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jeudi, 08 octobre 2015

Hollande humilie Le Pen : mauvaise nouvelle pour Sarkozy


 

François Hollande n'est jamais aussi bon que lorsqu'il fait du François Hollande. On l'a vu ce mercredi, quand de passage au Parlement européen, en compagnie d'Angela Merkel, il s'est autorisé à éreinter, en quelques mots bien sentis, la pauvre Marine Le Pen. L'image de l'humiliation de la présidente du FN restera. L'histoire dira si nous n'avons pas assisté là, en ce début d'octobre 2015, à ce qui sera le duel final de l'élection présidentielle de 2017.

Une fois de plus, Marine Le Pen a été victime de son habitus. Sa détestation de la France est plus fort que son Surmoi gaulliste artificiel greffé par Florian Philippot sur un Moi maréchaliste. Dans l'hémicycle du Parlement européen, Marine Le Pen fut authentique. Grossière. Provocatrice. Vindicative. Haineuse. Odieuse. Et surtout sans respect pour ce qu'elle prétend chérir, la France elle-même, incarnée par son président de la République, François Hollande.

Rien n'a manqué au pot-pourri (c'est le cas de le dire) de Marine Le Pen.

L'humour calamiteux, façon Jean Roucas : "Merci, madame Merkel, de venir avec votre vice-chancelier administrateur de la province France."

La volonté d'humilier l'autre : "Monsieur le vice-chancelier, j’aurais aimé vous appeler monsieur le président de la République, mais, pas plus que votre prédécesseur, vous n’exercez cette présidence."

L'accusation insensée de trahison envers François Hollande, suspect de suivre "aveuglément une politique décidée à Berlin, Bruxelles ou Washington".

Et la germanophobie enfin, accusant le président français de participer à la "tentative absurde d’une domination allemande de l’Europe".

Hollande, ce redoutable tribun

 

La surprise est venue de François Hollande qui, en quelques mots, a réglé son compte à la présidente du FN. Depuis son élection, on avait fini par oublier que François Hollande est un redoutable tribun, et un formidable débatteur. De ce point de vue, le rappel est utile.

Sur la forme, en se montrant vif et engagé.

Sur le fond, en rappelant l'essentiel.

Ne confondant pas souveraineté qui n’a «rien à voir avec le souverainisme».

Ne cédant pas un pouce sur la nécessaire construction d'une Europe souveraine : "La souveraineté européenne, c’est d’être capable de décider pour nous-mêmes et d’éviter que ce soit le retour aux nationalismes, aux populismes, aux extrémismes".

Ne dissimulant pas la catastrophe que représenterait la sortie de l'Europe d'une France qui aurait voté Le Pen : "La seule voie possible pour celles et ceux qui ne sont pas convaincus de l’Europe, c’est de sortir de l’Europe, tout simplement. Il n’y a pas d’autre voie. Celle-là est terrible, mais elle est celle de la logique: sortir de l’Europe, sortir de l’euro, sortir de Schengen ".

N'hésitant pas, enfin, à démasquer l'ultime but de Marine Le Pen, qui veut sortir de tout, y compris "sortir de la démocratie".

Hollande rejoint Mitterrand qui avait tenu, il y a vingt ans, devant le même Parlement européen, des propos identiques, célébrant une Europe qui avait tué la guerre au profit de la paix, inventé une souveraineté dépassant les souverainismes et construit une société de progrès. "Le nationalisme, c'est la guerre" avait conclu le vieux président achevant ses deux septennats, ultime avertissement adressé à des Européens (déjà) parfois tenaillés par des tentations identitaires.

Hollande a repris le flambeau. Enfin. Sans ambiguïté. Sans reniement. Ce faisant, il n'a pas seulement répondu à Marine Le Pen, mais aussi à tous les déclinistes de France qui pensent, de Eric Zemmour à Alain Filkielkraut en passant par Robert Ménard et Nadine Morano, que la France serait beaucoup plus heureuse fermée au monde, repliée sur des frontières illusoires, crispée sur une identité judéo-chrétienne qui n'a jamais existé.

Le message vaut aussi pour cette gauche de la gauche, la gauche inutile et dangereuse, celle de Onfray et Mélenchon, Besancenot et Laurent, qui se met aussi à penser souverainisme et germanophobie. Oui, Hollande a eu raison de rappeler que la souveraineté, ce n'est pas le souverainisme, inséparable du nationalisme, lui même inséparable de la guerre. La souveraineté, nationale et européenne est d'abord synonyme de liberté et paix.

 

"Sortir de la démocratie"

 

Enfin, il y a le dernier mot de François Hollande, jeté à Marine Le Pen, qu'en vérité, elle veut "sortir de la démocratie". C'est le seul moment où, sur les images de télévision ayant enregistré l'échange, Marine Le Pen perd ses moyens, efface son sourire narquois et son rictus de haine tranquille.

"Sortir de la démocratie", c'est effectivement le programme du FN, synthétisé en une formule par François Hollande qui, pour le coup, à ce moment là, vise juste. Au-delà même de l'enceinte du Parlement européen, le président s'adresse aux Français, qui seront appelés en 2017, à se prononcer sur le destin présidentiel que Marine Le Pen ambitionne. Voudront-ils, oui ou non, "sortir de la démocratie" comme le leur propose Marine Le Pen. Parce qu'en vérité, l'enjeu sera d'abord et avant tout celui-là, au-dessus de tous les autres.

Dans ce dessein, François Hollande ne doit pas en rester là. Sans doute doit-il désormais continuer de parler France aux Français, ce qu'il n'a jamais véritablement fait depuis son élection, passant l'essentiel de ces interventions télévisées à délivrer des cours de macro-économie pour le moins inaccessibles. C'est une chose de régler son compte à Marine Le Pen au sein du Parlement européen, c'en est une autre désormais que de donner envie à ceux qui seraient tentés de voter pour "sortir de la démocratie" que se détourner de cette voie funeste. Le président sortant va devoir donner envie de démocratie. Parler France et âme de la France. 

 

Sarkozy, simple figurant?

 

Cette image d'un premier échange Hollande/Le Pen restera. Comme si l'un et l'autre, tacitement, en s'affrontant sans ménagement, avaient acté que 2017 a commencé ce 7 octobre 2015 au Parlement européen. Entre eux. Rien qu'entre eux. Comme si Nicolas Sarkozy, qui n'est même plus capable de ramener Nadine Morano à la raison, n'était plus qu'un figurant dans la pièce qui va se jouer.

Parce qu'au delà de l'absence, ce duel Hollande/Le Pen démontre que l'un comme l'autre savent où ils vont. Comment ils y vont. Avec qui ils y vont. A chacun sa boussole. Tournée vers le progrès pour l'un, la réaction pour l'autre. Nicolas Sarkozy lui, ne sait pas où il va. Ni comment. Ni avec qui. Tandis qu'Hollande et Le Pen se confrontaient au Parlement européen, l'ancien président n'était toujours pas capable d'en finir avec Nadine Morano, incarnation de la passerelle ouverte du vote "Les Républicains" vers le vote FN.

Sarkozy qui se perd en atermoiements et prend le risque de voir ses électeurs partir, qui vers le centre gauche, qui vers le FN... Sarkozy qui n'est déjà plus capable de dire à Marine le Pen qu'elle entend « sortir de la démocratie » en France... Sarkozy qui ne fait pas barrage au FN, mais l'encourage... Sarkozy qui contribue de lui-même à donner corps à cette idée que s'il continue ainsi, 2017 se finira effectivement entre François Hollande et Marine Le Pen. "Sortir de la démocratie" ou pas.

Challenge

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