Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

lundi, 28 avril 2014

Manuel Valls: petites leçons d’Italie

 

Le premier ministre français n'est pas venu à Rome  pour assister seulement, en costume et cravate noirs de rigueur, à la messe de canonisation des papes Jean XXIII et Jean-Paul II. Arrivé samedi, il en a profité pour dîner en compagnie de Matteo Renzi, le nouveau président du conseil auquel on le compare volontiers.

Une première pour les deux hommes qui ne se connaissaient pas. "Nos points communs? Nous sommes deux dirigeants de gauche", a-t-il expliqué d'emblée dimanche, lors d'une rencontre avec les correspondants français en Italie. Une précision pas si inutile quand l'un et l'autre passent pour représenter la droite de leur parti respectif.

Mais c'est sur l'Europe "en danger si on ne relève pas les défis" de la compétitivité, de l'emploi , de la politique monétaire et de la fiscalité que les deux chefs de gouvernement ont trouvé des convergences, bien que, souligne Valls, "la situation et le calendrier politique italiens sont différents". En gros, l'un et l'autre veulent "agir vite et en profondeur" dans les réformes concernant leur pays respectif. L'un est l'autre sont sous la menace : de Beppe Grillo pour Renzi, de Marine Le Pen pour Valls.

"Reconstruction de la gauche européenne"

"Il ne s'agit pas de créer un axe France-Italie, explique le premier ministre, mais nous partageons les mêmes analyses. Il ne s'agit pas non plus de s'affranchir des règles, mais il faut sortir de cette période de quasi récession. La personnalité de Renzi est importante. Il faut du leadership. Sinon le projet européen risque d'être mis à mal le 25 mai", date des élections européennes. Un changement notoire dans la relation politique entre les deux pays où, jusqu'à présent, c'étaient les Italiens qui désiraient "coller à la roue" des Français.

"De plus, ajoute Valls, Renzi a une vision de ce que doit être la reconstruction de la gauche européenne. On a connu une période où elle était majoritaire en Europe. Pourquoi cela n'a pas marché? C'est un sujet qui m'intéresse également".

Autre point commun, ils suscitent la mauvaise humeur de l'aile gauche de leur formation. En Italie, le président du conseil doit sans cesse la rappeler à l'ordre et palier ses manquements par le soutien d'une partie de la droite. En France, elle menace de manquer à la majorité du premier ministre. Même s'il apprécie l'ouverture sous conditions des centristes avant la présentation mardi du plan d'économie du gouvernement à l'Assemblée, Valls prévient: "C'est à la majorité de soutenir le pacte. Même si je souhaite que la gauche et la droite puissent se parler autrement, je ne compte pas sur cette dernière pour compenser l'absence de tel ou tel vote".

Reparti confiant d'Italie, ayant rencontré un "chef de gouvernement aussi serein" que lui-même, Manuel Valls, se dit "frappé par la qualité" d’une partie de la classe politique péninsulaire, si souvent décriée. Même le vieux Giorgio Napolitano l'épate,"surtout quand on connait son parcours", ajoute-t-il. Venu du parti communiste, le président de la République est désormais un social démocrate européen bon teint:"Ce pourrait être un exemple pour la gauche de la gauche", ajoute-t-il avec ironie en prenant congé dans une Maserati grise....

Philippe Ridet

Les commentaires sont fermés.