. Il s’agissait, écriviez-vous, « de dégager les principes juridiques les plus importants à vos yeux » en matière de droit du travail.

Il incombait ainsi aux neuf membres du comité de procéder à une analyse des dispositions actuelles du droit du travail pour mettre en lumière les piliers sur lesquels repose l’édifice. Cette mission complexe n’aurait pu être réalisée dans les brefs délais impartis au comité si ses membres n’avaient pas fait preuve d’une ardeur égale à leur compétence reconnue. Ma passion pour l’art législatif et le privilège de l’ancienneté m’ont valu d’assumer la présidence de cette difficile entreprise. Le consensus établi entre nous témoigne de ce que, s’agissant des principes constituant les fondements du droit du travail, des juristes d’expérience peuvent s’accorder sans renier leurs convictions personnelles. Mais n’est-ce pas là le propre de l’esprit républicain ?

A l’issue de nos travaux, qu’il me soit permis de formuler quelques remarques conclusives.

L’énoncé des principes gagne à la concision. Aussi avons-nous écarté le recours à des commentaires qui auraient alourdi le texte sans être indispensables et auraient contraint leur interprétation...


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