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mardi, 07 janvier 2014

Des contreparties !

Lors de ses vœux, François Hollande a évoqué la création d'un pacte de responsabilité avec les entreprises. Comment réagissez-vous à ce discours ?

 Emmanuel Maurel : J'attends que François Hollande précise sa pensée. Je suis critique mais pas vent debout. Si l'idée est de reprendre la promesse de campagne de moduler la fiscalité des entreprises en fonction des investissements réalisés (engagement numéro 3), je suis d'accord. Par contre, s'il s'agit de faire un nouveau cadeau au patronat, après le CICE [crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi], là je ne suis pas d'accord. Le seul pacte qui vaille c'est celui passé entre le président et ses électeurs. Un pacte dans la justice avec pour objectif la réduction des inégalités et la redistribution des richesses. Les entreprises, ce ne sont pas que les patrons. S'il doit y avoir un pacte avec elles, il faudra impliquer les syndicats. Mais je ne doute pas que François Hollande le fera.

Le président a employé des termes inhabituels pour un socialiste : « Moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités »… Cela marque-t-il selon vous une évolution de son positionnement idéologique ?

Sur les vœux du président il y a beaucoup à dire. Il y a en effet des mots et des expressions qui ne s'inscrivent pas dans la doctrine socialiste des dernières décennies : « charges », « excès et abus » de la Sécurité sociale. C'est plutôt inquiétant. Mais, sur le fond, j'attends de voir, notamment le 14 janvier [date de la troisième grande conférence de presse de Hollande]. La question que l'on doit se poser, c'est : quelle politique faire, au service de quelle société ? J'espère qu'il y aura des annonces fortes sur la relance du pouvoir d'achat, sur la réforme fiscale, pour aller vers plus de progressivité et de justice, etc. François Hollande est-il, selon vous, en train de faire évoluer le socialisme français ? Le socialisme français est une voie singulière en Europe, théorisée par François Mitterrand et Lionel Jospin. Il est différent de celui de Tony Blair et de Gerhard Schröder qui est daté et ne correspond pas à l'histoire de la société française. Le socialisme français prépare l'avenir et ne méconnaît pas la réalité des entreprises. Il n'oppose pas politique de l'offre et politique de la demande, compétitivité et justice sociale, redressement et justice. C'est un peu trop tôt pour dire si François Hollande s'inscrit dans ce socialisme. Mais si tel n'était pas le cas, il y aurait lieu de s'inquiéter. Les électeurs de François Hollande ne voulaient pas que l'on oppose Etat et forces économiques. Il est nécessaire d'allier efficacité économique et redistribution. Il faut exiger de la part des patrons des contreparties et des garanties.

Inteview d'Emmanuel Maurel dans le Monde

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