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mardi, 15 novembre 2016

Nous, Européens, vaincrons, le terrorisme islamiste @manuelvalls #13Novembre2015

Le soir du 13 novembre 2015, le terrorisme islamiste frappait la France, à Saint-Denis et à Paris, comme jamais elle ne l’avait été.

Après les attaques sanglantes et ciblées de janvier contre Charlie Hebdo, contre des policiers à Paris et Montrouge, contre le magasin casher de la Porte de Vincennes, les terroristes ont cette fois voulu tuer indistinctement, et le plus grand nombre. Leur but : saisir d’effroi la société dans son ensemble, en s’en prenant à notre jeunesse, à notre mode de vie. A ce moment, en France, et dans les pays d’Europe, nous avons compris que le djihadisme, ce nouveau totalitarisme, pouvait faire irruption n’importe où et n’importe quand.

Et il a frappé à nouveau lourdement, à Bruxelles, en mars 2016, puis à Nice, le 14 juillet dernier, jour de notre Fête nationale.

Pas un jour ne passe sans que je ne pense aux 130 victimes du 13 novembre, aux centaines de blessés, à toutes les autres victimes du terrorisme, à leurs familles. Demain, jour de commémorations, c’est d’abord vers elles que nous nous tournerons, pour les entourer de toute notre compassion, de toute notre fraternité. Demain, la France, unie dans le souvenir, se recueillera.

Cette unité, nous en avons plus que jamais besoin, car nous sommes entrés dans une nouvelle époque et sortis d’une période d’insouciance. Déjà, en 2012, alors ministre de l’Intérieur, j’avais alerté sur ce phénomène du djihadisme, voyant bien qu’il serait le défi majeur de notre temps.

La menace est bien là, pesante, permanente. Elle est intérieure et extérieure, se joue des frontières. Des individus – hommes, femmes, parfois mineurs – radicalisés, embrigadés, connaissant les techniques de combat – parce qu’ils reviennent des zones de guerre d’Irak et de Syrie – sont prêts à passer à l’acte. Rien que pour la France, près de 1700 individus ont quitté le territoire national pour rejoindre les terres djihadistes, au Levant. 700 y sont encore. Ce phénomène massif des filières terroristes concerne, à des degrés différents, tous les pays d’Europe. Nous l’avons encore vu récemment en Allemagne. La menace, ce sont aussi toutes celles et ceux qui, dans nos pays, se forment sur Internet et les réseaux sociaux aux techniques de mort les plus rudimentaires.

Face à cela, nous, Européens, devons plus encore nous prendre en main pour garantir notre sécurité. Et ce d’autant que les Etats-Unis s’impliquent de moins en moins dans les affaires du monde. L’Europe ne peut plus se dédouaner et se réfugier derrière son allié américain.

Nous prendre en main, c’est d’abord mieux protéger les frontières extérieures de l’Union avec des contrôles systématiques et obligatoires, y compris pour les ressortissants européens. Une agence des gardes-frontières et des gardes-côtes, mobilisant au moins 1500 personnes, a enfin été créée, avec la mission d’intervenir en renfort lorsqu’un Etat ne peut protéger seul ses frontières, notamment en cas d’afflux massifs de migrants dans lesquels, il faut le dire sans naïveté, des terroristes peuvent se glisser.

Les flux au sein de l’Union européenne doivent eux aussi être encadrés strictement. Qu’il s’agisse des individus – c’est le sens du dispositif Passenger Name Record (PNR), qui permet de tracer les déplacements, y compris sur les vols en Europe. Qu’il s’agisse, également, des capitaux ; car lutter contre le terrorisme, c’est lutter aussi contre tous les flux financiers illégaux qui l’alimentent. Qu’il s’agisse, enfin, des armes à feu, d’où l’importance de la directive visant à lutter contre les trafics.

Sur tous ces sujets, des progrès ont été réalisés, souvent à l’initiative de la France. Il faut aller plus loin en nous dotant, comme les Etats-Unis l’ont fait, d’un système européen d'autorisation de voyager (ESTA) pour effectuer tous les contrôles de sécurité en amont des voyages.

