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jeudi, 30 mars 2017

Les paris de @manuelvalls

Manuel Valls votera pour Emmanuel Macron dès le premier tour de l'élection présidentielle. Mais, que ce soit bien clair, il ne le rallie pas. Emmanuel Macron remercie Manuel Valls de le soutenir mais, que ce soit bien clair aussi, il ne le prendra pas comme ministre s'il est élu président de la République le 7  mai.

Les deux hommes ont beau avoir comme intérêt commun le social-libéralisme, ils ne pratiquent pas la politique de la même façon. Avec l'audace de ses 39 ans, Emmanuel Macron, le novice, a osé la transgression suprême à laquelle Manuel Valls, le socialiste, de quinze ans son aîné, ne s'est en réalité jamais résolu : tuer le PS pour construire, à la faveur de l'élection présidentielle, un nouveau rassemblement allant des sociaux-démocrates à la droite sociale en passant par le centre et les écologistes.

Paradoxe

C'est le fameux big bang que Michel Rocard, leur mentor à tous les deux, avait théorisé dès 1993 comme une alternative au mitterrandisme. Le plus étonnant, c'est que M. Macron ne se serait sans doute jamais lancé dans l'aventure si Manuel Valls, alors premier ministre, ne l'y avait involontairement poussé en multipliant les maladresses à son égard. Après avoir insisté auprès de François Hollande pour le nommer ministre de l'économie en août  2014, il lui a imposé un impopulaire 49.3 sur sa loi du même nom avant de l'empêcher, un an plus tard, de porter un nouveau texte de libéralisation de l'économie.

Emmanuel Macron en a tiré les conséquences : il a monté son mouvement En marche !, a quitté le gouvernement, s'est déclaré candidat à l'élection présidentielle en contournant la primaire et a réussi à capter le fort besoin de renouvellement qui marque cette élection présidentielle.

Depuis, il est devenu le maître du jeu à la barbe de Manuel Valls qui se préparait, depuis cinq ans, à la recomposition en cours. Adepte du parler vrai, " fier " de gouverner dans la tempête, l'ancien ministre a constaté durant tout le quinquennat de M. Hollande l'affrontement de deux gauches devenues à ses yeux " irréconciliables ". Il a aussi pris acte de la force du FN et théorisé la nécessité de construire, pour contrer Marine Le Pen, un arc républicain associant élus de gauche et de droite.

Son erreur a été de vouloir mener la rénovation depuis le Parti socialiste. Il a concouru à la primaire et l'a perdue. Evincé par Benoît Hamon, marginalisé par Emmanuel Macron, il lui fallait, pour ne pas disparaître, donner de la voix avant l'élection présidentielle, au prix d'un fort bruit de vaisselle brisée : les hamonistes l'accusent de trahison, les " hollandais " rechignent à se regrouper derrière lui parce qu'ils lui reprochent de n'avoir pas été complètement loyal au président.

Une fois de plus, Manuel Valls est accusé par ses détracteurs de vouloir faire exploser le Parti socialiste. Ce qui, en réalité, n'a jamais été aussi faux car, plus que jamais, sa survie dépend de sa capacité à  en maintenir l'intégrité. Sa visée est de construire au Parlement un groupe social-démocrate capable de -rechercher des compromis avec le futur président de la République, quel qu'il  soit. Pour cela, il a impérativement besoin que l'étiquette socialiste résiste, dans la campagne des législatives, à l'attraction d'En marche ! ou à un éventuel sursaut de la droite. C'est son ultime -paradoxe.

par Françoise Fressoz

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