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vendredi, 26 juin 2015

Raison contre fantasme: la bataille de 2017

 

On a beaucoup entendu parler, ces derniers jours, de la grosse « fuite d’eau » évoquée par Nicolas Sarkozy à propos de l’afflux de migrants en Europe. Le propos était fait pour choquer, « faire le buzz » comme on dit. Et cela n’a pas manqué. Le président de la République, François Hollande, a aussitôt réagi en appelant « tout le monde » à faire preuve de « gravité » et de « maîtrise ». Le premier ministre, Manuel Valls, a dénoncé des « phrases stigmatisantes et qui ne sont pas au niveau ».

L’ex-président de la République, redevenu patron de parti, s’est fait morigéner, mais il a obtenu ce qu’il voulait : transformer le mauvais sketch qu’il avait délivré à des militants fanatisés lors d’une réunion publique à L’Isle-Adam (Val-d’Oise) en une émotion de portée nationale. Quelques jours plus tard, le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, publiait dans Libération, le 22 juin, une tribune sur le même sujet ultrasensible de l’immigration. Un texte aride, empli de chiffres, donc beaucoup moins séduisant et, par conséquent, beaucoup moins médiatisé que la tirade précédente.

Et pourtant, la tribune méritait d’être lue de A à Z parce qu’elle remettait les choses à leur place à propos de la controverse du moment lancée par le même Nicolas Sarkozy et quelques membres de son nouveau parti, Les Républicains : remettre ou non en question le droit du sol.

La joute ne fait que commencer

On y apprenait deux choses intéressantes. D’abord, que le droit du sol joue de façon extrêmement marginale dans l’octroi de la nationalité, la filiation y occupant une place prépondérante. Ensuite, que la mesure vendue par la droite comme un sérieux tour de vis concerne en réalité 2 000 cas, soit les enfants nés en France de parents étrangers ayant attendu leurs 18 ans pour obtenir l’octroi de la nationalité française. « Qui peut soutenir qu’une mesure concernant 2 000 personnes présente une telle utilité qu’il faille ouvrir la boîte de Pandore ? », interroge le ministre de l’intérieur.

Le combat est posé : raison contre fantasme sur le vivre ensemble qui sera l’enjeu majeur de 2017 . Le contexte est explosif, car l’Europe, sous pression, bout comme une Cocotte-minute. Avant même les événements de janvier dernier, François Hollande avait vu monter la crispation identitaire et délimité le terrain de jeu : la France des Lumières, celle de la raison, face à l’autre camp, celui de la déraison, qui joue sur la peur et les divisions. Il y intégrait l’extrême droite, bien sûr, mais aussi une partie de la droite, taraudée par le Front national.

La joute ne fait que commencer, portée par des acteurs qui ne pouvaient être mieux choisis tant ils sont à l’opposé l’un de l’autre. Nicolas Sarkozy le transgressif face à Bernard Cazeneuve le très cadré. L’un prêt à faire du Marine Le Pen pour revenir, l’autre ne bougeant pas d’un iota sur ses fondamentaux. Le premier, hypermédiatisé, le second, tapi dans l’ombre, mais ne perdant pas une occasion de recadrer lorsque les choses dérapent.

Le moment a beau être populiste, il reste encore un petit espoir de contenir les dérives. Il faut juste prendre le temps de bien lire les textes.

Françoise Fressoz

 

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