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lundi, 04 mai 2015

L'UMP, la République et les tartuffes

De quoi la droite est-elle le nom ? C'est la question qui agite les ténors de l'UMP à la veille de rebaptiser leur parti. On connaît cette grosse ficelle de communication : changer la marque pour changer l'image ou la réputation, c'est ce que fit le Crédit lyonnais après ses déboires financiers ou Andersen après l'affaire Enron. Eclaboussée par les scandales, l'UMP a grand besoin d'un ravalement de façade. Son nouveau président a donc décidé de la repeindre du sol au plafond et jeté son dévolu sur une nouvelle appellation : "les Républicains".

On reconnaît là l'habileté de l'ancien chef de l'Etat qui essaie tout à la fois de puiser ses références aux racines du gaullisme, de s'inviter sur un terrain de plus en plus convoité par le FN à la sauce Marine et d'adresser du même coup un clin d'œil appuyé à ses cousins conservateurs et libéraux décomplexés d'outre-Atlantique.

LIRELes Républicains, beau nom de parti pour la justice

Cette opération marketing pourrait faire sourire si elle ne posait pas un problème de fond. N'en déplaise à Nicolas Sarkozy, la République n'est pas une raison sociale. Elle désigne au sens propre du terme la chose publique dans sa réalité, c'est-à-dire le bien commun, comme dans son idéal, c'est-à-dire l'intérêt général. En revendiquer l'exclusivité serait opérer "une indigne captation d'héritage", comme l'a très justement dénoncé l'historien Jean-Noël Jeanneney.

Car le message implicite d'une telle appellation revient à renvoyer tous les autres partis sans distinction aux marges. Or la République n'est évidemment ni de droite ni de gauche. Elle est le régime politique qui permet à tous les partis qui la reconnaissent de se confronter dans le débat public. Soucieux de se démarquer de son rival, Alain Juppé l'a d'ailleurs reconnu lui-même : il y a des républicains partout et pas seulement à l'UMP.

La carte de l'UMP fait le tartuffe

Nicolas Sarkozy sait pourtant parfaitement ce qu'il fait. Il le théorise même devant ses troupes, meeting après meeting. "La gauche, ils sont d'abord socialistes, et ensuite républicains. Nous, nous sommes d'abord républicains, puis gaullistes, libéraux, centristes, radicaux…", a-t-il ainsi déclaré la semaine dernière chez son grand ami… Christian Estrosi, le maire de Nice.

Ironie du sort, ce même Estrosi lui a adressé malgré lui un flagrant démenti quelques jours plus tard en empruntant sans rougir une scandaleuse et délirante rhétorique d'extrême droite, bien peu républicaine celle-là. A lui, comme aux autres qui considèrent que "la carte d'identité ne fait pas un Français", on serait tenté de répondre que la carte de l'UMP ne fait pas un républicain. Mais qu'elle peut sans problème faire un tartuffe !

Matthieu Croissandeau

 

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