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lundi, 23 mai 2016

Nous devons être forts de nos doutes et d'un bilan qui n'est qu'une étape.

Députés, nous avons œuvré depuis quatre ans à concilier une meilleure efficacité de l'action publique et une plus grande égalité des opportunités. Nous avons travaillé "nos" textes de loi avec la volonté d'un progrès réaliste. Fin 2015 notre pays comptait 3,45 millions de demandeurs d'emploi. Si certains pays ont commencé à inverser la courbe du chômage ou ont un taux de chômage plus faible, c'est qu'ils ont connu un effet de rattrapage et allaient plus mal. Si d'autres pays ont créé de l'emploi, ils l'ont fait souvent en misant sur des emplois de moindre qualité à temps partiel ou sans salaire minimum.

Notre pays connaît la contrepartie de son dynamisme démographique : chez nous, si 800 000 jeunes arrivent sur le marché du travail, il y a 650 000 départs en retraite chaque année. En Allemagne, si 800 000 jeunes arrivent sur le marché du travail, il y a 900 000 départs en retraite chaque année. La comparaison relativise aussi ce qui serait notre exception. Depuis 2012, plus d'une dizaine de types de contrats et dispositifs d'insertion ont été mis en œuvre en direction des publics fragiles. En 2015, 100 000 emplois nets auront été créés. Les résultats ne sont pas à la hauteur de ce que nous pouvions espérer, mais nous n'avons pas à rougir des efforts faits. Ce qui manque, ce sont de nouvelles politiques publiques européennes en faveur de l'investissement durable, celui qui crée de l'emploi dans une industrie à verdir, dans la transition énergétique, et l'innovation.

Il nous faut retrouver des marges que la droite a ruinées avec 600 milliards d'euros de dettes en plus entre 2007 et 2012. Mais refaire son retard demande du temps. L'amélioration des finances publiques et sociales est en cours. En 2016, le déficit public atteindra 3,3 % du PIB alors qu'il était encore de près de 5 % en 2012. Nous avons adopté de nombreux textes (mariage pour tous, refondation de l'école, retraites, transition énergétique...). Ils ne seront de "bonnes" lois que si les acteurs s'en saisissent avec l'esprit de justice et le souci de l'efficacité. Nous avons fait œuvre de réforme, le mot "changement" s'avérant parfois peu adapté pour illustrer un mouvement de fond, réel mais pas suffisamment rapide pour ceux qui connaissent des difficultés. Le plus souvent nous avons amélioré les textes initiaux ; nous aurions aimé aller au-delà.

"NOUS AURIONS AIMÉ ALLER AU-DELÀ"Le libéralisme économique a changé et a choisi un cadre mondial alors que les politiques sociales sont restées de l'ordre des questions intérieures à chaque Etat, ce qui a probablement conforté l'idée que la globalisation des marchés avait gagné et que la solidarité avait perdue. L'Europe est le cadre nouveau de l'action pertinente pour tous les sujets transnationaux. Nous sommes au milieu du gué : d'une part, une réorientation de la politique publique dans bon nombre de domaines suppose un accord majoritaire avec d'autres Etats ; d'autre part, il y a une crise politique née de la difficulté des dirigeants au plan européen à trouver un langage commun. Les tendances xénophobes et isolationnistes rendent difficile le projet européen.

Une partie de nos concitoyens sont tentés par le retour de la droite qui, après avoir largement dégradé la situation de l'Etat, propose des "remèdes de cheval". Une autre partie de nos concitoyens sont tentés par le verbe populiste, malgré son incohérence démocratique et économique. Nous sommes nombreux à avoir été des députés refusant le mépris, exerçant pleinement notre libre arbitre pour améliorer les textes, loyaux avec l'exécutif, travaillant dans la durée sans annoncer la "fin" de l'Etat-providence ou de la gauche, ce qui, dans un moment d'incertitudes accrues, peut toujours apparaître comme possible. Nous devons être forts de nos doutes et d'un bilan qui n'est qu'une étape. Nous formulons l'idée que notre République a besoin de plus de délibération collective et de participation des citoyens. Nous devons préparer une nouvelle étape utilisant les marges regagnées. A nous de nous battre pour faire avancer de nouveaux projets pour la gauche et la France.

Signataires : Marietta Karamanli, François André, Brigitte Bourguignon, Jean-Jacques Bridey, Jean-Claude Buisine, Marie-Anne Chapdelaine, Jean-Michel Clément, Valérie Corre, Jean-Paul Dupré, Michèle Fournier-Armand, Elisabeth Guigou, Hervé Pellois, Michel Issindou, Henri Jibrayel, Conchita Lacuey, Dominique Lefebvre, Philippe Martin, Philippe Plisson, Christophe Premat, Christophe Sirugue.

 

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