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samedi, 09 juillet 2016

Feu le rocardisme !

Pauvre Michel Rocard ! Ils l’encensent tous sur son lit de mort pour mieux repartir à la castagne comme si de rien n’était. Les socialistes contre les socialistes, emmurés dans l’arène qu’ils ont eux-mêmes construite. Le projet de loi El Khomri est devenu leur cercueil. La droite l’a senti. Elle s’est retirée du combat, n’a pas déposé de motion de censure, s’est installée dans les gradins pour mieux contempler le massacre. Sont-ils devenus fous ?

D’un côté, le premier ministre Manuel Valls qui bombe le torse, revendique l’usage du 49.3, se targue de gouverner désormais avec « une majorité relative », ce qui est une façon de revendiquer toutes les pertes en ligne qui ont émaillé le quinquennat de François Hollande : les Duflot, Montebourg, Taubira, Hamon, Filippetti partis s’égailler ou s’enliser ailleurs, c’est selon.

 

De l’autre, les frondeurs qui restent minoritaires, n’ont pas recueilli les 58 signatures nécessaires au dépôt d’une motion de censure, n’ont pas eu « la peau » du chef du gouvernement mais ont réussi autre chose de plus toxique encore : inoculer ce poison dans l’opinion que le dernier grand texte du quinquennat d’un président issu des rangs socialistes est une loi antisociale qui réduit les protections et joue contre le pouvoir d’achat.

 

Pourquoi ? Parce que l’ultime amendement que 123 députés socialistes voulaient faire accepter portait sur la rémunération des heures supplémentaires et qu’il a été rejeté par Manuel Valls.

Le procès est instruit : le premier ministre qui s’est imposé à François Hollande aux heures noires du quinquennat n’est pas de gauche. Il n’est pas social, il est même antisocial. C’est facile et injuste car le projet de loi El Khomri est un texte de gauche, soutenu par les syndicats réformistes, au premier rang desquels la CFDT.

Outre la réorganisation du code du travail et le développement de la négociation en entreprise, il comporte un nouveau droit – « le compte personnel d’activité », que la CGT défendait au côté des autres organisations syndicales sous le nom de « sécurité sociale professionnelle ». Mais qui aujourd’hui pour le dire ?

A force de se haïr, la gauche se suicide. Elle piétine par la même occasion l’héritage rocardien qu’elle a eu tant de mal à faire sien.

 

Lorsque, à la fin des années 1970, Michel Rocard théorisait l’existence au sein du Parti socialiste de deux sensibilités, la deuxième bien plus réaliste que la première, ce n’était pas pour que l’une tue l’autre mais pour que les deux s’apprivoisent. Il voulait que l’idéal colle au réel.

Et ce fut un peu le cas dix ans plus tard lorsqu’il devint premier ministre de François Mitterrand et que, de cette cohabitation difficile, naquirent au moins deux réformes qui continuent de marquer les esprits : l’instauration du revenu minimum d’insertion (RMI) et celle de la contribution sociale généralisée (CSG), mais aujourd’hui, basta !

Ceux qui l’encensent et se revendiquent de lui, les Valls, les Hamon notamment, ne cherchent plus ni à se comprendre ni à pactiser. Ils guerroient, creusent le fossé, texte après texte, au point d’imposer au président de la République l’ultime « clarification », cette primaire que la gauche avait inventée en 2011 pour gagner et qui, aujourd’hui, est faite pour trancher les désaccords aussi sûrement que la guillotine.

 

 

 

 


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