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mercredi, 07 décembre 2016

Pour survivre, le #PS va devoir faire peau neuve

La gauche, au singulier, est un mythe. Dès sa naissance, en 1789, elle s'est divisée en courants, chapelles et partis qui se sont combattus les uns contre les autres : feuillants, girondins, montagnards, dantonistes, robespierristes, babouvistes, quelle était leur unité ? Certes, ils étaient tous hostiles à l'Ancien régime, mais de là à créer une tendance unique, fondée sur des idées communes et sur des intérêts partagés, cela n'a été qu'un leurre pendant toute la suite de l'Histoire. Il y eut bien quelques moments d'union, quand l'ennemi monarchiste, bonapartiste, fasciste faisait taire, provisoirement, les divergences, mais ces moments furent rares. Le Front populaire de 1936 que l'on présente comme un exemple d'union de la gauche n'eut qu'une courte durée, miné par ses contradictions.

Le grand talent de François Mitterrand a été de faire croire possible une alliance des gauches fondée sur un programme commun. Au bout de cinq ans, en 1977, le divorce entre communistes et socialistes était prononcé. Victorieux à la présidentielle de 1981, Mitterrand fit néanmoins entrer dans son gouvernement des ministres communistes ; ils n'y restèrent pas au-delà de 1984. Par la suite, l'agonie du parti communiste n'a pas pour autant servi l'union de la gauche. Au contraire ! L'éventail de ses organisations a rempli le vide, d'autant que l'élection présidentielle leur offre une publicité, un droit à l'existence, dont ils ont su profiter. En 2002, la "gauche" présentait huit candidats — un record —, dont trois trotskistes, ce qui permit à Jean-Marie Le Pen d'être qualifié pour le second tour. Et encore cinq candidats en 2012 !

La division de la gauche est structurelle, la division au sein même du PS étant la plus pernicieuse. On a pu assister, au cours de la législature qui s'achève, à une opposition interne, celle des "frondeurs", occupés à faire la guerre à leur propre gouvernement, allant jusqu'à tenter de le renverser par une motion de censure. Du jamais vu ! On s'attendait que ces députés insubordonnés fassent l'objet d'une exclusion. Même pas. Le président de la République, François Hollande, ancien premier secrétaire du parti, a eu pour principaux adversaires ses "camarades" dévoyés, ignorant la discipline de groupe et aveugles sur les conséquences de leur dissension. Leur action fut d'autant plus corrosive qu'à la gauche de cette gauche, le maximalisme de Jean-Luc Mélenchon, nouveau tribun du peuple, ajoutait de l'huile sur le feu.

Aujourd'hui, la gauche est émiettée, sans leader, sans but, si ce n'est de sauver les meubles, c'est-à-dire les sièges de députés les moins menacés. Manuel Valls, nouveau candidat à la présidentielle après le renoncement de François Hollande, n'est nullement certain de l'emporter aux primaires de janvier : il devra affronter une coalition, moins soucieuse de victoire, que de lui faire plier les genoux. Sorti vainqueur de la mêlée, pourra-t-il reconstruire une unité, non pas de la gauche, mais de son propre parti ? Encore une fois, il y a fort à parier que l'électeur de gauche aura le choix entre quatre gauchistes, un écologiste, un radical-socialiste et le représentant du PS : le ridicule achèverait de tuer la gauche, si la gauche existait.

La démarche d'Emmanuel Macron se présente à beaucoup comme une solution de rechange. Lui ne veut pas être "de gauche" non plus que "de droite". Il juge que désormais cette polarité gauche/droite n'a plus de sens ; qu'il importe de rassembler les "progressistes" de tous les bords, pour adapter la société française à son temps. Le phénomène n'en est qu'à ses débuts ; il fera peut-être long feu ; ou il connaîtra un élan, au risque de rendre un peu plus fantomatique "la" gauche . Après la chute du PCF, viendra donc celle du PS ?

Méfions-nous des avis de décès avant terme. L'histoire du parti socialiste est ponctuée de crises. On le donnait moribond en 1958 (scission due à la guerre d'Algérie et au retour de De Gaulle au pouvoir), en 1969 (quand Gaston Defferre obtint péniblement un peu plus de 5 % à la présidentielle) ; il était au bord de l'abîme en 1993 (désastre électoral aux législatives)... À chaque fois, et parfois assez vite, le parti a repris force. Mais ses divisions persistaient, entre des individus, entre des doctrines, entre des courants. Quand Hollande devint premier secrétaire, il déploya un art de la synthèse qui, à chaque congrès, permettait de sauver les apparences grâce à des motions chèvre-chou. Cet art, il n'a pas pu en faire preuve au pouvoir, car il avait alors à trancher pour gouverner.

Si je ne crois pas à la fin annoncée du parti socialiste, je pense, en revanche, que pour se redresser il aura à faire peau neuve. Les anciens frondeurs, les nostalgiques du congrès d'Épinay, les pseudo-marxistes, ceux qui ont fait chuter Hollande devraient, d'eux-mêmes, quitter le parti et s'inscrire sous le drapeau de Mélenchon où ils seraient mieux à leur place. "La" gauche n'en existerait pas pour autant, mais, du moins, les choses seraient plus claires. À cela j'ajouterai ce que j'écrivais déjà en 2006, que pour retrouver sa cohérence et son audience, "il faudra sans doute à la tête du parti socialiste une forte personnalité, respectée et écoutée, portant les espoirs du parti au lieu de la médiocre concurrence actuelle des présidentiables qui pousse aux compromissions, aux discours doubles, aux tractations de couloir, au détriment de la clarté des objectifs." (La Gauche en France, "Tempus"). Tel Diogène, sa lanterne à la main, on cherche "un homme".

Michel Winock

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