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vendredi, 16 septembre 2016

F . Hollande : la gauche est toujours belle dans l'opposition

Alors que son image s’effondre dans l’opinion et que l’opposition – de droite comme de gauche – critique vivement le bilan de son quinquennat, le président de la République revient, dans un entretien réalisé par le philosophe Marcel Gauchet et l’historien Pierre Nora pour la revue Le Débat (septembre-octobre, n°191, 20 euros), et dont Le Monde publie des extraits, sur sa politique « sociale-démocrate » et le sens de son action.

Le mot « socialisme » vous paraît-il encore vouloir dire quelque chose aujourd’hui ? Dès les années 1980, vous avez constaté vous-même que les vieilles recettes keynésio-sociales-démocrates ne marchaient plus. Vous envisagiez alors l’absorption du PS dans un grand parti démocrate à l’américaine. Serez-vous le président de la fin de l’idée socialiste ?

Le socialisme est un héritage qui plonge loin dans notre histoire, et c’est une idée beaucoup plus qu’une organisation. Je suis socialiste mais je ne suis pas pour la socialisation des moyens de production. Je ne l’ai jamais été. Le socialisme est une philosophie beaucoup plus qu’une doctrine. Quand Léon Blum évoque ce qui l’a rendu socialiste, il dit que c’est l’idée de justice qui l’a déterminé. Aujourd’hui, je poursuis cette idée de justice tout en assurant le destin d’une nation, pas n’importe laquelle, la France, dans le monde. C’est la question majeure. Elle était déjà présente dans le mouvement socialiste au début du XXe siècle. Peut-on construire le socialisme dans un seul pays ? La réponse a été apportée par l’Histoire et par les faits. Tout l’enjeu est de savoir si la gauche, plutôt que le socialisme, d’ailleurs, a un avenir dans le monde, ou bien si la mondialisation a réduit, voire anéanti, cette espérance, cette ambition, cette prétention, de telle sorte qu’il n’y aurait plus qu’un seul modèle et que les marges entre la droite et la gauche seraient tellement faibles que le vote des citoyens n’obéirait plus qu’à des logiques d’adhésion à des personnalités.

Je ne le crois pas. Je continue de penser que le clivage gauche-droite reste fondateur de la démocratie. Je pense que la gauche de gouvernement est aujourd’hui devant une vraie difficulté, parce qu’elle est contestée non seulement par la droite, mais aussi maintenant par l’extrême droite autour des thèmes identitaires. En plus, elle est défiée, comme elle l’a toujours été, par une autre gauche qui s’est écartée de la gouvernance du monde. La gauche de gouvernement est en recul en Europe. Le camp des progressistes latino-américains n’est plus aussi glorieux qu’il a pu l’être il y a seulement vingt ans, sans remonter plus loin.

Les socialistes français n’ont pas dit les choses très clairement sur ce point, tout en l’enregistrant dans leur pratique. Ne pensez-vous pas que cela aggrave la difficulté ? Mitterrand s’est bien gardé de dire ce qu’il faisait quand il a changé de cap en 1983, puis en présentant le choix de l’Europe comme la poursuite de son programme initial. Depuis, la clarification n’a jamais vraiment été opérée.

Je n’ai pas eu à me situer dans ce type de débat parce que j’avais déjà fait mon aggiornamento personnel. J’ai été particulièrement clair dans la campagne des primaires. J’ai parlé de changement, pas de rupture. Le discours du Bourget qui dénonçait la finance, celle qui étreignait les Etats avec la crise des subprimes, a été emblématique, parce qu’une campagne se résume à une formule et quelques mots. Je ne les renie pas.

La gauche de gouvernement devient suspecte dès qu’elle accède aux responsabilités et son destin est de toujours être accusé de trahison. Il n’y a pas d’exemple d’une gauche au pouvoir qui n’ait été sous la pression des procureurs de l’alternative.

Face à cette perpétuelle suspicion, la gauche de gouvernement ne doit pas baisser les yeux et être davantage fière de ce qu’elle fait. Elle doit se définir comme une force de gestion et de transformation dont les mérites ne peuvent être salués simplement quand elle a quitté le pouvoir. La gauche est toujours belle dans l’opposition, non pas simplement parce qu’elle retrouve la blancheur de ses mains, mais aussi parce qu’elle mythifie ses réformes passées, en oubliant combien il était dur de convaincre de leur bien-fondé quand elle était aux responsabilités. Ce réenchantement a posteriori n’est pas sain. Elle doit être beaucoup plus sûre de son fait en se présentant franchement devant les Français quand elle agit.

« Aujourd’hui, c’est l’idée même d’exercer le pouvoir qui est contestée. L’objectif est d’entraver l’Etat, par tout moyen »

Mais, justement, la voie n’est-elle pas libre pour mettre les paroles en accord avec les actes, maintenant que le surmoi que représentait le Parti communiste par rapport à la gauche de gouvernement n’existe plus ? Car c’est lui qui portait principalement cette accusation de trahison à propos de toutes les expériences que vous avez évoquées.

Ce surmoi est toujours très fort. Il ne s’appelle plus communisme, mais « alternative », « autre gauche » ou « insoumis ». Il est influent dans certains milieux universitaires ou militants qui considèrent que nous nous sommes perdus et que, de toute façon, l’enjeu n’est plus le pouvoir. Le but est l’empêchement. C’est très différent comme démarche, surtout par rapport à ce qu’était la position du Parti communiste. Aujourd’hui, c’est l’idée même d’exercer le pouvoir qui est contestée. L’objectif est d’entraver l’Etat, par tout moyen, selon la théorie du grain de sable. Non plus de contester ses réformes, mais de paralyser l’Etat. Et de le défier, jusque sur le terrain du maintien de l’ordre. D’où les violences contre les policiers. Qu’on ait pu s’en prendre aux forces de sécurité lors des manifestations du printemps, alors qu’il y a un an elles étaient plébiscitées après les attentats qui nous avaient frappés, en dit long sur les confusions qui ont pu resurgir. Ce qui est nouveau, c’est le renoncement. Puisque le monde est devenu global, puisque les frontières entre droite et gauche s’effacent, alors changeons de terrain et recourons à l’obstruction. Cette tentation peut se retrouver sur le terrain syndical. Plutôt que de passer par la négociation pour chercher un compromis, mieux vaut bloquer, sans qu’il soit d’ailleurs besoin de mobiliser de gros effectifs pour parvenir à ce résultat.


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