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mardi, 15 septembre 2015

Cambadélis: voir Béziers et vomir

Quelle mouche a piqué Cambadélis ? Certes il a souhaité répliquer sèchement au ministre anonyme qui envisageait des alliances avec les Républicains. Mais de là à expliquer qu'il n'y aurait aucun désistement républicain, et surtout pas là où Le Pen fille et petite-fille peuvent gagner, il y a un pas dangereux. Offrir la deuxième région de France à Le Pen comporte un risque certain pour la suite et notamment 2017. Il est vrai que si le PS doit se désister partout où il termine en troisième position...Bref. Mais nous sommes à Béziers particulièrement bien placés pour connaître les conséquences d'un maintien au second tour, quitte à faire passer le FN.

Tout d'abord sur l'élection elle même, contrairement à ce que laisse supposer les sondages, lorsque la gauche se maintient dans de telles conditions, elle perd des voix !! On l'a vu lors des municipales de Béziers, la liste de gauche (fusion PS+PC) perd 1448 voix et 6% par rapport au total théorique PS+PC. Mais surtout, l'UMP et le FN qui n'avaient pourtant pas de réserves voient eux leurs suffrages augmenter tant en voix qu'en pourcentage. Trois explications probables :

  • la mobilisation des abstentionnistes est plus favorable quand la victoire est possible, en clair une troisième place n'a aucune chance d'enclencher une dynamique positive

  • malgré le maintien, une partie des électeurs de gauche ont joué le réflexe républicain. Ca paraît très clair à Béziers où l'UMP a gagné 2174 voix sans réserves.

  • La banalisation du vote FN encourage certains électeurs de droite à voter FN. Ainsi, au deuxième tour, Ménard gagnait 1799 voix

Bref, au mieux, le gauche se démobilise tandis que droite et extrême droite gagnent des abstentionnistes,.Au pire, on assiste à un déport généralisé vers la droite : gauche vers droite et droite vers extrême droite.

municipalesbéziers.PNG

Et le coup d'après ?

Le coup d'après c'est encore pire : à Béziers, le FN a raflé les 3 cantons y compris les villages lors des départementales avec des scores de 54 % contre les candidats de droite ou de gauche, et même 59% contre un candidat PS pourtant vice président du conseil régional : le plus mauvais score de France dans cette configuration.

Au delà du simple constat électoral, le ni-ni socialiste recèle trois dangers que nous connaissons à Béziers.

- Offrir une légitimation : depuis l'accession de Ménard à Béziers qui avait lui-même souhaité faire de sa ville un labo de l'extrême droite, le FN est désormais un parti de gouvernement, certes local pour l'instant, mais ô combien observé. On est bien loin des errements de Vitrolles ou Marignane.

  • La propagation des idées : Ménard, en conquérant Béziers, s'est offert une tribune inespérée. Point besoin de démonstration...Et la propagation des idéaux d'extrême droite se diffuse à grande vitesse. A Béziers, le racisme et la xénophobie se revendiquent désormais sans complexe. Ils appellent ça « libérer la parole »...Il s'agit surtout de libérer la parole d'extrême droite : Ménard invite désormais tous les réactionnaires et penseurs de la fachosphère à venir disserter devant un public conquis. Et ça marche ! La pensée d'extrême droite est aussi contagieuse que la peste bubonique. Il suffit pour s'en convaincre d'observer les résultats des dernières élections dans les communes proches de Béziers.

  • Enfin, l'ouverture des vannes entre droite et extrême droite : la porosité des électorats était certes connue, mais le maintien du cordon sanitaire permettait de contenir au moins au second tour le basculement vers le FN. Désormais, la gauche ayant décrété que droite et FN c'est pareil l'électeur ne ressent plus aucun frein à basculer vers son penchant naturel. La droite républicaine tente de faire le grand écart mais de plus en plus de cadres LR sont tentés par des alliances. Combien de temps tiendra-t-elle encore ?

 

Cambadélis devrait tirer les leçons du laboratoire biterrois. Se maintenir et faire passer le FN n'augure pas forcément des lendemains qui chantent.

 

 

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