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vendredi, 27 mars 2015

Le combat ne fait que commencer

Interview de Manuel Valls
Le FN semble être la première force de la région. Il renforce ses bastions, y compris dans les quartiers populaires comme à Béziers ou à Nîmes. Est-ce réversible ?
Oui, bien sûr ! Je ne crois pas à la fatalité, à condition de mener le combat sur les valeurs et les solutions concrètes et dénoncer le programme du FN. Certes, la situation économique et sociale est difficile. Mais, incontestablement, il y a des signes de reprise. 2015 sera l'année du retour de la croissance. Le vote d'extrême droite traduit une inquiétude et une colère mais les solutions qu'il avance sont des impasses. Irréalistes et néfastes : les sorties de l'euro, la monnaie unique, de l'UE , et la fin de la politique agricole commune ruineraient agriculture, épargnants, salariés. Il faut mener le combat, dont j'ai pris la tête, contre le FN et le poursuivre aux régionales et dans la perspective de la présidentielle de 2017.
Robert Ménard à Béziers, Philippe Saurel - votre ami - à Montpellier incarnent-ils la victoire des antisystèmes, au détriment des partis traditionnels ?
Ce n'est pas nouveau dans la région. Mais à Béziers, Robert Ménard joue sur les réflexes populistes. Il a été élu avec le soutien total du FN et son entourage est sulfureux. Philippe Saurel, lui, est un républicain engagé à gauche. Dans l'Hérault, comme ailleurs, les progressistes doivent s'entendre et surmonter leurs différences pour que le département et la région restent à gauche. En même temps, les partis républicains doivent se transformer pour répondre aux attentes et aux réalités d'une société ouverte et diverse.
Craignez-vous, dans notre région, une porosité importante de l'électorat de droite vers le FN ?
Aucun parti n'est propriétaire de son électorat. Il faut redire nos bons résultats. En matière de lutte contre la délinquance, par exemple, notamment dans les zones de sécurité prioritaire. Quand Nicolas Sarkozy refuse de choisir entre le FN et la gauche, il brouille les frontières. Et quand, sur le terrain, des élus de droite - comme le maire de Nîmes - prennent position contre le FN, Sarkozy est isolé. Car sa position est une faute morale et politique grave et cynique qui ne profite à personne, sauf au FN. J'ai confiance dans l'électorat : il faut lui expliquer l'importance des compétences des départements dans la vie quotidienne : les collèges, le soutien à la culture, etc. C'est très important.
Votre implication, très forte, est-elle bénéfique pour le PS ?
Nous sommes dans un contexte particulier. Il y a des défis considérables comme la transition écologique ou le terrorisme, une menace sans précédent - on connaît l'importance de la filière jihadiste à Nîmes ou Lunel. Plus de 90 Français sont morts en Syrie. Certains peuvent en revenir. Dans le même moment, l'extrême droite réalise un score sans précédent. Quand le FN fait 25 % aux européennes et qu'on l'annonçait à 30 % aux départementales, rester neutre aurait été irresponsable ou cynique. En m'impliquant dans cette campagne, je suis convaincu que j'ai changé la donne : la participation était en hausse et l'électorat de gauche s'est mieux mobilisé. Je ne pouvais pas rester silencieux.
Est-ce la fin du bipartisme ?
Il y aura, à la présidentielle, par définition deux candidats au second tour mais le FN s'est installé durablement dans le paysage national et local, même si toutes les formations politiques ont plutôt bien résisté. À la gauche de se rassembler. Il n'y a aucune certitude au second tour. Je rappelle que le PS et ses alliés (hors EELV) étaient devant le FN au premier tour. Il faut être à l'écoute des couches populaires et continuer à réformer pour plus de croissance, de compétitivité et plus d'emploi.
Selon des chercheurs, la sympathie pour Marine le Pen croît avec le niveau de précarité...
Je suis élu d'une ville populaire où le binôme PS a fait 42 % au 1er tour. Nous pouvons être capables d'écouter ceux qui souffrent. C'est la France belle du 11 janvier qui doit s'imposer, pas celle des extrêmes. Le combat ne fait que commencer. Nous pouvons le gagner avec la raison et le cœur.

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