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lundi, 16 mai 2016

Hollande et Valls jouent deux partitions distinctes

 




 

Deux méthodes opposées. Deux tempéraments contraires. Deux agendas distincts. L'épisode du 49.3 n'a rien révélé de fondamentalement nouveau quant aux relations entre François Hollande et Manuel Valls. Le président et le premier ministre, d'accord sur les objectifs et les moyens, ont piloté l'opération de concert mais sa conduite laisse apparaître, plus nettement que jamais, une divergence de style, de tempo et, plus encore, d'horizon politique.

Certes, tous deux ont initialement péché, par excès de vitesse et d'optimisme, en n'associant pas suffisamment la CFDT à la production de la " loi travail ", erreur largement concédée aujourd'hui tant à l'Elysée qu'à Matignon. De même ont-ils toujours envisagé l'hypothèse du 49.3, conscients, depuis fin avril, qu'elle s'avérait inéluctable. La divergence réside dans la manière. Elle s'est tôt exprimée, quand Matignon a d'emblée décidé de faire planer sur le texte la menace de cette procédure, ce qui ne figurait pas dans les plans de l'Elysée.

D'accord sur l'utilisation de l'arme constitutionnelle, MM.  Hollande et Valls ont divergé jusqu'au bout dans la manière de l'employer. Le premier ministre l'a utilisé comme une arme lourde, fustigeant, à l'Assemblée, la tentative de dépôt d'une motion de censure par la gauche. Pour lui, cette " démarche aventureuse " a eu " un intérêt " : une " clarification (…) entre ceux qui assument l'exercice du pouvoir et ceux qui se contentent d'être dans la proclamation ".

Marquer le coup

Cette mise au point n'était pas conforme aux vues de l'Elysée. " Hollande n'avait pas suggéré à Valls de faire comme ça ", note un conseiller haut placé. Mais M. Valls entendait marquer brutalement le coup. " Je ne vais pas banaliser ", avait-il annoncé. Exaspéré, depuis plus de deux ans, d'avoir d'abord eu à affronter son propre camp, il a donc opté pour la force. Tout autre a été le service après vente du président, qui a, depuis Les Mureaux (Yvelines) jeudi, préféré vanter " un texte de progrès ". A en croire l'Elysée, MM.  Hollande et Valls agiraient en parfaite intelligence. " Ils ne sont pas dans la même situation institutionnelle, le premier ministre est à l'offensive, fait le job. Le président rassemble tous les Français, à commencer par la gauche. Il y a une répartition. " Délicat euphémisme, qui interroge également sur la suite des opérations.

Alors que Matignon assume le rapport de force avec les frondeurs, l'Elysée maintient sa volonté de compromis pour les trois derniers textes significatifs du quinquennat : la loi Sapin  2, le texte égalité et citoyenneté et le projet de loi de finances. " Nous chercherons la majorité la plus large possible, et nous la trouverons sans difficulté. "

A un an de la présidentielle, ces deux logiques politiques divergent de plus en plus. M. Valls construit, dans l'opposition à la gauche du PS et à la gauche de la gauche, pour l'après-2017, là où le président a un besoin crucial de rassembler d'ici au premier tour. Contrairement au premier ministre, François Hollande, évidemment, " ne considère pas qu'il y a des gauches irréconciliables ", précise l'un de ses proches.

David Revault d'Allonnes

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