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dimanche, 07 juin 2015

La bataille du Nord aura-t-elle lieu?

C’est finalement une des seules surprises possibles du 77e congrès socialiste, qui se tient à Poitiers. Martine Aubry va-t-elle être renversée dans sa propre fédération, celle du Nord, un des bastions historiques du PS ? La réponse doit tomber jeudi 11 juin, lors de l’élection par les militants locaux des premiers secrétaires fédéraux, mais le sujet occupe déjà les esprits à Poitiers, en marge d’un congrès sans véritable enjeu. 

Sur le papier, Gilles Pargneaux, premier secrétaire de la fédération nordiste depuis une décennie et homme lige de Martine Aubry dans ce département, devait être reconduit sans encombre. Sa réélection était même un des points de l’accord passé au lendemain des élections départementales, en avril, par la maire de Lille avec François Hollande pour rejoindre la motion portée par le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis. « C’était un point tacite, car, à l’époque, personne ne pensait que cela tournerait mal », confie François Lamy, le bras droit de Mme Aubry. 

Mais, depuis, les événements ne se sont pas déroulés comme prévu. Face à M. Pargneaux, Patrick Kanner a encouragé la candidature d’une autre élue locale, Martine Filleul. Tous font pourtant partie de la même motion au congrès de Poitiers. Mais l’actuel ministre de la ville, 
ancien président du conseil général du Nord et proche à la fois de Manuel Valls et de François Hollande, a voulu pousser son avantage face à la maire de Lille, avec qui il entretient de mauvais rapports depuis son entrée au gouvernement, en septembre 2014. « C’est peu dire que les deux se détestent cordialement », confirme un dirigeant socialiste.

Casus belli

Le casse-tête pourrait donc tourner au casus belli. Impossible en effet pour le camp aubryste que M. Pargneaux ne soit pas désigné. « La candidature de Filleul est soutenue par un membre du gouvernement, il suffit d’un mot de Valls et de Hollande pour la débrancher, c’est simple comme un coup de fil », lâche un proche de Mme Aubry.

La maire de Lille est attendue vendredi en fin de journée à Poitiers. Pour l’instant, elle n’a pas prévu de prendre la parole à la tribune samedi, mais si la situation dans le Nord ne se débloque pas d’ici là, elle pourrait s’exprimer devant les militants socialistes. Pour Mme Aubry, conserver sa stature nationale passe en effet d’abord par le fait d’asseoir son leadership dans son propre département.

Mais après une défaite sévère des socialistes aux départementales, et à quelques mois d’un scrutin régional à haut risque en Nord–Pas-de-Calais–Picardie face au Front national, son autorité est de plus en plus contestée localement. Une partie des militants aspire en effet à un renouvellement des visages comme des méthodes. L’arrivée surprise de François Lamy à Lille il y a quelques mois et son quasi-adoubement par Mme Aubry pour lui succéder à la mairie en 2020 en ont choqué plus d’un. L’offensive de M. Kanner ne déplaît pas non plus aux barons socialistes nordistes opposés de longue date à Mme Aubry, tels le député Bernard Roman ou le sénateur Michel Delebarre. Enfin, l’aile gauche locale du PS reproche à la maire de Lille son ralliement à la motion majoritaire de M. Cambadélis. 

Finalement, l’imbroglio nordiste pourrait aboutir à un double paradoxe politique : le duel entre les deux membres de la majorité Gilles Pargneaux et Martine Filleul pourrait être arbitré par les minoritaires du parti. Et les militants nordistes, parmi les plus critiques au sein du PS envers la politique du gouvernement, donner raison à la ligne Kanner-Valls-Hollande contre Martine Aubry.


Nicolas Chapuis

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