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jeudi, 23 juillet 2015

Sarkozy ou l'obsession anti Hollande

. A tort ou à raison, on prête souvent à François Mitterrand ce petit vade-mecum de l’opposant politique : « Dans l’opposition, on s’oppose sur tout ». De la culture à la politique étrangère, du social à l’économique, en passant par la météo et les résultats sportifs du pays, tout est matière à critiquer les gouvernants en place. On tire en rafales et en circonférence. Patron des Républicains, la nouvelle appellation de l’opposition conservatrice, Nicolas Sarkozy s’applique à suivre ce précepte à la lettre, notamment pour dénigrer à l’étranger la politique extérieure conduite par son successeur à l’Elysée. C’est indigne d’une grande démocratie.

L’honnêteté impose de rappeler que François Hollande ne s’est pas comporté très différemment lorsqu’il s’opposait au président Sarkozy. Elle amène aussi à observer que, dans une grande démocratie comme les Etats-Unis, l’opposition ne se prive pas de stigmatiser à l’étranger certaines des options diplomatiques de la Maison Blanche.

Mais la manière dont l’opposant Nicolas Sarkozy s’en prend à la politique étrangère de la France est différente. Elle relève d’une conception mécanique, stérile, voire immature de ce que doit être l’opposition. M. Sarkozy voyage beaucoup. Il a raison, en ces temps de mondialisation avancée et alors que la France n’est évidemment pas imperméable au chaos régnant sur la scène internationale. Ce qu’il dit relève, en revanche, d’un manichéisme et d’un simplisme attristants.

Caricatural

A Jérusalem, confortant le gouvernement d’ultradroite de Benyamin Nétanyahou, il dénonce un projet de résolution français à l’ONU destiné à essayer de relancer une négociation entre Israéliens et Palestiniens. C’est dans la droite ligne de la diplomatie française. Mais il faut condamner parce que l’affaire est menée par le gouvernement de François Hollande. Même jugement négatif à l’emporte-pièce sur la négociation nucléaire iranienne : « Je n’accepte pas la façon dont cet accord a été négocié. » Mais qu’eût-il donc fallu faire différemment, et que la France, naturellement, aurait imposé, toute seule, à l’Allemagne, aux Etats-Unis, à la Grande-Bretagne, à la Chine et à la Russie, les autres petits partenaires de cette négociation avec l’Iran ?

Le ton est aussi bravache pour ce qui est de la lutte contre l’Etat islamique. Au Monde du 2 juillet, l’ancien président laisse entendre que lui, il saurait comment gagner la guerre contre le djihadisme. Il ne dit pas comment. Il dénonce l’absence de « suivi » en Libye, tout comme la gestion par M. Hollande de la vente de navires de guerre Mistral à la Russie – sans prendre la moindre part de responsabilité dans ces deux affaires. A plusieurs reprises, il change de position sur la crise grecque. A chaque fois, un seul angle, un seul souci obsessionnel, d’un voyage à l’autre : dire du mal de M. Hollande.

Cela ne fait pas une politique. Une approche aussi caricaturale de questions difficiles décrédibilise la parole du patron de l’opposition. En soi, ce n’est pas bien, mais il y a plus grave : cela décrédibilise la politique. A des crises complexes, on ne répond pas par une sorte de « ya qu’à » qui trompe l’opinion pour la bonne raison qu’il n’y a ni réponse simple ni solution rapide. L’honneur du chef de l’opposition serait de le dire, voire d’échanger avec le président des réflexions approfondies sur un environnement international inquiétant. On peut rêver

Editorial du Monde

 

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