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mardi, 01 mars 2016

Myriam El Khomri et le bal des machos

En dézinguant sa loi, Martine Aubry a-t-elle fait glisser Myriam El Khomri mardi matin dans sa douche ? Les Français ont le droit de savoir… L’emballement médiatico-politique autour de l’état de santé de la ministre du Travail, qui a annulé mardi tous ses rendez-vous le temps d’une brève hospitalisation, est venu rappeler que la bataille contre le paternalisme et le machisme en politique est loin d’être gagnée.

A peine le léger ennui de santé de Myriam El Khomri connu, Jean-Marie Le Guen accuse les «gens de gauche» - «y compris les femmes», suivez son regard - d’en être responsables via leurs attaques contre la réforme sur le code du travail qui «pèsent» sur cette «jeune ministre». Le député Yann Galut parle carrément de la ministre à l’imparfait pour se demander si elle «était vraiment taillée pour le job».

Genriser pour mieux discréditer : la ficelle est aussi vieille que le combat des femmes en politique. Quand Emmanuel Macron multiplie les sorties orthogonales à la gauche, le microcosme les minimise en rappelant qu’il n’est pas élu, voire s’émerveille que le ministre de l’Economie fasse craqueler le vernis de la vieille politique avec son parler vrai. Manuel Valls décide de passer la loi Macron à coup de 49.3 ? On glose sur le«bras de fer» entre deux hommes qui ne s’en laissent pas conter. Mais quand Myriam El Khomri (comme Fleur Pellerin) sèche sur une question, elle est «nulle», «incompétente», bref «pas à sa place». Et quand sa loi travail est repoussée de quinze jours, c’est une «reprise en main» d’une ministre de facto «fragilisée».

Politiquement fragilisée, elle est - forcément - fragile physiquement. Son cabinet ne l’a pas aidée en invoquant dans un premier temps un «léger malaise» qui cacherait - forcément - un embarras politique plus grand sur cette loi qui met la gauche en pétard. En tentant de corriger le tir pour éviter le procès politique à sa ministre, François Hollande se rend suspect de sexisme en évoquant un «accident domestique», un adjectif malheureux que le Président n’aurait probablement pas utilisé si Jean-Marc Ayrault s’était coupé en se rasant. Les politiques confessent rarement la moindre faiblesse, histoire d’entretenir le mythe du surhomme, quitte à mentir sur leur état de santé. Ils sont puissants et donc inaltérables, C.Q.F.D.

Personne ne vient les seriner sur la vérité due aux électeurs ni leur reprocher de ne pas être transparents. Les femmes politiques ne demandent rien de plus. Ni de moins.

Laure Bretton, LibérationAfficher l'image d'origine

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