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mardi, 21 octobre 2014

Martine! Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage…

Les solférinologues vont encore une fois décortiquer avec malice le jeu délicat dans lequel s’est laissée enfermer Martine Aubry. Comme Nicolas Sarkozy, elle a donné le top départ de sa croisade anti-Hollande beaucoup trop tôt.

On la comprend un peu. Elle piaffait depuis des mois depuis son beffroi de Lille, intriguait, consultait, flattait les frondeurs de tout poils, organisait la riposte contre l’ennemi exécré, ce Président de la République pusillanime et traître à la gauche. De son poste de vigie nordiste, elle guettait les positions ennemies pour lancer ses premières banderilles.

Vint le moment Macron, symbole du virage à droite définitif de François Hollande, selon ses amis. Séquence idéale, donc, toujours selon elle, pour passer à l’offensive et cogner à la hache sur les renoncements du ci-devant camarade élyséen. Erreur fatale. En plongeant dans le piège du positionnement à gauche toute, l’ancienne ministre du Travail de Lionel Jospin fait un cadeau royal à son rival. Elle le positionne à nouveau au centre du jeu socialiste.

La même erreur qu'en 2011

Comme toujours, le petit Meccano du PS retrouve sa posture favorite, celle de l’homme de la synthèse. Entre Manuel Valls, le droitier, et Martine Aubry, la frondeuse en chef, il redevient le point d’équilibre, l’incontournable homme de paix et de rassemblement.

Certes, cela ne va pas forcément améliorer ses scores calamiteux dans les sondages, mais François Hollande va se délecter de cette nouvelle donne. Il redevient "central" et il adore ça. Merci, Martine. La maire de Lille a commis la même erreur que durant l'élection primaire socialiste, en 2011, laissant alors trop apparaître sa détestation de celui qui était devenu, dans les années 80, le mentor de son père, Jacques Delors. Elle avait laissé délibérément Hollande au centre du jeu. Trois ans plus tard, elle semble n’avoir tiré aucune leçon de son échec. Déjà, à l’époque, François Hollandel’avait habilement enfermée dans le rôle de la candidate de la "vieille gauche".

Aujourd'hui, il n’a même plus besoin de jouer les tacticiens en forçant le trait et en caricaturant Martine Aubry. La dame du Nord le fait elle-même. Son impatience à croiser le fer avec le "faux-frère" socialiste est un signe de fébrilité politique de sa part. Certes, elle espère jouer un rôle central durant les Etats Généraux du PS, en décembre, et ainsi rameuter la base militante autour des thèses du "care", de l’Etat providence. Ce sont ces mêmes idées qui l’ont conduite à l’échec de 2011. Comment ses conseillers ont-ils pu la laisser s’engouffrer dans cette voie sans issue ? Ils auraient du lui citer La Fontaine. Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage…

Serge Raffy - Le Nouvel Observateur

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