Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

lundi, 23 décembre 2013

La conversion des deux M

 

imagesIl suffit parfois d'un nom pour changer une ambiance. En accolant celui d'Edouard Martin à la liste socialiste dans la région Grand-Est pour les élections européennes de mai 2014,Harlem Desir s'est donné une bouffée d'oxygène.

Si l'ancien leader de la CFDT à Florange, celui qui avait tenu vingt-quatre mois sur les piquets de grève face à Mittal , a accepté de passer outre les quolibets de ceux qui l'accusent «d'aller à la soupe », c'est qu'il y a encore de l'espoir. Dans le Grand -Est au moins, le parti socialiste ne pourra pas être accusé par Jean- Luc Mélenchon ou Marine Le Pen d'avoir trahi les travailleurs.

Dans cette région meurtrie par les restructurations industrielles, Edouard Martin est devenue la caution sociale des socialistes. On ne lui a pas demandé, avant de l'accueillir, de policer son discours, ni de revenir sur ses écrits contre Jean-Marc Ayrault « le traitre » ou Harlem Désir « plat à mourir d'ennui ». Au contraire, on le veut tel quel, brut de décoffrage, avec sa «colère sociale » qui représente « le combat que mènent ceux qui ont été les délaissés de la crise ». Dixit le premier secrétaire du parti socialiste.

Plus Edouard Martin sera authentique et vindicatif, plus le parti socialiste l'aimera. N'en déplaise à Catherine Trautmann, la députée sortante qui avait tous ses galons européens pour prendre la tête de la liste , le PS a fait une bonne affaire en pratiquant l'ouverture syndicale.

Et Edouard Martin?Qu'a donc poussé l'intransigeant syndicaliste à passer de l'autre côté de la barrière ?L'ambition  personnelle? La lassitude du combat syndical ? L'envie d'autres tréteaux pour éprouver son charisme d'Andalou ? C'est ce qu'affirment ses détracteurs.

Mais ils se pourraient qu'ils aient tort. La conversion d'Edouard Martin ressemble à s'y méprendre à celle d'Arnaud Montebourg, le ministre socialiste du redressement productif . Tous deux se sont fermement battus au cours de l'automne 2012 contre la fermeture des hauts fourneaux de Gandrange. Pour tenter de faire plier l'indien Mittal, le ministre et le syndicaliste défendaient le même principe: la nationalisation.

Ils n'ont été suivis ni par François Hollande ni par Jean-Marc Ayrault qui, à l'époque, avait qualifié la proposition Montebourg de «juridiquement hasardeuse et économiquement instable.» Sur le moment, Montebourg et Martin l'ont vécu comme un cuisant échec. Ils ont été à deux doigts de tout laisser tomber.

Puis les deux M sont remontés sur leur cheval en accomplissant simultanément le même cheminement qui les a conduits à mener différemment la bataille pour la ré industrialisation.

Plutôt que de s'ériger en sauveur des canards boiteux, Arnaud Montebourg s'est lancé dans la promotion des filières d'avenir. Plutôt que de mener un combat national perdu d'avance contre les géants internationaux de l'acier, Edouard Martin a choisi l'Europe pour terrain de jeu.

Et c'est cette double conversion qu'il convient de saluer, au nom du principe de réalité qui n'exclut nullement le droit de défendre ses convictions.

Françoise Fressoz

Les commentaires sont fermés.