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mardi, 14 mars 2017

Par lâcheté, la classe politique a renoncé à affronter Marine Le Pen

Depuis bientôt deux ans, la classe politique française et une grande partie des médias prennent pour établi que Marine Le Pen sera qualifiée pour le second tour de l’élection présidentielle du printemps prochain. Tout se passe donc comme si la «dédiabolisation» de l’extrême droite avait opéré naturellement dans les esprits, facilitant les efforts de Le Pen pour faire croire à sa virginité républicaine.

Robert Badinter, l’ancien Garde des Sceaux et ancien président du Conseil constitutionnel, qualifiait cela de «lepénisation des esprits». Nous sommes déjà bien plus loin. Plus de 30% de nos concitoyens, suivant une dernière étude publiée par Le Monde, ne sont pas en voie de lepénisation. Ils sont lepénisés. L’effet naturel de cette situation aboutit à une double position, vis-à-vis de Le Pen comme de ses électeurs.

Attaquer Macron plutôt que la candidate du Front national

Au lieu de détruire Le Pen en montrant à ses électeurs potentiels que l’application de son programme les appauvrirait et serait un désastre pour notre pays, sans parler de la honte qui le recouvrirait, les Fillon, Hamon et autre Mélenchon n’aspirent qu’à détruire Macron. La France, dans tout cela…

Pourtant, si les électeurs du Front national sont des agriculteurs, des ouvriers, des employés, tous les agriculteurs, tous les ouvriers, tous les employés ne voteront pas Le Pen. Pourquoi ne pas s’être appuyé sur ces personnes lucides-là? Pourquoi n’avoir pas engagé –systématiquement– des démarches auprès des électeurs lepénistes pour souligner que parmi les mesures préconisées par Le Pen figure, par exemple, l’instauration constitutionnelle de la préférence nationale, chastement appelée «priorité citoyenne»?

 

Il fut un temps où l’Allemagne nazie bannissait les Juifs. Un autre ou l’Afrique du Sud excluait les noirs par l’apartheid. Le Front national veut aujourd’hui proscrire les étrangers. Il se garde bien de délimiter précisément le périmètre de cette catégorie. Et il y a des Français prêts à voter pour des gens qui osent proposer cela! Et il y a des Français qui ne sont pas heurtés qu’à la moindre mise en cause judiciaire –parfaitement légitime– de celle qui prétend «apaiser» la France, celle-là ait montré les dents et son vrai visage en envoyant paître les magistrats et en menaçant de représailles des fonctionnaires et des journalistes. On ne se refait pas!

Ne pas mettre cela –et les autres absurdités du programme lepéniste– en évidence, chaque jour, relève d’un abandon qui ressemble beaucoup à de la lâcheté. Regardez à droite, regardez à gauche: tous bords confondus, il s’agit de concentrer les critiques sur le fondateur d’En Marche!. Parce qu’il serait acquis une fois pour toutes qu’il n’y a qu’une seule place à prendre. Et comme les sondages actuels donnent Emmanuel Macron qualifié au second tour, il faut taper sur lui.

La comédie des adversaires du «système»

En le désignant comme leur premier adversaire, les autres candidats caressent l’espoir de se hisser au second tour, pour s’opposer à Le Pen, au lieu d’avoir tout fait pour que celle-ci soit battue, dès le premier tour. Et plus ils s’efforceront de pourfendre le premier, plus ils renforceront la seconde. Ils auront beau jeu par la suite de reprocher à celui qu’ils essaient de détruire d’être le responsable d’une montée frontiste. Aveugles à leur propre cécité, ils témoignent ainsi non seulement d’un nanisme politique, mais pire, d’un nanisme historique. La France, dans tout cela…

Bien entendu, un mot vidé de son sens justifie toutes les attaques: le «système». Macron représenterait le «système», lui qui en est issu, bien sûr, et qui veut dans le même temps sortir du clivage systémique gauche-droite. Comme si Fillon n’était pas au cœur du «système» par ces pratiques depuis des décennies. Comme si les Le Pen n’étaient pas au cœur du «système», par leur exploitation de la crédulité des braves gens. Comme si Hamon n’était pas au cœur du «système», depuis des décennies au sein du Parti socialiste. Comme si Mélenchon n’était pas au cœur du «système», lui aussi depuis des lustres. Mais de quel «système» s’agit-il?

 

Ce mot renvoie tout simplement à l’organisation démocratique de notre société. Elle n’est pas parfaite. Il est toujours possible de l’améliorer pour lui redonner de la vigueur, en matière morale notamment. Certes, ses membres ne seront jamais irréprochables, non plus que tous ses représentants politiques, mais, même si c’est trop lentement parfois, notre «système» identifie les fraudeurs et les menteurs, les dénonce, les juge et les condamne. C’est ce qui différencie notre «système» d’une dictature.

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