Depuis son élection à la mairie de Béziers, il y a un peu plus d’un an, Robert Ménard n’apprécie guère les articles qui lui sont consacrés dans les pages locales du quotidien régional Midi Libre. Et il le fait savoir : son bulletin municipal a en effet, à plusieurs reprises, critiqué non seulement le contenu des articles mais les journalistes eux-mêmes, allant jusqu’à titrer, en avril dernier, sur une page entière : «Midi Libre ment ! Midi Libre ment !»

 

Afin d’apaiser les tensions croissantes entre la mairie et l’agence Midi Libre de Béziers, le Club de la presse Languedoc-Roussillon a mandaté deux journalistes, reçus ce matin seulement sept minutes par le maire : «Aucune discussion n’a été possible puisque Robert Ménard a immédiatement envoyé les deux journalistes "se faire foutre", les chassant de "sa" mairie en proférant des insultes», dénonce un communiqué du Club publié ce jeudi soir. Le maire de Béziers aurait ainsi qualifié les journalistes locaux de «tocards», les médias régionaux de 
«sous-presse», et Midi Libre 
«d’un journal de merde». «Le ton est monté crescendo tout au long d’un monologue qui s’est achevé par un "vous n’aurez plus le droit à la parole!", raconte Sébastien Hoebrechts, vice-président du Club de la presse Languedoc-Roussillon et journaliste à Direct Montpellier Plus. Ce rendez-vous était prévu de longue date, Ménard avait accepté cette entrevue. Pourquoi nous recevoir s’il refuse de discuter ?»

«On m’avait présenté ce rendez-vous comme une visite de courtoisie,répond Robert Ménard. Or, ces deux journalistes sont venus me faire une leçon de morale. Pour moi, Midi Libre est un journal d’opposition, et je ne vais pas m’incliner devant eux. J’ai été journaliste, et alors ? Tous les journalistes n’ont pas forcément du talent, et on a le droit de les critiquer sans menacer la liberté de la presse.»

Pour le Club de la presse Languedoc-Roussillon, l’attitude de Robert Ménard est d’autant plus critiquable que le maire de Béziers, autrefois président de Reporters sans frontières, fut aussi l’un des fondateurs de ce Club de la Presse.

Sarah FINGER , Libération