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vendredi, 15 avril 2016

Les ressorts d’un président que tout le monde a déjà enterré

 

 

Anne-Laure Constanza et Antoine Demeyer participent à l’émission « Dialogues citoyens » avec François Hollande, président de la république, sur France 2 .
Anne-Laure Constanza et Antoine Demeyer participent à l’émission « Dialogues citoyens » avec François Hollande, président de la république, sur France 2 . JEAN-CLAUDE COUTAUSSE / FRENCH-POLITICS POUR LE MONDE

Exercice fascinant. On l’enterre, il sort du sable et se réinstalle dans l’arène à sa façon : pugnace, mais jamais agressif. François Hollande tel qu’en lui-même. Interrogé par David Pujadas, souvent malmené par Léa Salamé, pris à partie par quatre Françaises et Français qui connaissaient leurs affaires, le chef de l’Etat n’a rien lâché jeudi 14 avril soir au cours de l’émission « Dialogues citoyens » sur France 2.

 

Et c’était déjà pour lui une victoire : montrer qu’il est là, qu’il compte encore alors que huit Français sur dix affirment ne pas vouloir qu’il se représente, que son camp se déchire et qu’au sein même de son gouvernement, des concurrents pointent le nez. Comme Emmanuel Macron, notamment en passe de devenir le plus féroce procureur des impasses du quinquennat. Après avoir lancé son mouvement En Marche, l’ambitieux ministre de l’économie s’en va chercher des financements à Londres et s’exhibe cette semaine à la « une » de Paris Match avec son épouse Brigitte.

 

C’en est trop, le président de la République le recadre d’un « il sait ce qu’il me doit », coup de griffe à son ancien conseiller qui proclamait naguère « je l’aime » et auquel il rappelle l’exigence de « loyauté personnelle et politique ». Ce faisant, François Hollande lève le doute s’il en existait encore un : il veut être candidat à sa réélection et s’il ne déclarera son intention aux Français qu’à la fin de l’année, il fera tout, avant, pour ne pas en être empêché car on en est là tant son impopularité est grande.

 

Mais quelles sont ses armes pour la reconquête ? Rien de régalien ni de monarchique, aucun coup de menton bien au contraire : les jeunes qui manifestent, le président les comprend, « la participation collaborative » il l’encourage. Dans une société éruptive qui menace de couper la tête de ses dirigeants, Hollande le plébéien joue inlassablement la carte du dialogue citoyen : écoute, compréhension, argumentation. C’est sa marque de fabrique. Dans le même type d’exercice, le face à face avec les Français, Jacques Chirac était naguère apparu déphasé, Nicolas Sarkozy bouillonnant, François Hollande, lui, joue l’apaisement et la raison.

On l’agresse ? Il ne s’énerve jamais, encaisse tout au risque de l’indifférence, mais il s’en défend et argue : « Quand on me blesse, j’ai le devoir de ne pas le montrer. » Question de pudeur ou simplement de protection car « être président de la République, c’est vivre tout le temps avec la tragédie ». Rappel de quatre années terribles dominées par la crise économique et la guerre contre le terrorisme. Il a de l’endurance.

Son second argument : « J’ai un cap », « un fil conducteur. » Enfin ! Car depuis quatre ans, que d’interrogations sur sa ligne, ses tergiversations, ses coups de barre à droite puis à gauche !« J’ai modernisé en protégeant le modèle social », explique le président et dans la foulée, toutes les mesures défilent : la prime d’activité, la CMU, la garantie jeune, les bourses étudiantes, mais aussi le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, le « zéro charges sur le SMIC » et tous les articles du projet de loi El Khomri. François Hollande n’est jamais pris en défaut, il connaît par cœur le moindre dispositif adopté par ses gouvernements parce qu’en technocrate accompli, il a constamment mis la main à la patte. Mais cela ne suffit pas.

 

Le chef de l’Etat peut bien plaider la défense de son quinquennat avec l’intention évidente de reconquérir le peuple de gauche qui non seulement le boude, mais souvent le conspue, son discours manque de souffle, à la fois trop technique et trop vague : « moderniser » ne constitue pas un projet de société dans une société qui doute si fort de son avenir. « Protéger le modèle social » apparaît par trop conservateur pour le camp du mouvement qu’a toujours voulu incarner la gauche. Elu en 2012 sur la promesse du « changement c’est maintenant » François Hollande reste sur ce terrain-là en gros déficit d’explication et de proposition. Il a un an pour combler le vide.

Françoise Fressoz, Le Monde

 

Commentaires

bonne analyse !

Écrit par : paul | lundi, 18 avril 2016

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