Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

jeudi, 05 février 2015

#Sarkozy, le Frankenstein de l'#UMP

Nicolas Sarkozy rêvait d'une "droite décomplexée". Il voulait bâtir une "droite sans tabou". Le voilà servi ! Douze ans de leadership idéologique sur son camp pour façonner une droite à sa main et l'ancien chef de l'Etat se retrouve débordé par ses fidèles d'hier devenus rebelles.

L'UMP n'a plus de tabou, c'est vrai, pas même celui du Chef qu'elle ose désormais défier et ridiculiser aux yeux de tous. Quelle réussite ! En s'écartant, un peu, du fameux "ni Front républicain ni Front national" pour inciter son parti à opter pour un "refus du FN" assorti d'une "liberté" allant de l'abstention au vote PS en passant par le vote blanc, l'ancien président aspirait à rassembler une droite de plus en déchirée par le cactus lepéniste.

Hélas, il a vu les mâchoires du piège qu'il a lui-même tendu se refermer sur lui.

Dangereuses expérimentations

Depuis une dizaine d'années, et plus encore depuis le fameux discours de Grenoble de juillet 2010, Nicolas Sarkozy, c'est le Frankenstein de la droite française. Il a tenté de multiples expériences, toutes plus audacieuses voire périlleuses pour amender sa stratégie, changer son contenu, et même modifier sa nature. Inspiré par son mauvais génie, Patrick Buisson, il a fait sauter une à une toutes les préventions de la droite républicaine pour radicaliser ses partisans contre l'immigration et l'islam. De "kärcher" en "racailles", de "ministère de l'identité nationale" en promesse de "déchéance de nationalité", de mots guerriers en provocations martiales, Nicolas Sarkozy n'aura pas impunément chauffé à blanc les esprits de ses ouailles.

Mardi soir, lors du bureau politique, il a pu mesurer les dégâts de ses expérimentations. Au moment de les ramener un tant soit peu dans le droit chemin, il s'est retrouvé tout seul

La créature a échappé à son créateur. L'UMP s'est émancipée de son mentor. La "droite décomplexée" s'est affranchie de son théoricien.

L'UMP a pris le visage de Boris Karloff

Savant ingénieux mais irresponsable, le docteur Frankenstein avait laissé s'enfuir un monstre incontrôlable qui semait la désolation sur son passage. Nicolas Sarkozy a commis la même faute. Depuis des années, il n'a cessé de surenchérir avec l'extrême droite sur les questions d'immigration et de sécurité, jusqu'à piétiner allègrement les plates-bandes de Marine Le Penpendant sa campagne de 2012.

Grâce à sa propension à jouer les équilibristes au bord du précipice et à une plasticité doctrinale sans pareille, Nicolas Sarkozy avait toutefois (presque) toujours réussi à s'arrêter à temps. Ses héritiers n'ont pas le même talent. Pire, il semble bien que la plupart n'ont même plus de limites. En mettant en minorité son patron pour prôner un "ni-ni" qui a surtout retenti comme le slogan "pas une voix au PS", l'UMP a pris le visage de Boris Karloff, cet acteur atypique qui incarnait le monstre échappant au docteur Frankenstein dans le film éponyme de 1931 signé James Whale.

Au vu du péril, il y a désormais urgence : Nicolas Sarkozy doit vite reprendre le contrôle de sa créature. Ce ne sont pas seulement les valeurs de l'UMP, initialement pensée comme un rassemblement de la droite et du centre, qui sont en jeu. C'est la survie même de cette formation politique, dominée et siphonnée par le Front national, qui est en question.

Pour dompter cet animal politique redevenu sauvage, l'ancien chef de l'Etat ne devra pas seulement faire preuve d'autoritarisme. Il n'a surtout d'autre choix que de ressusciter le corpus idéologique de la droite française. Pendant plus d'un demi-siècle, de de Gaulle à Chirac, les valeurs républicaines héritées des Lumières ont dressé un barrage infranchissable entre la droite et l'extrême droite. Si l'UMP s'en éloigne, elle n'aura plus de raison d'être.

Renaud Dély

Les commentaires sont fermés.