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mardi, 14 avril 2015

Aux Régionales, une rose en décembre ?

Toute projection des résultats d'une élection sur une autre constitue un exercice périlleux, même s'il se fonde sur des données plus tangibles que celles des sondages. Nous nous sommes fondés sur le premier tour des élections départementales de 2015, car il représentait toutes les nuances qui devraient s'affronter en décembre à l'occasion des élections régionales. Le second tour, puisque 4 cantons avaient été pourvus dès le premier, et que bien des forces avaient été éliminées, n'était pas utilisable.

 

Un mode de scrutin favorable au FN

Pour les élections régionales, nous devons tenir compte de deux particularités et de deux inconnues. Première spécificité, le territoire. Une grande région, contrairement à un canton, ne permet pas facilement l'influence des notables sur l'électorat. Les candidats sont plus distants, et le poids des sortants, qu'on a souligné lors des élections départementales, est bien moindre. Ensuite, le mode de scrutin est différent, avec la possibilité pour une liste ayant obtenu 5 % des voix, de fusionner avec une autre dépassant 10 %. Le ticket d'accès au second tour est donc moins élevé. Le FN, par exemple, ne retrouvera pas la situation de duel où il a prospéré fin mars 2015. Et on a vu qu'en cas de triangulaire, le FN ne progressait pas entre les deux tours.

Deux inconnues : l'abstention et la dynamique de campagne

Cet accès plus facile au second tour, ainsi que la possibilité de négocier une fusion, peut inciter des listes de gauche ou de droite à "se compter au premier tour" avant de se rallier au meilleur niveau possible. Dans notre projection, cela pourrait être le cas d'une liste de type Front de Gauche alliée aux Verts, rivale d'une liste socialiste, radicaux et divers gauche. Les deux inconnues sont naturellement le taux de participation et la dynamique de campagne. L'abstention devrait se situer dans les mêmes eaux que mars 2015. Mais d'ici décembre, beaucoup de choses peuvent se produire, et du côté des politiques gouvernementales et de celui des principaux partis.

Une fois cette prudence exprimée, la projection des suffrages d'échelle départementale sur les prochaines régionales donne le résultat suivant, en cumulant ceux obtenus dans les départements par quatre forces principales : la gauche socialiste, divers gauche et apparentés ; la gauche Front de gauche + Europe Écologie Les Verts ; la droite et les divers droite ; l'extrême-droite. Ce rapport de force tient compte de listes d'Union de la Gauche qui par définition associent plusieurs courants.

Nous avons considéré ces listes dans le groupe "divers gauche", ce qui peut conduire à sous-représenter légèrement la gauche plus radicale ou les verts, qui sont venus en soutien de tels binômes. Les faibles scores des listes "divers" ont été crédités à gauche, tandis que les binômes Modem, aux alliances variables, ont été placées à droite, ce qui a pour effet de neutraliser ces deux "inconnues". L'élection se joue d'abord à l'échelle régionale. Voici les quatre blocs dans leur rapport de force sur cet espace à 13 départements, dans l'hypothèse où les deux grandes forces de gauche se maintiennent au second tour.

Listes / Nombre de voix / % / sièges

PS DVG, PRG : 771 819 / 36,2% / 83

FDG, PC, EELV : 221 246 / 10,4% / 12

UMP DVD : 584 354 / 27,4% / 32

FN : 557 514 / 26,1% / 31

Total : 2 134 933 / 100 % / 158

La même projection donnerait 95 sièges à la gauche (40 pour la prime majoritaire + 55 dans la distribution des autres sièges) en cas de fusion entre les deux au second tour. La répartition des sièges est ensuite fonction du poids de chaque département dans le score total de la liste. Sans surprise, ce sont donc les départements de Haute-Garonne et de l'Hérault qui fournissent les plus gros contingents.

Voici la répartition entre départements que donnerait le score du 22 mars projeté sur le 13 décembre prochain :

 

 

Les trois départements les plus peuplés (Haute-Garonne, Hérault et Gard) représentent déjà la moitié des sièges. Comme on le voit aussi, l'avance en sièges que permet la prime majoritaire est considérable. Elle donne l'illusion d'une avance très confortable à la gauche, même divisée en deux jusqu'au second tour. Mais il convient d'être prudent. Une aggravation du contexte général, pour une élection qui subira une nationalisation semblable à celle que nous venons de constater, pourrait faire fondre cette avance. Son amélioration pourrait avoir l'effet inverse. De même, une stratégie de liste alternative se plaçant au centre du spectre – on pense bien sûr au positionnement de Philippe Saurel, quoique cela soit sans doute plus délicat à l'échelle de ces 13 départements – pourrait anéantir l'avantage à gauche, et remettre le FN sur un piédestal que les électeurs ne lui accordent pas dans un affrontement majoritaire. Les jeux sont donc plus ouverts qu'il ne semble, surtout si, à la dépression actuelle, la gauche ajoute les affres de la division.

Emanuel Négrier

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