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jeudi, 18 août 2016

Benoit Hamon ou l'ambition d'un apparatchick

  

Au suivant! Sur ce qu’il est convenu d’appeler l’aile gauche ou l’aile frondeuse du PS, Marie-Noëlle Lienemann est partie la première, avant l’été, suivie bientôt par Gérard Filoche. Pour ceux qui s’intéressent plus au mercato de la Ligue 1 de football qu’aux méandres de la vie politique, il convient de rappeler que la première est, à 65 ans, sénatrice de Paris, qu’elle a été deux fois ministre –de Pierre Bérégovoy puis de Lionel Jospin– dans des gouvernements qui ont mal fini à force de pencher à droite. Elle a par ailleurs suivi une carrière erratique d’élue locale entre l’Essonne et le Pas-de-Calais où elle fut un temps l’héritière présomptive de Jacques Mellick. Et qu’avant d’animer un courant du PS avec Jean-Luc Mélenchon et Julien Dray, elle avait été l’une des chefs de file de ce qu’on appelait, au début des années quatre-vingt, "les néo-rocardiens", lesquels plaidaient alors pour une réponse libérale aux défis de la crise.

Marie-Noëlle Lienemann affiche aujourd’hui un mitterrandisme de stricte obédience. Certains de ses camarades se souviennent pourtant qu’elle déconseillait à l’ancien Président de se représenter en 1988, au motif que sa candidature serait "anesthésiante". Ce qui prouve qu’en politique, on peut, tel le saumon, remonter tous les courants à la seule condition de savoir prendre le bon, au moment opportun. De ce point de vue, on ne peut pas dire que Marie-Noëlle Lienemann ait été, au cours de sa longue carrière, d’une particulière perspicacité.

A côté de sa camarade sénatrice, Gérard Filoche est un modèle de rectitude politique. Né trotskiste, il l’est resté, façon vieille taupe. Il est membre du Bureau national du PS où sa spécialité est voter avec la minorité, quelle qu’elle soit, puis de s’en expliquer avec de grands moulinets sur les chaînes d’infos en continu où il a son rond de serviette. Son originalité est de n’avoir jamais exercé la moindre responsabilité élective. Même à la proportionnelle, il a toujours échoué. C’est sans doute ce qui lui permet, à plus de soixante-dix ans, de se lancer dans une aventure présidentielle en expliquant qu’à la différence de tant d’autres, il n’a jamais trahi le moindre de ses engagements. Gérard Filoche considère "qu’une chèvre l’emporterait en 2017 face à François Hollande". Vu comme ça, on comprend mieux ses ambitions.

 

Qu’apporte Benoît Hamon à ce combat de titan? Récemment, sur le plateau du JT France 2, il a été incapable de le dire. Son programme, tel qu’il l’a esquissé, ne se différencie en rien de celui de ses camarades. Lui aussi estime que François Hollande n’est plus digne de représenter la gauche. Lui aussi veut relancer le processus de réduction du temps de travail, lui aussi veut défendre mordicus le code du travail, lui aussi veut réorienter la construction européenne, lui aussi veut rénover la démocratie française, lui aussi veut porter une sixième République sur les fonts baptismaux. 

Pour se distinguer, Benoît Hamon aurait pu jouer à son tour la carte du renouvellement, chère à Bruno Le Maire ou Emmanuel Macron. A bientôt cinquante ans, il en avait les moyens. Il ne l’a pas fait, sans doute pour ne pas souligner davantage la minceur de son expérience et la sinuosité de son parcours. Ministre délégué à l’Economie Sociale et Solidaire dans le gouvernement Ayrault, il a fait preuve, à ce modeste poste, d’un sens de la discipline parfaitement remarquable.

Entre 2012 et 2014, Benoit Hamon a tout avalé –et tout négocié– en silence: le pacte budgétaire européen et même le virage libéral du pacte de responsabilité. Sans lui, Manuel Valls n’aurait pas été Premier ministre. Sans la cuvée du redressement de Frangy servie trop généreusement par son complice de l’époque, Arnaud Montebourg, il n’aurait pas été le ministre de l’Education le plus bref de la Cinquième République –cinq mois à peine. 

