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dimanche, 04 janvier 2015

Le PS d’égal à egos avant le congrès de Poitiers

DÉCRYPTAGE

D’ici juin, le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, va tenter l’impossible : réunir dans une motion les soutiens de Martine Aubry et ceux de Manuel Valls.

D’abord de longues manœuvres, avant une guerre de mouvements. Voici ce qui attend les différentes écuries socialistes en vue du 77e congrès du PS, qui aura Poitiers pour théâtre du 5 au 7 juin. Quelques mois après une nouvelle fessée électorale annoncée pour les socialistes, aux départementales de mars. Etat des lieux d’une échéance interne mais déterminante pour l’équilibre de la majorité d’ici à la fin du quinquennat.

 JEAN-CHRISTOPHE CAMBADÉLIS AU CENTRE DU JEU

Le calendrier lui va à merveille. L’exécutif plaidait pour un congrès en 2016. Le premier secrétaire du PS a préféré mi-2015. Pour ne pas braquer son aile gauche, qui réclamait une«clarification», mais aussi afin de pouvoir se consolider une majorité sur mesure, des amis de Martine Aubry à ceux de Manuel Valls. Et lui en arbitre. «Camba est la meilleure personne pour le grand écart sans risque de claquage, mais il n’est pas absurde de penser que ça va craquer», plaisante un proche du Premier ministre. L’actuel premier secrétaire du PS a aussi grand besoin d’une «légitimité militante». La faute à une élection par les cadres et non par les adhérents lorsqu’il a remplacé Harlem Désir après la défaite des municipales de mars 2014. Jean-Christophe Cambadélis a d’abord offert des états généraux à ses troupes pour exprimer leurs mécontentements et s’est posé en garant du«socialisme» face aux velléités de Valls d’en finir avec la «gauche archaïque».

Cette «centralité» acquise cet été lors de l’université d’été du parti à La Rochelle, il compte bien la garder : en faisant signer à toute sa direction une contribution puis en tentant une synthèse des grandes familles socialistes dans une motion commune. Quitte à pencher un peu plus à gauche pour ne pas se laisser déborder ? «Jean-Christophe va faire du bon vieux molletisme, dit un cadre de l’aile gauche. Il va payer Aubry au prix fort et humilier les vallsistes.» Dans l’entourage du Premier ministre, on compte sur cet ex-strauss-kahnien, artisan de l’alliance baroque autour de Martine Aubry lors du congrès de Reims en 2008, pour «mettre tout le monde sur un même texte» et éviter de privilégier son ancien camp: «Si le sujet du congrès, c’est "pour ou contre le gouvernement", ç’en est terminé de la gauche, met en garde un proche de Manuel Valls. Ce serait délétère, même pour ceux qui sortiront victorieux du duel.»

MANUEL VALLS SOUS PROTECTION HOLLANDAISE

Les proches du Premier ministre justement. Ils ne se sont jamais comptés dans un congrès. Ce n’est pas au moment où leur champion est à Matignon qu’ils prendront un tel risque. Pas même une petite contribution ? «Ce serait une connerie», balance un très proche de Valls. Au contraire, les amis du Premier ministre vont rester au chaud, sous la protection des hollandais. Leurs responsables départementaux ontsigné la semaine dernière un texte de 41 premiers secrétaires fédéraux appelant à«constituer un pôle de stabilité […] dès que possible» au sein du PS. «Entre République, ordre et entreprises, une synthèse est possible», estime Carlos Da Silva, député vallsiste et premier fédéral de l’Essonne. «Il n’y a aucun intérêt à ce que Valls ne soit pas avec nous, ajoute un ministre hollandais historique. Aubry va vouloir peser.» Mieux vaut alors montrer quelques muscles.

LES TROUPES DE MARTINE AUBRY TIRAILLÉES

De Lille, «Martine» a l’air de faire toujours aussi peur aux hollandais. Sortie de son silence depuis cet été, sa contribution aux états généraux du parti a permis d’agréger de premiers soutiens en vue du congrès. Son fidèle, François Lamy, viré du gouvernement quand Manuel Valls en a pris les rênes, travaille avec l’entourage de l’actuel premier secrétaire du PS à ce que les aubrystes constituent le «cœur» de la future motion majoritaire. «Le congrès doit peser sur la fin du quinquennat, Aubry est plus centrale que Valls, c’est donc à lui de venir», fait valoir un proche de la maire de Lille. Mais de jeunes loups aubrystes plaident, eux, pour une«clarification» et souhaiteraient «taper» la ligne Hollande-Valls pour obliger le chef de l’Etat à la «réorientation» et… à changer de Premier ministre. «Le parti glisse, les lignes se sont délitées, les militants sont aujourd’hui seuls avec leur conscience et leur bulletin de vote, fait remarquer un député. On ne peut plus faire croire qu’on est copain-copain… Soit on choisit l’affrontement, soit les militants vont se barrer.» Un scénario qui pourrait plaire aussi à Manuel Valls : «Tout le monde va vouloir une clarification, affirme un proche du Premier ministre. Le congrès peut donc acter une forme de rupture.» Avec des «progressistes-réformateurs» revendiqués d’un côté et des «socialistes» assumés de l’autre.

À LA GAUCHE DU PS, L’UNITÉ EST UN LONG COMBAT

Sur le papier, ce devrait être leur congrès. Avec la «fronde» des parlementaires à l’Assemblée nationale, la sortie de Benoît Hamon et Arnaud Montebourg du gouvernement et l’absence de résultats à mi-mandat, les plus à gauche des socialistes devraient, en principe, pouvoir titiller la majorité. Mais ce serait sans compter les divisions et querelles d’egos chroniques de cette frange du PS. Hamon, ainsi, se verrait bien contester le poste de pilotage à Cambadélis. Le député des Yvelines a entrepris depuis quelques mois une tournée des fédérations et prend soin de participer aux réunions du collectif Vive la gauche, né de la contestation parlementaire. «Personne n’a envie d’être derrière Hamon, rejette un autre responsable de l’aile gauche. On ne sait jamais s’il ira au bout, et c’est aussi à cause de lui que Valls est Premier ministre.» Au dernier congrès, à Toulouse en 2012, Benoît Hamon avait poussé les siens à rejoindre la majorité quand un nouveau courant - Maintenant la gauche - se créait autour d’Emmanuel Maurel, Jérôme Guedj et Marie-Noëlle Lienemann. Fort de ses 30% obtenus face à Harlem Désir, Maurel aimerait bien y retourner. Mais, lorsqu’il a fallu choisir un challenger à Cambadélis en avril 2014, Hamon avait empêché sa candidature. «Ça n’empêche pas qu’on se mette d’accord», assure Maurel, selon lequel «l’enjeu historique est important». Avant même d’arriver à Poitiers, ils risquent tous d’être bien abîmés.

Lilian ALEMAGNA et Laure BRETTON

 

 

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