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vendredi, 04 avril 2014

1977 à l'envers

Les urnes ont parlé et, comme toujours en pareille circonstance, on aurait tort de se focaliser sur le seul Front National. On a d'ailleurs tort de succomber à la fascination, tort de s'en remettre aux seuls anathèmes et à des discours incantatoires. Le FN obtient des victoires dans plusieurs communes, comme Hayange, Hénin-Beaumont, Fréjus et a soutenu la victoire de Robert Ménard à Béziers... Ce sont des faits, mais il faut savoir les comprendre rationnellement. Au-delà de ces quelques très emblématiques communes, c'est le bleu horizon des listes UMP, UDI, DVD qui a coloré la carte de notre pays et c'est cela la leçon première à tirer de ces élections. Le FN progresse peu par rapport à 1995 notamment en voix, la droite en revanche opère une percée historique dans les collectivités locales, sans doute moins en nombre de voix qu'en conquêtes effectuées. C'est vrai pour les villes de plus de 100 000 habitants, c'est vrai également pour celles de plus de 30 000, et dans toutes les autres également, dont celles de 1000 à 9000 habitants. La gauche perd les grandes agglomérations, conserve le cœur des capitales régionales connectées à la globalisation (Lille, Lyon, Strasbourg...) mais perd Toulouse et risque de perdre les métropoles institutionnelles, là où va s'installer le nouveau pouvoir local.

Ces élections municipales revêtent, je le souligne, une dimension quasi-historique au regard de l'histoire électorale du Parti Socialiste et de la gauche française. Elles ne sont comparables par leur ampleur qu'à une seule élection : les municipales de 1977, qui avaient vu les listes d'Union de la Gauche l'emporter dans de très nombreuses communes. Il s'agit ni plus ni moins que d'un 1977 à l'envers. A l'époque, ces élections locales avaient été vécues comme un Mai 68 différé, comme la concrétisation dans les isoloirs et dans la vie communale des aspirations du joli mois de Mai. Cet enracinement local des listes de gauche avaient en effet signifié clairement que la Gauche avait emporté la bataille culturelle dans le pays, que Mai 68 était désormais dans la tête des Français, qu'il venait de resurgir dans les urnes, qu'il serait bientôt traduit en actes locaux et porterait, in fine, en 1981, François Mitterrand au pouvoir.

Julien Dray

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