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mercredi, 15 octobre 2014

Les héritiers fatigués de Keynes face aux héritiers blasés de Tony Blair

 

Mes cher(e)s camarades,

Voilà plus de deux ans que je n'ai participé à un de nos Conseils nationaux, mais l'ambiance que j'y retrouve m'est restée familière. Le même respect des horaires, la même attention aux orateurs, la même lucidité sur la situation politique...

Le bilan qu'il est possible de tirer de la première partie du quinquennat est terrible. Mais pourquoi s'y attarder. Comme dirait l'autre, c'est la seconde partie de celui-ci qu'il faut réussir, ce "petit triennat" qui est devant nous. A la condition de tirer les leçons de ces 26 derniers mois et de choisir désormais les bonnes clefs dans le trousseau que la politique met à notre disposition.

La première, celle qui déverrouillerait la situation politique et sociale, est dans les mains du gouvernement. C'est celle qui ouvre sur le redressement économique.

Force est de constater qu'il ne peut s'agir du pacte de compétitivité dont les effets, s'ils se font sentir, ne seront perceptibles qu'à moyen/long terme.

Ce ne peut être que la relance européenne. Celle-ci ne viendra pas de nos plaintes, jérémiades ou protestations vis à vis d'une "arrogante" Allemagne. Celle-ci viendra de nos propositions, de ce plan d'actions que Hollande tarde à mettre sur le table et que l'Allemagne n'en peut plus d'attendre. La relance économique ne pourra venir que d'une relance politique de l'Europe, c'est à dire ce qu'il en reste en termes de volonté commune, c'est à dire la zone euro. Le blocage qu'on nous oppose outre-Rhin n'est que le revers de notre faiblesse. Pas de notre faiblesse financière comme veulent le croire des ministres des Finances en manque d'imagination, mais de notre déficit politique, c'est-à-dire de notre incapacité à imaginer et à dire ce que doit devenir l'Europe. A nous de proposer une consolidation politique et démocratique de l'Euro, et en cas d'échec de reprendre notre liberté budgétaire pour tout ce qui touche aux dépenses d'avenir.

L'autre clef, celle qui déverrouillerait le débat idéologique, elle est ici au PS qui seul est en situation de compléter le redressement économique d'un indispensable Redressement intellectuel. Celui-ci suppose de dépasser cet impossible jeu de rôles dans lequel les dirigeants de notre pauvre parti se sont enfermés : une vieille gauche, sûre de son bon droit, le dispute à une prétendue gauche moderne, sûre de son bon sens ;  les héritiers fatigués de Keynes face aux héritiers blasés de Tony Blair. Il saute aux yeux que la solution ne pourra venir de cet interminable remake qui détourne l'attention de nos concitoyens vers une droite pourtant peu flambarde mais dont les idées occupent seules la scène ! La gauche doit engager la bataille intellectuelle. Si ces États généraux avaient un seul intérêt, une seule utilité, ce serait de dégager les bases d'un projet politique plus clair, en phase avec les réalités du moment mais s'inscrivant dans la continuité de notre histoire. Le besoin de transformation sociale, d'organisation démocratique n'est pas moins fort. Il a seulement changé de formes et nous ne le voyons pas. Il pourrait s'exprimer aujourd'hui mieux que jamais via l'enjeu écologique ! La crise climatique repose toutes les questions auxquelles le socialisme de tout temps s'est consacré : comment ne pas laisser à la loi de la rentabilité le contrôle de la société tout entière ; comment redonner prise aux hommes sur leur destin ? Elle réhabilite l'intervention publique pour autant qu'elle se réforme, associe le citoyen, invente de nouvelles façons de prévoir, d'orienter, voire de planifier ! C'est en rendant à notre action gouvernementale cette perspective, en lui donnant ce sens, en faisant de l'enjeu écologique non l'objet d'une seule loi mais l'axe de notre action que nous pourrons reprendre l'initiative... Cela suppose que nous requalifions la notion de progrès à laquelle la gauche s'est de tout temps identifiée et dont la crise a favorisé le retour des revendications identitaires. On se réfugie dans le passé chaque fois que le futur parait trop incertain. A nous de montrer que le progrès défini non dans sa seule dimension technique ou économique, mais comme un progrès humain incluant la santé, l'éducation, la qualité de vie etc…reste à notre portée... 

Gaétan Gorce

Commentaires

Et pourtant la gauche continue de privilégier des incompétents, des amis au détriment de la compétence. Il n'y a plus de solidarité. C'est du chacun pour soi.

Écrit par : renaud | samedi, 18 octobre 2014

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