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dimanche, 08 mars 2015

Geneviève et la parité, le combat d’une terrienne

 

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La Nissanaise a fait de l'égalité son bâton de pèlerin. Ce dimanche elle est à l'Elysée, invitée par François Hollande.

Le 6 mars 2012, du fond de son lit où la cloue une vilaine grippe, Geneviève Tapié suit vaguement LCP. La chaîne parlementaire retransmet un rassemblement à Dijon, organisé par un candidat à la présidentielle. Ce député de Corrèze évoque un nouveau type de scrutin pour les départementales, binominal, un homme et une femme.

 

La présidente de l'assemblée des femmes du Languedoc-Roussillon et de l'observatoire régional de la parité bondirait de joie s'il n'était la fièvre. Un certain François Hollande est en train de valider une idée qu'elle défend depuis deux ans. "Lors du projet de réforme territoriale, les associations avaient été consultées. Mais la commission des lois au Sénat, avec beaucoup de condescendance, nous avait renvoyées dans nos foyers", sourit Geneviève.Il en faut davantage pour décourager cette vigneronne nissanaise, 6e génération. Qui grimpa à Bruxelles plaider la cause de ce Viognier que la chambre d'agriculture n'avait pas classé en cépage recommandé en Languedoc.

Lettre aux cent présidents

"L'ancienne directrice de polytechnique femmes qui avait également été auditionnée, a eu l'idée de sortir le listing de tous les conseils généraux". 100 au total reçoivent sa lettre. Elle y décrit cette proposition de parité, associée à la réduction de moitié du nombre de circonscriptions. Sur la dizaine de réponses, au mieux frileuses, deux présidents promettent de la soutenir, dont celui du conseil général de Corrèze, François Hollande.

"Cela prouve qu'on peut influer sur la politique sans être élu. D'autant que leur priorité est de préserver leur prochain mandat, moi j'avais toute la liberté nécessaire". Tacle gentil par rapport à ce qui sortit de l'hémicycle des sénateurs, alors qu'on l'auditionnait au moment d'adopter la loi : "On aurait pu entendre ce genre d'arguments dans les années trente !"

Pas chez les Delon en tout cas. À Nissan, les jours de scrutins, la grand-mère Étiennette, une Aveyronnaise de Saint-Affrique, se mettait sur son 31 et montait aux urnes dès 8 h. Et il n'aurait pas fallu que son mari, tout secrétaire de mairie et de la section SFIO fut-il, lui indiqua quel bulletin glisser.

"À 8 h pile, on soupait, mon grand-père Edmond allumait la radio, on écoutait les nouvelles". À cette époque, les enfants ne parlent pas à table et ne posent pas de questions. Ce que la gamine ne comprend pas, elle le puise dans les journaux. "J'ai été élevée dans une famille politisée mais surtout dans un milieu où on pensait aux autres avant soi et où on avait le sens des choses justes, mon amour de la parité vient de là sans doute".

Geneviève intègre le Parti socialiste en 1972, travaille comme assistante parlementaire et apprend l'Europe. En 1981, on la nomme déléguée régionale du droit des femmes en Languedoc-Roussillon. Pendant vingt ans, elle dirige avec son époux un cabinet de consultant et aide à monter des projets à financement européen. Femme de dossier mais fille de la terre avant tout. Son cher frère cadet, Jean-Pierre, gère le domaine. Quand il tombe malade, elle abandonne sans regret ses velléités de député pour rester à son chevet.

Légion d'honneur en 2002

Édith Cresson lui avait remis la légion d'honneur en 2002, sur l'oppidum d'Enserune. Quand, en 2013, on la promeut officier, elle inscrit sur son carnet d'invités, le kiné, le docteur de son frère et dans son cœur, la formidable équipe de l'hôpital de Béziers. Elle rapporte à Jean-Pierre la photo du Président entouré de Pierre, son fils et de ses médecins. "Un de ses derniers vrais bonheurs".

Que pense Geneviève Tapié de cette journée de la femme ? "Utile car elle permet de mettre en exergue les combats et les luttes et de jeter un regard sur ce qui reste à faire"...Mais ne lui parlez pas de “fête de la femme”. "Cette journée est dévoyée. Ce n'est pas la peine d'offrir des fleurs à ses employées si on les paie 25 % en moins que les hommes".

Aujourd'hui, Geneviève est à Paris, dans les salons de l'Élysée. Invitée par François Hollande. Ils se rencontrèrent autour d'une table de la brasserie Thoumieux au milieu des années quatre-vingt. On y discuta transcourants, club démocratie 2000. Il voulait remuer le landerneau socialiste... Et ça plaisait bien à Geneviève.

 

Midi-Libre 

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