Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

vendredi, 22 août 2014

Ne plus investir , c'est mettre en danger l'avenir

 

 

 

Monsieur le Président,


Vous venez d’annoncer aux Français une nouvelle vague de mesures qui doivent contribuer, après bien d’autres, à sortir le pays du marasme, et les Français de l’inquiétude ou de la désespérance. Tous les décideurs publics doivent contribuer à ce redressement nécessaire. Y compris les élus locaux qui sont les premiers témoins, et souvent les derniers recours, des souffrances qui accablent de plus en plus de nos concitoyens : chômage, pauvreté, misère… 

Certains leviers n'agissent plus

Mondialisation parfois folle, cohérence européenne introuvable, système social et fiscal remis en cause, tout est infiniment complexe. Et, à l’évidence, certains leviers n’agissent plus, ou n’agissent pas comme vous l’escomptiez, et comme nous l’escomptions avec vous.

 

Il y en a pourtant quelques-uns qui sont simples, et c’est parfois les collectivités locales qui en ont la clef. Le plus évident, est celui de l’investissement public, dont elles assument la charge et la responsabilité à plus de 70%. Construire des écoles ou des lycées, construire des routes, construire des logements sociaux, favoriser la transition énergétique, voilà des dépenses utiles.

 

J’ose le mot : voilà de la dette utile.


Ne plus investir, c'est mettre l'avenir en danger

Obsédés par la dette nationale, les spécialistes mais aussi, je le crains, nombre de dirigeants nationaux créent dans l’esprit de tous une confusion mortelle entre la maîtrise (et certainement la diminution) de dépenses de fonctionnement qui ont gonflé au fil des ans, et l’investissement public.

 

Bravaches, mais aussi irresponsables, ils font passer l’investissement des collectivités pour une lubie d’élus locaux jetés en pâture à l’opinion. Ils feignent d’ignorer qu’à la différence de l’État, aucune collectivité en France ne s’endette pour financer son fonctionnement courant…

 

Les coups d’arrêt donnés aux investissements d’avenir sont une double catastrophe :

- Catastrophe pour notre pays qui n’aura pas demain les lycées, les universités, les logements, le patrimoine, les grands équipements de transport, de recherche ou d’énergie qui font aujourd’hui sa force et sa compétitivité.

- Catastrophe ensuite pour l’emploi. À long terme, car l’adage est vrai : les investissements d’aujourd’hui sont les emplois de demain. Mais aussi à très court terme, avant la fin de votre mandat…


Bâtiment et travaux publics : nous risquons un plan social majeur 


Un plan social majeur va frapper notre pays. Le secteur du bâtiment et des travaux publics montre de graves signes de fragilité : recul de l’emploi (-3,2% en Pays de la Loire fin 2013), effondrement de l’emploi intérimaire (-14% en ce début d’année dans notre région), baisse de la production de béton (-2,4% en un an) et forte diminution des constructions de logements. Voilà un sombre tableau dans un territoire qui se porte pourtant mieux que beaucoup d’autres, et dans lequel nous devons préparer l’arrivée de 400 000 habitants supplémentaires d’ici 2040.

 

Depuis 2009, les Pays de la Loire, la région que je préside, investit 1 million d’euros par jour dans les travaux publics. Elle construit des lycées, achète des trains et rénove des voies ferrées, elle bâtit des centres de recherche qui nous permettent de garder ou d’attirer des entreprises, d’accueillir de nouveaux habitants et d’être la région au plus bas taux de chômage de France.

 
Ne pas savoir ce qui sera financé, c'est perdre la confiance en l'avenir
 

Aujourd’hui tout s’arrête. Les coupes budgétaires frappent indifféremment les actions les plus utiles et celles qui à l’évidence nécessitent d’être revisitées, laissant à croire que votre politique s’inscrit dans la continuité de celle de votre prédécesseur qui avait délibérément privé les régions de leurs moyens d’action. Et la trop médiatisée réforme de la carte administrative nous a éloigné des vrais sujets.
 

Aujourd’hui, l’incapacité de l’État à s’engager clairement sur les futurs contrats de plans avec les régions, et donc à lister les équipements qui seront construits et financés pour les prochaines années, nous prive de toute perspective, donc de confiance en l’avenir.

 

Pour gouverner, il faut avoir une vision et agir concrètement. L’investissement public en France n’est plus guidé, ni par une vision ni par de l’action.

 

Pour l’emploi et pour l’avenir, une autre politique économique est possible. Maintenant.

Jacques Auxiette

Les commentaires sont fermés.