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samedi, 24 janvier 2015

#Apartheid et #République

Et si 2015 marquait le retour de la politique ? En cette année particulière, commencée par un bain de sang puis un éphémère sursaut, la question républicaine s'invite de nouveau au cœur des débats. Non qu'elle en fût jusqu'alors absente, loin de là. Mais elle n'apparaissait qu'en toile de fond, la plupart des formations ayant surtout les yeux rivés sur l'économie, pour ne pas dire l'économisme.

Sous l'effet conjugué de la disparition des idéologies et de l'effacement des clivages, la crise de l'euro et la débâcle budgétaire avaient fini par occuper tout l'espace, réduisant le débat public à des querelles d'apothicaires obnubilés par le niveau des prélèvements obligatoires ou par celui des déficits. Entendons-nous : dans un pays qui explose chaque mois des records de chômage, il ne s'agit pas là de questions secondaires évidemment. Mais à force de ne plus envisager les phénomènes sociaux que par le prisme des chiffres et de la conjoncture, nous sommes tous passés à côté de quelque chose.

Malaise républicain

La fragmentation du corps social d'abord, qui voit les citoyens se recroqueviller sur leurs intérêts à court terme, sur le mode du  tout, tout le temps, tout de suite" au détriment de tout projet collectif. A l'heure de l'individualisme consumériste, le " je veux" s'est peu à peu transformé en "j'y ai droit". Or le problème justement, c'est que dans le quotidien des Français aujourd'hui, chacun n'est pas logé à la même enseigne. Et tout le monde n'a pas les mêmes droits. Le Premier ministre a employé mardi le terme d'"apartheid" à raison. Cette ségrégation qui ne dit pas son nom, teintée de mépris social et d'exclusion citoyenne, a fracturé la société en profondeur et ébranle le fragile consensus républicain qui a suivi le massacre de "Charlie Hebdo".

Le rapport aux institutions lui aussi vacille, depuis quelques années déjà, comme l'ont montré pêle-mêle la révolte fiscale des bonnets rouges, les appels à la désobéissance civile des anti-mariage gay ou très récemment les protestations contre la minute de silence après les attentats. Autant d'éléments qui traduisent à la fois la difficulté à accepter les règles communes et le refus de se soumettre aux injonctions venues d'en haut.

Les valeurs de la République, enfin, se racornissent : la liberté se voit défiée par la pression des obscurantistes et des fanatiques ; l'égalité, contestée par l'obsession du deux poids, deux mesures ; la fraternité, mise à mal par le rejet de l'autre et la suspicion. De la place de la religion dans la société au rôle de l'école, en passant par le rapport à l'autorité, la ghettoïsation ou encore la liberté d'expression, voilà bien des sujets qui nous ramènent aux thèmes fondateurs de la République et qui marqueront à coup sûr les prochaines élections.

Réjouissons-nous en, à la condition, bien sûr, que ces débats dépassent pour une fois les formules toutes faites ou les slogans. Et qu'on s'attaque enfin à la racine de ce malaise républicain dans un esprit de responsabilité et de raison.

Matthieu Croissandeau

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