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dimanche, 19 janvier 2014

François Hollande fait sa révolution

 

-On le croyait réformiste, on se trompait. En fait, il est plus que cela: révolutionnaire. Au pied du mur, François Hollande a fendu l'armure. La politique de l'offre c'est lui!

Au cours de sa troisième conférence de presse qui menaçait de sombrer dans le Vaudeville, le président de la République a pris son risque. Il s'est dépouillé de toute la synthèse molle qu'il portait depuis ses années de socialisme .

Lui qu'on décrivait comme indécis, prudent, flou, a assumé, sans coup férir, le grand virage du quinquennat qu'il avait amorcé lors de ses vœux le 31 décembre. Il l'a même revendiqué à plusieurs reprises sans chercher à masquer toutes les couleuvres que la gauche va devoir avaler d'un coup: le deal avec le patronat, 50 milliards d'euros de baisse des dépenses publiques, le choc de simplification, 30 milliards d'euros de suppression de cotisations familiales dans la foulée du crédit d'impôt compétitivité. Tout pour l'entreprise, rien pour les ménages ! Il fallait oser.

Mais François Hollande n'avait plus le choix, il était acculé, il l'avait senti cet automne avec la révolte fiscale qui l'empêchait de poursuivre la politique qu'il avait engagée et qui ne menait ni à la croissance ni à l'emploi.

Avec ce tournant, le président joue son va tout car tout ce qu'il a annoncé court jusqu'à la fin du quinquennat. Il n'y aura pas de retour en arrière. La politique de l'offre marquera les années 2015-2017. Ce ne sera pas deux ans d'adaptation puis trois ans pour s'en remettre, comme il l'avait dit pendant sa campagne.

Ce seront des années d'effort opiniâtre pour tenter de désintoxiquer la France droguée à la dépense publique et d'essayer de la réconcilier avec l'entreprise.

C'est une révolution et en même temps un alignement. Car le socialisme de l'offre ressemble beaucoup au social libéralisme revendiqué par les centristes et une partie de l'UMP. C'est si vrai que le président, interpellé par les journalistes, a eu beaucoup de mal à expliquer en quoi philosophiquement sa politique se distinguait de celle de la droite .

Ce socialisme de l'offre correspond, en outre, à ce que Bruxelles et Berlin attendent du partenaire français: une remise en ordre des comptes publics couplée à des mesures qui dopent la compétitivité. A partir de quoi le couple franco allemand pourra repartir sur de bonnes bases.

François Hollande a fait sa révolution le dos au mur mais avec une ambition immense : réussir là où Nicolas Sarkozy a échoué. ll veut stopper la gangrène du chômage et aussi redresser le pays, lui rendre sa fierté , lui redonner toute sa place dans les affaires du monde. Il se prend pour de Gaulle.

Il  doit vraiment croire à sa bonne étoile car il énonce cette ambition au pire moment, alors qu'il est personnellement plongé dans des abîmes d'impopularité, moqué par la droite, critiqué par l' aile gauche et peu assuré de sa majorité .

Et cependant il n'est pas exclu que le risque paie car la France, longtemps décrite comme irréformable, semble  mûre pour la révolution. Selon un sondage BVA itélé CQFD  le Parisien  paru samedi , 75% des français approuvent le pacte de responsabilité avec les entreprises.  Une bonne base de départ.

Françoise Fressoz

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