Se prendre en main, c’est aussi bâtir une armée européenne, des forces mobilisables immédiatement, avec une totale autonomie stratégique. C’est le sens du fonds européen dédié à la défense et à la sécurité, que la Commission va proposer prochainement. Et chaque pays doit augmenter son effort de défense en y consacrant au moins 2% de son PIB. Cette cible n’est pas un totem, c’est la condition pour faire face à tous les types de menaces et peser dans le concert des Nations.

En matière de Défense, il ne peut plus y avoir de « passager clandestin ». Nous sommes tous sur le même navire ! La France assume aujourd’hui une grosse part de l’effort, pour frapper Daesh dans ses bastions, en Irak et en Syrie, et combattre les groupes djihadistes en Afrique. Elle ne peut pas être la seule.

Il y a l’Europe. Il y a aussi ce que chaque pays doit faire à son niveau. En y mettant les moyens et les effectifs nécessaires. En adaptant ses textes de loi. C’est ce que nous avons fait en France. En développant, aussi, une nouvelle culture de sécurité, de nouveaux réflexes, pour intégrer pleinement la menace dans nos vies quotidiennes. Chaque citoyen doit devenir acteur de la sécurité, en étant formé aux premiers secours, en étant sensibilisé à l’attitude à adopter en cas d’attentat ou en consacrant une partie de son temps libre au service des forces de sécurité et de défense. C’est ce que nous mettons en place en France, avec un réel engouement – dont je me réjouis – de la part de mes compatriotes.

Chaque pays doit aussi coopérer pleinement en matière de lutte antiterroriste. Pas seulement par des déclarations de principe, mais par des actes, au-delà de ce qui existe déjà. Je pense notamment au « Système d’information Schengen » qui doit être mieux alimenté pour détecter et anticiper les déplacements des individus radicalisés. Toutes les polices européennes doivent avoir accès à ces informations.

Chaque pays doit enfin assécher le terreau sur lequel le terrorisme prospère, c’est-à-dire lutter avec la plus grande force contre le poison salafiste, ce carburant de la radicalisation.

Il faut partir d’un constat lucide : s’il y a un souvent un lien entre basculement dans le terrorisme et délinquance, les profils de milliers d’individus radicalisés sont très larges. Il n’y a pas, contrairement aux clichés, que des jeunes musulmans issus de l’immigration et résidant dans les quartiers populaires. On sait notamment que la proportion de jeunes convertis est importante. Il faut, en s’appuyant sur les experts, les universitaires, étudier ces phénomènes de radicalisation, en décortiquer tous les mécanismes, pour mieux les combattre.

Ce combat contre la radicalisation se mène sur Internet, contre les prêcheurs de haine, les imams auto-proclamés qui, dans de soi-disant lieux de culte, ou en prison, corrompent les esprits. C’est le rôle des pouvoirs publics. Mais il ne suffit pas d’interdire, il faut aussi contrer ces théories mortifères. Les instances musulmanes dans chacun de nos pays ont un immense rôle à jouer. Je ne veux pas une Europe où les musulmans sont montrés du doigt, victimes de tous les amalgames. Je veux une Europe où un Islam moderne, compatible avec nos valeurs démocratiques, brille aux yeux du monde. Quel revers cinglant pour l’islamisme politique qui veut nous diviser, nous jeter les uns contre les autres, en exploitant les failles qui existent.

Nos sociétés sont, en effet, travaillées par des tentations de rejet, d’enfermement dans des projets de contre-société, de rupture violente avec ce qui fait notre vie collective. Cette radicalité séduit de plus en plus, notamment nos jeunesses – c’est le grand défi de l’Europe. Face à cela, il faut bâtir un contre-discours puissant et mobilisateur, offrir de nouvelles possibilités d’engagement, rappeler en permanence ce qui nous unit. Il faut surtout continuer à lutter sans relâche contre le racisme, l’antisémitisme, les actes anti-musulmans ou anti-chrétiens, contre toutes les formes de haine et contre les discriminations.

Un an après le 13 novembre, je mesure les interrogations qui traversent nos sociétés. Elles sont inquiètes. Nous leur devons la vérité. Oui, le terrorisme nous frappera encore. Mais, oui, nous avons en nous toutes les ressources pour résister et toute la force pour vaincre. Nous, Européens, vaincrons, le terrorisme islamiste.

 
 
Manuel Valls
 

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