Ce n’étaient que des «expérimentations». Des déclinaisons locales de la primaire présidentielle remportée en 2011 par François Hollande. A trois mois et demi du scrutin, le Parti socialiste en a fini avec ses «primaires citoyennes» version municipales. De la très médiatique campagne marseillaise à celle de La Rochelle bouclée dimanche dernier, premier bilan de cet exercice démocratique que les dirigeants du PS jugent «très satisfaisant»… Forcément.


QUI A PARTICIPÉ ?

Une petite poignée de communes. Loin de multiplier ces «primaires citoyennes» sur tout le territoire, la direction du Parti socialiste s’est tout d’abord contentée de pratiquer l’exercice «sur site» - et non pas par Internet comme à l’UMP ou chez les écologistes - dans cinq villes dites «de conquête». Outre Marseille, les socialistes ont ainsi ouvert les désignations de leur tête de liste municipales au Havre, à Aix-en-Provence, à Béziers et Boulogne-Billancourt. Cinq villes dans laquelle l’objectif était à la fois de trancher entre rivaux locaux et créer la «dynamique nécessaire», répète-t-on au PS, pour prendre d’assaut d’hôtel de ville tenu par la droite.

En donnant la possibilité de voter aux «simples sympathisants de gauche» - et pas seulement aux adhérents comme dans une désignation locale - les socialistes s’évitaient tricheries, psychodrames et dissidences. Et c’est justement pour anticiper celle de Jean-François Fountaine que les socialistes avaient décidé d’en organiser une «de succession»,à La Rochelle, pour prendre la suite du maire actuel, Maxime Bono. Battu, Fountaine a décidé de se présenter quand même. «Le vote d’un grand nombre de personnes rend illégitime sa dissidence, prédit Alain Fontanel, responsable des fédérations au PS, il avait demandé cette primaire il l’a eu, il ne joue pas le jeu. Il est cramé.»

Professeur de sciences politiques proche de l’aile gauche du PS, Rémi Lefebvre est lui plus critique: «Le PS a pris le moins de risques possible. Quand un acteur local n’était pas d’accord, on ne faisait pas de primaires… On est loin de la généralisation comme en Italie.» Autre déçu, Paul Alliès, proche d’Arnaud Montebourg et grand défenseur de la généralisation de primaires ouvertes. Dans la lettre interne du petit courant «des idées et des rêves» qu’il anime pour le ministre du Redressement productif, il y voit une«occasion manquée»«Imaginons l’effet dans l’opinion si, le soir du dimanche 13 octobre, de tels résultats s’étaient affichés dans une quarantaine de communes du pays, écrit-il. L’emballement autour de Brignoles aurait été moindre et le parti aurait fait la preuve de sa capacité à mobiliser».

QUEL BILAN EN TIRENT LES SOCIALISTES ?

Il se fera au soir du second tour des municipales, le 30 mars. Car si la gauche n’a aucune chance de gagner Le Havre, Béziers et Boulogne-Billancourt, si elle emporte Marseille et/ou Aix, les primaires seront considérées comme une victoire. En revanche, si le PS perd La Rochelle, on aura une autre lecture du bilan… En attendant, les socialistes se félicitent de la participation: plus de vingt mille personnes au premier tour à Marseille (et la même mobilisation au second que pour la primaire présidentielle), près de 3000 à Aix-en-Provence, plus de 1000 à Béziers et au Havre, près de 700 à Boulogne. «Un tiers de l’électorat socialiste à Marseille et un quart à La Rochelle, ça permet d’asseoir la légitimité du candidat», défend Fontanel.

«Marseille est l’arbre qui cache la forêt, répond Lefebvre. On a eu droit à des campagnes ternes qui n’ont pas favorisé le renouvellement.» Faux, rétorque-t-on à Solférino: Patrick Mennucci et Samia Ghali à Marseille, Camille Gala,p un ex-président d’université nouvellement encarté au Havre, la jeune Anne-Laure Jaumouillié à La Rochelle ou encore Edouard Baldo à Aix-en-Provence… «Celui ou celle qui était perçu comme un candidat du système n’a pas été choisi par les participants à la primaire, dit Fontanel. Il y a une crise des centres. Tout ce qui vient du haut est rejeté. Et en même temps, ça permet aussi d’avoir des candidats dont on est sûr qu’ils savent faire campagne». Lefebvre émet une autre critique: le choix de contenir les primaires à des villes «en conquête» ou les règlements de «succession»«Le PS n’a pas remis en cause un principe qu’il juge intangible: la reconduction des sortants», regrette Lefebvre. Réponse de Fontanel: «L’objectif, ce n’est pas d’affaiblir une ville de gauche.»

QUEL AVENIR POUR LES PRIMAIRES ?

«C’est une vraie question…», répond Fontanel. Le conseiller politique d’Harlem Désir y voit «un tournant»«un cap» dans le fonctionnement du parti majoritaire mais se refuse pour l’instant à proposer une généralisation de l’exercice pour les futures échéances électorales. «Il faut en discuter», dit-il. Pour l’instant, rien n’est inscrit dans les statuts du PS. Pas même la primaire présidentielle qui ne s’appliquera pas en cas de nouvelle candidature de François Hollande. Quant aux élections régionales, départementales ou législatives? «Ce n’est pas valable pour toutes les élections», estime Fontanel qui se dit«sceptique» sur les têtes de liste régionales par exemple. «Je ne crois pas au scénario de la généralisation, avance de son côté Lefebvre. Je vois mal le PS imposer quoi que ce soit à sa périphérie. Dans ce parti, c’est le local qui domine le national». On risque d’attendre un moment avant de revoir des militants à la rose et au poing conduire les sympathisants de gauche aux urnes dans un gymnase pour désigner leur chef de file.

 

Lilian ALEMAGNA

Libération