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lundi, 24 octobre 2016

Requiem pour la gauche ?

Il y avait quelque chose d'assez désespéré dans l'appel au rassemblement lancé samedi 22  octobre, à Tours, par Manuel Valls à " Arnaud, Emmanuel, Benoît et Aurélie ", au terme de cette semaine tragique où les socialistes ont douté du chef de l'Etat.

On se demande bien en effet ce qui pourrait pousser vers le bercail les brebis égarées. L'une après l'autre, elles ont quitté le gouvernement au motif que François Hollande avait trahi ses engagements, que Manuel Valls était trop droitier ou que les deux n'avaient pas voulu voir le monde tel qu'il est.

La peur de perdre qui, d'ordinaire, pousse à serrer les rangs, ne jouera pas cette fois car, c'est terrible à dire, tout le monde, à gauche, a déjà intégré la défaite. L'humiliation de voir le candidat issu des rangs socialistes risquer de ne pas figurer au second tour de la présidentielle, comme l'indiquent au-jourd'hui les sondages, n'est pas non plus une arme efficace. Après tout, ce ne sera pas la première fois dans l'histoire de la Ve  République.

La honte de voir la fille de Jean-Marie Le Pen en mesure de rééditer le 23  avril 2017 le scénario du 21  avril 2002 est un argument plus sérieux. Mais même cette perspective ne fait plus réagir les socialistes. Face au risque FN, encé-phalogramme plat ! Le réflexe unitaire, actionné à chaque coup dur, ne fonctionne plus. Le PS est arrivé à épuisement de sa survie.

Par-delà les contingences, il y a à cela une raison très profonde : entre la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour de la présidentielle de 2002 et celle possible de sa fille pour le second tour de 2017, il s'est déroulé un cycle de quinze ans durant lequel le premier parti de gauche, entouré de ses alliés, a parfois sauvé la mise mais sans réussir à démontrer qu'il était capable d'incarner le changement ni remettre en marche l'ascenseur social.

Des pans entiers de l'électorat ont fui. L'alliance entre les classes moyennes et populaires, qui avait assuré la victoire de François Mitterrand en  1981, s'est brisée. L'addition se paie aujourd'hui cash : la gauche apparaît à la fois nue, rétrécie et impuissante, avec à son passif une courbe du chômage qui résiste aux injonctions.

La sanction électorale apparaît si inévitable que personne ne se bat plus pour l'enrayer. Il faut juste s'en protéger. Pour s'exonérer, l'aile gauche ne cesse de reprocher au gouvernement sa dérive libérale, tandis que la gauche gouvernementale déplore amèrement l'irresponsabilité de ceux qui ont frondé, sans cesser pour autant de leur tendre la main.

Une spirale mortifère est en marche, que rien ne semble pouvoir arrêter : ni l'impopularité record du chef de l'Etat ; ni la volte-face de son premier ministre qui, après avoir constaté l'existence de " deux gauches irréconciliables ", tente en vain de recoller les morceaux ; ni l'impasse dans laquelle semblent se fourvoyer ceux qui prétendent incarner l'alternative.

A ce stade, Arnaud Montebourg ne parvient, pas plus qu'Emmanuel Macron, à démontrer qu'il peut sauver la gauche. Le premier est bloqué par Jean-Luc Mélenchon, le second gêné par Alain Juppé, qui tente d'attirer à lui les déçus de François Hollande dans le cadre de la primaire de la droite et du centre. Tout ce qui se chante en ce moment est un requiem pour la gauche.

par Françoise Fressoz

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