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samedi, 08 avril 2017

#PS :Entre #Hamon et #Macron

ps drapeau.jpgJean-Christophe Cambadélis ne veut pas d'une " Saint Barthélemy des socialistes ". Il s'est donc contenté d'une soirée des tous petits couteaux, jeudi, à l'occasion du Bureau national de son parti. Le premier secrétaire ne se voit pas dans la peau de Charles IX - ni même dans celle de Catherine de Médicis - mais n'est pas Henri IV qui veut. Entre la liquidation des hérétiques et le pardon royal, il y a une sacrée marge. C'est celle où navigue, vaille que vaille, l'ensemble de la direction du PS. De même que Paris valait bien une messe, Solférino mérite, pour se sauver, quelques arrangements avec le dogme. C'est là le seul sens des décisions prises par ceux qui imaginent encore que le vieux parti d'Epinay puisse encore s'en tirer alors que son candidat à la présidentielle monte désormais au front comme d'autres vont à l'abattoir.

Voilà donc " suspendus " - le mot est joli et, au fond, assez révélateur! -  les membres du Bureau national qui soutiennent ou qui appellent à voter pour Emmanuel Macron. Cela tombe bien. Il y a belle lurette qu'ils boudaient cette instance. Suspendus jusqu'à quand? Mystère!  Même s'il y a tout à parier que la plupart d'entre eux y repointera le bout du nez si, au lendemain du 1er tour de la présidentielle, le PS doit se résoudre à soutenir le candidat d'En Marche.

Voilà également avertis les députés qui ont sauté le pas en épousant sans attendre la cause macronienne que l'investiture socialiste leur serait retirée lors des prochaines législatives. Là encore, on imagine leur effroi surtout s'il se confirme que les concurrents qu'on menace de leur lancer dans les pattes ne sont que de frêles écolos repeints en rose à la va-vite. Prenons ici les paris. Quand viendra le moment d'entrer vraiment dans la campagne des législatives, le risque sera tel que, pour sauver sa représentation parlementaire, le PS, dans sa grande sagesse, prendra immanquablement le chemin d'une amnistie générale qu'il ne criera pas sur les toits mais qui, en pratique, sera mis en œuvre avec.

Un bateau ivre

Entre exigence d'"unité " et devoir de " loyauté ", Solférino, par la voix de son premier secrétaire avance à la godille. Que peut-il faire de mieux alors que le naufrage n'a jamais paru aussi proche? Ceux qui, autour de Benoît Hamon, auraient voulu une charrette, ne sont pas les mieux placés pour exiger des têtes. La seule main qu'ils aient jamais tendue l'était en direction des pires procureurs de François Hollande et du gouvernement de Manuel Valls. Il y a tout juste un an, ils battaient le rappel des frondeurs, des écolos de Cécile Duflot et des communistes proches de Jean-Luc Mélenchon pour déposer une motion de censure contre le projet de loi El Khomri. A l'époque, Jean-Christophe Cambadélis - toujours au nom de l'unité – avait refusé que cet exercice de déloyauté subisse la moindre sanction. Il y a une forme de cohérence dans cette contradiction assumée.

Mais surtout l'essentiel n'est pas là. Si le PS ressemble à un bateau ivre, si ses prétendus capitaines se disputent le gouvernail, si une partie de son équipage a déjà mis à l'eau les chaloupes de sauvetage, c'est que les vents de l'opinion, celle qui se dit de gauche, soufflent depuis quelques temps d'une drôle de manière. Plus qu'une tempête ou qu'une tornade, c'est un tourbillon qui rend la navigation aussi périlleuse et affole, du même coup, les boussoles de la marine socialiste.

Unité? Parmi les électeurs qui se disent proches du PS, seuls 38% soutiennent aujourd'hui Benoit Hamon. 42% en pincent pour Emmanuel Macron. 15% se laissent séduire par Jean-Luc Mélenchon. Au rythme où vont les choses, il est même probable que cette dispersion sera encore plus forte et encore plus défavorable au champion officiel du PS, le jour du 1er tour de la présidentielle. C'est ce qui donne un tour loufoque aux procès que certains concoctent dans les coulisses de Solférino. On peut bien sanctionner des dirigeants indisciplinés ou parjures mais a-t-on jamais exclu des électeurs infidèles?

Des électeurs pour qui certaines urgences méritent des entorses à la solidarité

Cohérence? Là encore, les chiffres parlent d'eux-mêmes. On estime à 600.000 (15% de 4 millions), les électeurs socialistes qui, en novembre, sont allés voter à la primaire de la droite. Or ils ont été tout autant à participer la primaire de la Belle Alliance, fin janvier, puisque sur un total de 2 millions de votants, 40% seulement se disaient proches du PS. Ce n'étaient sans doute pas les mêmes. Quoi que … Mais comment ne pas voir là le signe d'un grand dérèglement des formes traditionnelles d'adhésion ou de solidarité qui faisaient autrefois la force des grands partis de gouvernement? 

Loyauté enfin? On oublie souvent de rappeler que les électeurs socialistes qui se sont invités à la primaire de la droite ont signé, ce jour-là, sur l'honneur, une charte dans laquelle ils disaient adhérer à des " valeurs " qui n'étaient pourtant pas les leurs. Dans leur esprit, ce n'était là qu'une formalité. La plupart d'entre eux entendaient faire barrage à un éventuel retour de Nicolas Sarkozy sur le devant de la scène présidentielle. Reste qu'ils ont quand même été 600.000 à raisonner comme le fera plus tard Manuel Valls, dans un autre contexte, en estimant qu'il y avait des urgences qui méritaient quelques entorses à la parole donnée.

Tout cela n'est pas glorieux. Mais au moins ces données trop souvent oubliées donnent-elles un sens aux contorsions du PS et de ses dirigeants. Ils se dispersent? Mais leurs électeurs l'avaient fait avant eux. Ils se contredisent? Mais leurs électeurs les avaient précédés. Ils ne savent plus où donner de la tête? Mais leurs électeurs ne les ont pas attendus pour sortir des sentiers battus de la politique. La seule différence est que les uns veulent encore croire que cela n'est qu'un mauvais moment à passer alors que les autres ne semblent avoir aucun regret de cette situation. Les partis politiques sont souvent d'arrière-garde.

François Bazin (Challenges)

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