Frondeur tardif, Benoît Hamon n’a conservé du rocardisme de ses jeunes années qu’un sens très relatif du bon tempo en politique. Le contretemps est sa spécialité. Quand il lui arrive, comme par mégarde, de tendre l’élastique plus que de raison, celui-ci finit toujours par lui revenir dans le nez. C’est d’ailleurs ce qui explique que François Hollande l’ait si longtemps ménagé. Benoît Hamon a ceci de pratique qu’il est un rebelle qui revient toujours, un jour ou l’autre, dans le chemin de l’orthodoxie qui est celui de son ambition d’apparatchik.

 

 

Il gère, par ailleurs, un petit réseau qui a grandi au MJS avant de prospérer à l’UNEF. Il est le député d’une circonscription des Yvelines, acquise en 2012 après des tentatives infructueuses dans le Morbihan et l’Essonne et qu’il aura d’ailleurs du mal à conserver l’année prochaine. C’est là le vrai paradoxe de sa candidature. Benoît Hamon est un parlementaire en sursis qui rêve d’être un jour premier secrétaire du PS.

Or, le seul poste qu’il prétend vouloir briguer aujourd’hui à visage découvert l’éloigne de cette ambition, sauf à croire qu’en se lançant dans la bataille de la primaire socialiste, il n’aspire qu’à négocier ses maigres forces, le moment venu, avec l’un ou l’autre de ses compétiteurs.
Comme Marie-Noëlle Lienemann et comme Gérard Filoche, Benoît Hamon n’a strictement aucune chance d’être désigné, en janvier prochain, candidat à la présidentielle. Il joue la primaire contre autrefois un congrès. Avant de déposer une motion, il vient de proposer ce qu’on appelle une contribution, dans la novlangue socialiste. Pour voir!

Tout cela, bien sûr, s’adresse moins à François Hollande qu’à Arnaud Montebourg. Le calendrier choisi le démontre à l’envie.
Benoît Hamon s’invite une fois encore à Frangy à ceci près que cette année, il n’y était pas invité. Autre cuvée dont on se demande parfois pourquoi ils ne sont pas plus nombreux à vouloir la goûter. Au point où on en est, au nom de quoi Emmanuel Maurel, Christian Paul, Laurent Baumel, Pouria Amirshahi, Pascal Cherki, Caroline de Haas ou Jean-Jacques Germain ne s’inviteraient-ils pas à ce festin en faisant acte de candidature à leur tour?

 

Y compris au PS, deux gauches désormais se font face. François Hollandeest le leader naturel de son aile réformiste. Pour qu’il en soit autrement, il faudrait qu’Emmanuel Macron prenne part à cette compétition, ce qui n’est pas son intention même s’il devait se décider à se lancer demain dans la bagarre. Son aile frondeuse, en revanche, n’a pas de champion qui sache la rassembler. Martine Aubry aurait été en mesure de le faire. Oui mais voilà, elle ne le veut pas. La maire de Lille avait tous les atouts en main pour être une candidate crédible et performante. La seule différence entre elle et son père est qu’elle n’a jamais entretenu le moindre suspense sur ce point. 

Dans pareil contexte, l’encombrement des ambitions face au Président sortant est à la fois logique et suicidaire. Vu l’état où est aujourd’hui la gauche, cela ne changera rien au destin d’une présidentielle dont on voit mal comment elle pourrait ne pas la perdre avec fracas. La primaire du PSne règle d’aucune façon la question de la dispersion du camp progressiste dès lors que les écolos de Cécile Duflot n’ont pas renoncé à faire entendre leur petite musique et que Jean-Luc Mélenchon poursuit avec méthode son œuvre de destruction massive. 

Si on lève le nez en regardant plus loin que 2017, on constatera simplement, à l’épreuve des faits, que pendant que les uns réinventent la SFIO et les autres le Parti communiste d’autrefois, certains, comme par réflexe, rejouent les grandes heures du PSU, de ses querelles d’apothicaire et de ses multiples tendances, toutes plus radicales les unes que les autres. C’est seulement en ce sens que la candidature Hamon dépasse l’anecdote. Elle relève de la mise en scène dans ce remake que la gauche est en train de rejouer.

Challenge

 

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