Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

jeudi, 15 mai 2014

La droite folle


http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=898684

Ce matin Thomas Legrand s'intéresse à la polémique par laquelle une partie de la droite et le FN reprochent à Christiane Taubira de ne pas avoir chanté la Marseillaise lors d’une cérémonie officielle de commémoration de la fin de l’esclavage.

Et déjà le simple fait que le FN, parti héritier politique de ceux qui refusaient l’abolition, de ceux qui agonisaient Lamartine et Schœlcher… que ce parti reproche à Christiane Taubira, descendante d’esclave, de ne pas chanter un chant de libération lors d’une telle cérémonie de la sorte, est tellement inconvenant que l’on pouvait penser que cette polémique allait mourir toute seule de sa propre absurdité ! Et puis Jean-François Copé, le président du premier parti de France, s’est insurgé – à son tour- contre le fait que Christiane Taubira soit restée coite pendant l’hymne national. Exactement –soit dit en passant- comme de nombreux ministres ou président quand l’hymne est interprété par un chanteur professionnel. Exactement comme Nicolas Sarkozy lors de la dernière commémoration de l’abolition de l’esclavage à laquelle il a assisté. Eviter le « karaoké d’estrade » selon la jolie formule de Christiane Taubira, peut être un souci tout à fait compréhensible, de la part de responsables politiques, en perpétuelle représentation. Que Copé et quelques autres responsables UMP se vautrent dans cette polémique, qu’ils sombrent dans ce procès en sorcellerie cocardière, aussi désuet que bas de plafond, ne peut que procéder d’une stratégie murement réfléchie et non pas d’un sentiment réel… Ils ne sont pas si bêtes.

Quelle stratégie ?

La stratégie de la guerre culturelle. Dans le combat politique, il y a l’exposition des idées, le débat des solutions, la comparaison des valeurs… Et il y a une lutte pour une forme de prédominance culturelle. Pour mener cette lutte il existe une arme : l’indignation. La droite reproche depuis des années à la gauche ses indignations accusatoires et sélectives, relayées par les médias et ce qu’elle appelle, « les bonnes consciences »… Un écart de langage par rapport à la soit disant « doxa politiquement correct, antiraciste, féministe ou égalitaristes » et vous étiez cloué ou pilori par les belles âmes germanopratines qui faisaient l’opinion. Voila le fantasme, la hantise de tout responsable politique de droite : se faire ostraciser par le système à la solde d’une « bien pensance » qui dominerait et délimiterait les débats. Face à ce que Jean-François Copé appelle la « dictature intellectuelle », la droite se révolte et veut s’affirmer sans complexe. Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs inventé le concept de la « droite décomplexée ». Pour cela, il lui faut trouver des leviers d’indignations propres à rassembler son camp. Mais un combat culturel, pour être efficace, doit correspondre à une vraie aspiration. Le combat antiraciste et féministe correspondait bien à une évolution de la société. Le combat sur les symboles de la nation correspond, estime la droite, à un sentiment grandissant d’insécurité identitaire et culturelle. Le problème c’est que dans le premier cas il s’agit d’une évolution des mentalités, une transformation de la société alors que dans le second il s’agit d’une rétractation, d’une peur. Mais dans tous les cas, quand on veut utiliser l’arme efficace de l’indignation… il faut d’abord se demander si l’on ne perd pas soit même une partie de sa dignité en abusant de cet instrument pour des raisons purement tactiques. Parce que l’indignation c’est comme la rumeur, c’est une arme que l’on peut facilement mettre en branle mais dont on ne maitrise pas les effets quand elle est lancée.

Thomas Legrand

Les commentaires sont fermés.