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samedi, 28 juin 2014

Reviens Georges Frêche , ils sont devenus fous !

 

Il est fort probable que la réforme territoriale aurait trouvé un écho et une réponse favorable de la part de la grande figure politique régionale que fut Georges Frêche. Or, en observant ce qui se passe, on est à même de se demander si les amendements qu'exigent ses "héritiers" s'inscrivent dans la lignée politique de ce grand tribun. Nous pensons ici à ses anciens compagnons de route ou collaborateurs politiques qui détiennent des mandats électifs ou gouvernent des exécutifs locaux.

 
 La dimension "historique" du Languedoc-Roussillon

Pour ces "héritiers", malgré quelques voix minoritaires, il est clair que le projet de fusion entre la région Languedoc- Roussillon et la région Midi-Pyrénées est une mauvaise réforme qu'il faut combattre pour l'empêcher d'aboutir. Ces édiles locales réactivent deux ficelles classiques de la rhétorique politique frêchiste : l'évocation de l'Histoire et la dénonciation de la centralisation technocratique jacobine. La dimension "historique" du Languedoc-Roussillon, fondée seulement sur trente années d'histoire politico-administrative, est l'argument avancé pour évoquer une prétendue spécificité territoriale, pour ne pas dire identitaire.

La dénonciation d'un ‘oukase' technocratique venant de Paris, est le second motif. Malgré le manque d'originalité de la technique, cette vieille ficelle permet à la fraction de la classe politique locale qui s'en prévaut, d'affirmer que la fusion va altérer la qualité de nos services publics et faire fi de l'intérêt général. Effectivement ce type d'argument ne manque pas de renvoyer à certains discours populistes de la fin de carrière du tribun languedocien. Pourtant, la pensée et l'action de Georges Frêche sur le développement des régions, et en particulier du Languedoc- Roussillon s'inscrit pleinement dans l'esprit de la réforme avancée par François Hollande.

Le projet avorté d'invention de la "Septimanie"

En effet, on imagine mal comment celui qui a toujours prôné le développement d'une entité politique régionale forte, émancipée de la contrainte départementale (qui ne lui a jamais réussit), dont les frontières comme le pouvoir devaient toujours être poussés vers leur optimum aurait pu refuser la réforme actuelle. Le projet avorté d'invention de la ‘Septimanie' en constitue le plus bel exemple. Rappelons également qu'en raison de sa trajectoire personnelle et intellectuelle, natif de Puylaurens dans le Tarn et auteur d'une thèse d'histoire dans la mouvance de l'Ecole des Annales sur « Toulouse et la région Midi-Pyrénées au siècle des Lumières (vers 1670- 1789) » (publiée en 1974 et couronnée du Prix de l'Académie Française) Frêche aurait certainement trouvé des points communs entre deux régions amenées à fusionner, alors que ses héritiers s'évertuent à mettre en exergue des oppositions fallacieuses.

 Un écho avec les idées que Georges Frêche

Pourtant l'histoire de la longue durée, celle qui s'étend, des cathares à la révolution Française, et qui comprend le rapport à l'Espagne de la couronne d'Aragon à la guerre civile espagnole, les a toujours rapproché. De même comment ne pas voir dans la logique de la réforme proposée un écho avec les idées que Georges Frêche défendait dans ‘La France Ligotée' (1990) en demandant une « halte au gaspillage insensé que représente cette bataille anarchique, suicidaire et stérile que se livrent l'Etat, les régions, les départements, les communautés urbaines et les grandes villes » ? Il semble pourtant que ce soit l'ambition de la fusion entre les deux régions.

Sans être un technocrate de haut vol, comment ne pas comprendre que pour peser politiquement au sein de l'Europe, une région unifiée, dotée d'un important bassin de population et d'un fort PIB, serait en mesure tous les bénéfices possibles des politiques européens ? Comment également ne pas se rappeler que dans le cadre des programmes d'aides européennes, notamment INTEREG, les régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon désunies faisaient pâle figure dans le rapport de force face à la Catalogne ? Comment ne pas se remémorer que l'autre grand programme de développement local initié par l'Europe, le programme Leader Pays Cathare dont le périmètre ‘historique' couvrait ces deux régions, a été progressivement réduit au seul département de l'Aude ? Enfin comment ne pas en appeler au courage politique qui fut l'essence de l'action de Georges Frêche dans sa lutte acharnée contre le pouvoir notabiliaire traditionnel ? Ce courage politique, il en faut pour accepter une réforme structurelle qui affectera également le périmètre et le format la classe politique locale. Malheureusement ce courage là, la plus part des ses héritiers pour des raisons démagogique sont en train d'en galvauder le contenu.

(1) William Genieys Directeur de recherche CNRS Directeur Adjoint du CEPEL Université Montpellier 1 Spécialiste de la sociologie politique des élites Prix d'excellence en science politique Fondation Mattéi Dogan Association Française de Science Politique 2013.

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