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jeudi, 12 mai 2016

Misogynie et politique

 

4169411022.jpgIl y a quelques mois, à l’Assemblée nationale, un député caquetait en imitant le cri de la poule pendant qu’une de ses collègues intervenait en séance, d’autres brocardaient une femme ministre parce qu’elle avait revêtu ce jour-là une jolie robe fleurie, une sénatrice au micro était interpellée d’un grossier « qui c’est celle-là ? », et au tournant du siècle dernier encore, une femme députée qui se levait dans l’hémicycle était sans coup férir apostrophée d’un concert d’ignobles « à poil » !  

Au même tournant du siècle, la Constitution a été modifiée.  Le 6 juin 2000,  une loi (votée par la Majorité de Lionel Jospin)  a été adoptée pour mettre un terme à la domination masculine dans les assemblées élues. Et, si 15 ans après, l’actuel Gouvernement est bien paritaire, si l’égalité  de représentation existe bien tant dans les  Conseils municipaux, régionaux, départementaux que leurs exécutifs, force est de constater que les premières responsabilités exécutives restent verrouillées : aucune femme n’a jamais présidé l’Assemblée nationale, le Sénat ou la République et, aujourd’hui encore, 84% des maires sont des hommes ainsi que 90% de départements et 75% des présidents de régions métropolitaines.

Quant au Parlement, pourquoi se gêner encore puisque les hommes sont largement dominants (75% des élus) et le font bien sentir aux femmes, ne se privant outre de monopoliser la parole, de balancer quelques plaisanteries graveleuses du haut des bancs pendant les séances.    

Seule la vraie parité mettra fin à cette dominance masculine dans l’espace politique, à condition que les partis en expriment clairement la volonté. La décision du Président de l’Assemblée nationale Claude Bartolomé qui a exigé moins de 5 heures après la publication des articles de presse concernant ses manquements, la démission du Vice-président Denis Baupin, est exemplaire. Comme d’ailleurs la dignité de l’épouse de ce dernier, Emmanuelle Cosse, femme politique et Ministre du Gouvernement de Manuel Vals.

Les investitures accordées par les partis pour les prochaines  élections législatives  prévues en mai 2017, feront figure de test. Par huit fois des femmes victimes d’agressions et de harcèlement sexuel viennent de dénoncer le Parlementaire EELV en question.  

La loi du 4 août 2014 sur l’égalité réelle entre les femmes et les hommes prévoit de retenir 75% du montant leur dotation publique aux partis et formations politiques qui ne présenteront pas autant de candidature de femmes que d’hommes aux élections législatives. Gageons, parce que la note de « l’imparité » va dès lors devenir salée, que les responsables politiques vont hésiter à s’acheter des « indulgences » comme ils le faisaient régulièrement en se limitant à payer les pénalités.

Gageons encore qu’au fur et à mesure de l’approche des élections présidentielles et législatives, les langues des femmes vont se délier… pour révéler d’autres histoires au grand public. Et par là même exiger des responsables  qui choisissent les députées, non seulement une parité de candidature, mais une parité des élues.

A l’occasion des élections législatives de 2012, l’Assemblée des femmes-Observatoire régional de la parité avait fourni sous forme d’un rapport très travaillé, un mode opératoire pour y parvenir. La méthode demeure valide aujourd’hui. 

Geneviève Tapié

Présidente de l'Assemblée des femmes-Observatoire régional de la parité

 

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