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jeudi, 29 mai 2014

Les raisons d'une débâcle. (1)

 

Au lendemain de ce dimanche noir, ce qui frappe ce n'est pas tant la déroute du PS que le fait que ses dirigeants, au gouvernement comme à Solférino, ne l'aient pas vu venir. Déjà l'ampleur de notre défaite aux Municipales les avait pris par surprise. Qu'en déduire sinon qu'est désormais en cause une manière de penser et d'agir. Les Français, et d'abord ceux qui se reconnaissaient dans la Gauche en ont assez (je l'écrivais ici même avant Noël) d'un mode de gouvernement totalement inadapté aux temps présents. Aurait-on oublié que notre Pays traverse une crise profonde, économique, sociale mais aussi morale qu'on n'eut pas agi autrement.

La clef de l'échec s'est ainsi mise à tourner dès le lendemain de l'élection de F. Hollande lorsque celui-ci s'est refusé à dire la vérité sur la situation, non par manque de discernement mais pour ne pas avoir à assumer la politique qu'un tel constat eut imposée. Faute d'avoir pris, non cette crise, mais les Français au sérieux, faute d'avoir cru en leur capacité à répondre à l'appel au courage et à l'effort qui s'imposait, le Président s'est laissé inévitablement entraîner dans une sorte de fuite en avant qui ne pourra cesser que du jour où il acceptera la vérité en face.

La rigueur pratiquée aujourd'hui, qui vise à rétablir l'équilibre de nos comptes, était possible aux premiers jours du nouveau pouvoir parce qu'elle aurait alors bénéficié de la confiance née de l'élection. Elle n'eut cependant été possible qu'accompagnée des grandes réformes, fiscales ou de la protection sociale, qui en corrigeant les inégalités structurelles de ces systèmes, auraient convaincu les Français que l'orientation choisie restait bien celle de la justice. Bref, il aurait fallu faire de ces deux ans un autre usage : c'est faute d'avoir cru en la France, en sa capacité de résilience, et dans les Français, et leur aptitude à un sursaut civique, que cette option "mendésiste" n'a pas été prise...

Mais à l'erreur initiale vient de s'en ajouter une nouvelle: celle qui a consisté à croire qu'il serait possible de faire aujourd'hui ce qui n'a pas été fait hier. La confiance fait en effet désormais cruellement défaut au Chef de l'Etat et celle qu'inspire encore le Premier ministre, on vient de le voir ce dimanche, n'est pas suffisante. D'autant qu'aux errements politiques se sont ajoutés en 24 mois une cruelle débâcle morale symbolisée par des affaires qui ne seront pas près d'être oubliées, de DSK à Cahuzac.

Là est peut-être d'ailleurs le fond du problème : non seulement la crédibilité de l'Exécutif s'est évanouie mais c'est une rupture morale qui s'est opérée avec le " peuple de Gauche ". Celui-ci a compris que ses supposés représentants appartenaient à un autre univers, impression confirmée par la situation d'abandon dans laquelle on a laissé depuis deux ans les plus fragiles : rien pour les territoires les plus exposés par la désindustrialisation, rien pour les chômeurs de longue durée comme si seule comptait la voix des puissants ou des experts.

Alors que faire ? Changer de cap ? Difficile pour un pouvoir affaibli y compris auprès de ses partenaires ! Mais au moins changer de vitesse et de perspective : si nous n'échapperons  pas, évitons la démagogie, à la rigueur budgétaire, il faut absolument l'accompagner (je ne cesse de le dire depuis des mois) d'un plan de relance par l'investissement public qui se négocie à Bruxelles et, à défaut d'y réussir, se met en route à Paris. Sans une injection massive de crédits pour le logement, les transports, la santé, le numérique, la croissance ne repartira pas et le chômage restera à des sommets. C'est une question de survie : politique pour ce gouvernement, mais surtout économique pour de nombreuses entreprises qui font la trame de notre industrie, et sociale pour nombre de nos concitoyens.

Le problème est qu'alors que nous aurions pu avancer sur cette voie dès les élections allemandes passées et en faire l'étendard de note campagne européenne, nous allons devoir l'emprunter en position de faiblesse. Ce qui signifie que nous n'avons d'autre option que le raidissement : la France doit désormais "exiger" de ses partenaires une relance qu'elle devra proposer d'inscrire dans une nouvelle perspective européenne. Nous ne pouvons plus en effet nous satisfaire, et les peuples européens ne se satisfont d'ailleurs plus, d'une politique européenne "à la petite semaine", sans vision, sans ambition et sans courage.

Là se trouve d'ailleurs l'explication souterraine mais peut-être au fond la plus convaincante, de l'échec présidentiel : à ne jamais vouloir prendre l'initiative, à préférer le pragmatisme au choix d'un schéma cohérent, F. Hollande a cru, tel un slalomeur, pouvoir éviter les obstacles.

Mais c'était confondre la période avec celle qui l'avait précédée : la France réclame un leadership, elle y est prête, là où on ne lui propose que petites habiletés. La question qui se pose est donc au fond rien moins que de savoir si pour les 36 mois qui lui restent le Président saura enfin se placer à la hauteur, non de la tâche, mais de l'époque dans laquelle il a la responsabilité de gouverner. Or celle-ci impose de la clarté, une vision entraînante de l'avenir, de la profondeur, bref tout ce qui a manqué depuis 2012...

Gaetan Gorce

Commentaires

Ce résultat n'est pas que la faute du gouvernement actuel mais aussi des gouvernements précédents! Les français en ont marre des promessses et des affaires. Tous, droite comme gauche, sont responsables.

Écrit par : renaud | jeudi, 29 mai 2014

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