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dimanche, 07 juin 2015

Comment Manuel Valls a mis le PS dans sa poche


Pas un sifflet, contrairement
 à ce que craignaient beaucoup, mais une salle de socialistes debout applaudissant chaleureusement: Manuel Valls a réussi son coup à Poitiers. Le Premier ministre a mis le parti dans sa poche lors de ce 77ème congrès, où il est parvenu à faire oublier le droitier détesté, "le pseudo moderniste" qui en appelait àdépasser la gauche et ses organisations moribondes. "Manu" à la manoeuvre: plus question de changer le PS ni même son nom. L'ancien militant rocardien qui rappela même son premier congrès sous Mitterrand à l'âge de 19 ans a montré des talents de vieux routier, et même de prestidigitateur, pour escamoter tout ce qui pouvait fâcher - à commencer par Emanuel Macron, jamais cité-  et pour entraîner les congressistes à le célébrer en même temps que la politique du Président. Du travail d'artiste...

Pour faire taire les râleurs, pour les désarmer, le chef du gouvernement, il est vrai, avait fait ce qu"il fallait depuis plusieurs semaines, d'abord en évitant au préalable les chants d'amour au patronat comme il les avait multipliés avant l'université d'été de la Rochelle ce qui lui avait valu force sifflets. Ensuite, il s'est fait mieux voir à gauche en soulignant qu'il demanderait des comptes au patronat s'il ne tenait pas ses engagements d'embauches et en marquant par exemple son refus d'un budget de la Culture en baisse. Mais il en fallait plus pour désamorcer une contestation sociale qui continue de roder et de grommeler, même si elle aété mise à mal par le petit score obtenu par les frondeurs lors du vote des motions. Il fallait sa technique de bateleur de gauche qui a appris non seulement avec Michel Rocard mais encore avec Lionel Jospin comment on retourne une salle. il importe d'abord de la prendre par les sentiments, par cette "fierté d'être français et d'être aux responsabilités pour redresser le pays". Il exhumait en renfort l'ancêtre révéré, "François Mitterrand, qui en appelait déjà en son temps à  relever le défi de l'exercice du pouvoir".  D'un François l'autre, il pouvait alors faire applaudir, et à deux reprises, l'actuel Président "qui incarne avec courage la voix de la France". Et de reprendre son antienne "soyons fiers de ce qu'il fait, de ce que nous faisons". Autour de moi, les socialistes se tenaient un peu plus droits..

Les socialistes, à l'entendre, se redressaient en même temps que la France! Certes, il y avait encore du boulot, et il en faudra, beaucoup plus encore pour les chômeurs. Mais Valls avait sa voix grave de volontariste déterminé, et l'on n'entendait pas un merle siffleur contestataire pour l'interrompre, même quand il vantait  son choix social-démocrate que vingt minutes plus tôt la fort radicale Marie-Noëlle Lienemann brocardait sous les applaudissements d'une partie de la salle. Là, personne ne s'insurgeait alors qu'il trompetait "la voie social-démocrate c'est plus que jamais notre horizon". Prestement, il embarquait dans un même mouvement "les gauches espagnoles et portugaises dont il espérait la victoire". Comment ne pas applaudir?...Dans la foulée, qu'il a rapide, "Manuel" se faisait "Charlie", revendiquait pour la gauche et pour son action "la fraternité républicaine", une générosité laïque en quête acharnée d'égalité, un regard fraternel" àl'opposé de celui de la droite et de l'extrême-droite et de Nicolas Sarkozy en particulier.

Pour mobiliser son camp, il faut toujours choisir son adversaire privilégié. Ce n'est certes pas Alain Juppé, ni même en ce jour de congrès Marine Le Pen, mais Nicolas Sarkozy, dont Manuel Valls ne veut pas "qu'il récidive". L'ancien président n'a pas perdu son pouvoir de mobilisation...contre lui. Le chef du gouvernement s'est même permis une anaphore à la Hollande qui a fait merveille: 'faire de la politique c'est débattre ou argumenter et non vociférer ou insulter...Faire de la politique c'est servir les autres...Faire de la politique, ce n'est pas régler ses comptes personnels etc..." Le Premier ministre donnait indirectement une illustration de ce dévouement exigé: lui même! Alors que des sondages le propulsent comme candidat de gauche préféré des français, il rappelait son engagement de "loyauté sans faille envers le Président pour des raisons politiques et personnelles." Faisant (presque) le modeste, il vantait plutôt les qualités de ses ministres, figures emblématiques de gauche comme Christiane Taubira et plus encore Najat Vallaud Belkacem "ministre de talent". Il n'évoquait pas les ministres de Bercy, "ça ne se fait pas dans un congrès socialiste", constatait Michel Sapin.

Manuel Valls n'oubliait pas de rendre hommage obligé, mais sans mégoter, au patron du PS Jean-Christophe Cambadélis. Pourtant, celui-ci n'a pas caché sa volonté d'exister, y compris contre le chef du gouvernement, maintenant qu'il a été sacré premier secrétaire 70% des suffrages, 10% de suffrages en plus que n'en a obtenu la motion A avec tous les ministres dont le premier d'entre eux!. Le rêve d'une vie de militant qui se réalise enfin. "Camba" ne veut pas se limiter au sacre: il prétend aussi à l'exercice du pouvoir conquis. Or Valls lui a volé ce samedi de congrès. Il reste au nouveau chef de parti  à ne pas rater dimanche pour tenter de réussir ensuite les autres jours qui ne seront pas roses...

Nicolas Domenach

 

 

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