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samedi, 23 avril 2016

Hé oh, la gauche !

Ministre de l'agriculture, porte-parole du gouvernement et hollandais-canal historique, Stéphane Le Foll lance Hé oh, la gauche, un mouvement de soutien à François Hollande, et défendra le bilan de l'exécutif avec plusieurs ministres, le 25  avril, à l'université René-Descartes de Paris.



Vous lancez un mouvement en défense du bilan du gouvernement, appelé Hé oh, la gauche… Quels en sont les objectifs ?

Ce n'est pas un mouvement, c'est un rassemblement autant qu'une interpellation. Avec plusieurs ministres, dont Jean--Michel Baylet, Emmanuelle Cosse, Najat Vallaud-Belkacem ou Marisol Touraine, nous rappellerons à la gauche qui critique et qui doute que ce que nous avons fait mérite d'être valorisé. Et que, dans une crise économique et politique en France et en Europe, nous avons su préserver et adapter notre modèle social.



C'est-à-dire ?

Nous n'avons pas touché à notre modèle de solidarité, par exemple la Sécurité sociale ou la retraite à 60  ans pour les carrières longues. Nous avons donné de nouveaux droits, avec par exemple l'universalité des droits à la Sécurité sociale, l'augmentation des bourses étudiantes ou encore la prime d'activité, qui bénéficie à 2,8  millions de ménages dont 400 000  jeunes.



La gauche aurait donc besoin d'être réveillée ?

Face à la gauche de la gauche qui nous accuse de trahir, nous voulons dire qu'aux responsabilités, dans un moment difficile, nous sommes, avec le président de la République et le premier ministre, restés fidèles à nos valeurs. Nous n'avons pas renoncé, loin s'en faut. Aux élections régionales, beaucoup de nos électeurs se sont abstenus car ils considéraient que l'on n'avait pas fait assez. Notre message s'adresse donc à cette gauche qui doute, qui doit être rassurée pour être reconquise.



Emmanuel Macron prétend incarner une nouvelle manière de faire de la politique. Joue-t-il pour lui ou pour Hollande ?

Sa démarche, qui consiste à entretenir le débat de manière spécifique et singulière, lui est propre. Nous, par opposition, créons une démarche collective. Nous, nous défendrons ce que nous avons fait. Qu'est-ce qui fait qu'Emmanuel Macron intéresse ? Il redonne optimisme, envie et ambition. Ce que je veux, c'est que nous incarnions, nous aussi, mais collectivement cette fois, cette part d'optimisme, de fierté, d'ambition.



Après des controverses sans fin sur le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), la déchéance de nationalité, le pacte de responsabilité ou la loi El Khomri n'arrivent--ils pas trop tard ?

Nous devons arrêter d'engager des débats sur la réforme qui vient et être capables de capitaliser sur ce que l'on a fait. Les difficultés économiques puis la pression exercée par le terrorisme ont occulté le débat traditionnel, mais absolument nécessaire, entre droite et gauche. Avec le CICE et le pacte de responsabilité, puis avec la lutte antiterroriste et la recherche de l'union nationale, nous avons accumulé les débats au sein de la gauche et au PS, où la critique frontale de notre politique a pris le pas sur la défense de la politique conduite. L'opposition, jusqu'à aujourd'hui, était en notre sein. Nous avons le devoir d'en sortir.



Est-ce qu'une initiative du courant hollandais Répondre à gauche constitue la bonne réponse à cette déliquescence de la gauche ?

Il ne s'agit pas d'un regroupement de vieux hollandais, ce rassemblement a une vocation plus large. Nous nous inscrivons dans la démarche d'alliance populaire lancée par Jean-Christophe Cambadélis. Nous avons d'ailleurs demandé à des militants d'interpeller les ministres. A ceux qui pensent qu'on a " tout fait pour les patrons ", nous répondrons que nous n'avons jamais trahi ni abandonné nos valeurs ni les salariés.



Se présenter face aux Français, sur France 2, pour expliquer que " ça va mieux " comme l'a fait le président de la République le 14  avril, était-ce une bonne idée ?

Cette émission présentait un risque : quand le président dit que ça va mieux face à une mère de djihadiste, le contraste est évident. Mais parce qu'il est président, il doit aussi expliquer l'état de la France, et qu'entre ce qu'on a trouvé quand on est arrivé et aujourd'hui, oui, les choses se sont améliorées. Mais cette émission, qui confronte un président à des situations individuelles toujours difficiles, a forcément créé un décalage.



Plusieurs sondages donnent Hollande sorti au premier tour de la présidentielle, quel que soit l'adversaire de droite. La cause n'est-elle pas perdue ?

Rien en politique n'est jamais perdu. Le risque est bien celui d'une élimination au premier tour. Mais ma conclusion, c'est qu'il faut lutter contre le doute, la défiance, et recréer de l'adhésion. Même si Jean-Luc Mélenchon passait devant nous, il ne sera jamais au second tour. L'alternative à gauche n'existe pas.



Vous y croyez donc encore ?

J'y crois. Avec François Hollande, j'ai traversé des moments difficiles et des tempêtes. Mais je sais mettre un ciré quand on se prend des paquets de mer.

propos recueillis par David Revault d'Allonnes

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