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vendredi, 15 novembre 2013

Le difficile combat de Jean-Marc Ayrault

 

 

Il aura fallu attendre un an et demi et un climat de crise aiguë pour que le premier ministre découvre qu'il existe. Au moment où Jean-Marc Ayrault est fusillé par une partie de la majorité qui demande sa peau dans l'espoir d'un rebond, lui sait enfin à quoi il sert.

Il n'est pas seulement le "collaborateur" du président de la République, comme l'avait dit un peu vite Nicolas Sarkozy de François Fillon. Il est son bouclier, à charge pour lui de prouver son efficacité dans une situation devenue dramatique.

Au moment où monte de toutes parts la contestation contre le trop plein d'impôts, la réforme des rythmes scolaires et l'avalanche de plans sociaux, Jean-Marc Ayrault écope. On le voit en Saône-et-Loire, on l'attend en Bretagne. Son agenda s'est brusquement étoffé : entre les consultations qu'il tient à Matignon et les réunions interministérielles qu'il préside, on l'entend ferrailler à l'Assemblée nationale contre l'opposition qui ne cesse de demander sa tête. Et ce vendredi matin sur France Info, il promet aux Français que dans l'épreuve "sa main ne tremblera pas", en fustigeant "le bal des égo".

Comme tous ses prédécesseurs pris dans la tempête, le premier ministre s'expose. Il sort ses tripes. Il met en avant son courage et sa ténacité. Il alterne caresses et attaques. Il tente de ramener le calme dans le pays tout en soudant le PS dans une charge "républicaine" contre l'extrême droite.

L'ancien président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale redevient un personnage politique à part entière. Il redécouvre l'odeur de la poudre. Il se bat pour sa survie face à la majorité et contre l'UMP, mais avec ce handicap de n'avoir rien pu construire en amont.

Depuis mai 2012, Jean-Marc Ayrault a été trop fidèle au président de la République et trop dépendant du quinquennat qui fait que, lorsque les eaux sont calmes, tout remonte à l'Elysée : les arbitrages comme les hommes.

Trop solidaires, le président de la République et le premier ministre se sont mutuellement affaiblis. Ils ont plongé de conserve dans des abysses d'impopularité en menant une politique de redressement dont ils n'avaient pas bien mesuré toutes les implications en termes de communication et de répartition du fardeau.

François Hollande a pris le risque de beaucoup trop s'exposer, sans laisser à Jean-Marc Ayrault le soin de le protéger. Jean-Marc Ayrault a laissé faire sans chercher à construire dans la crise une popularité du type de celle qui avait permis à François Fillon de tenir cinq ans au côté d'un Nicolas Sarkozy affaibli par ses propres excès.

Le président de la République et le premier ministre sont aujourd'hui aussi mal aimés l'un que l'autre et c'est ce qui rend la situation du second si précaire : sa fidélité ne le protège plus. Elle est même devenue un handicap.

Jean-Marc Ayrault ne peut espérer durer que s'il réussit à construire sa propre force dans l'adversité mais la situation du pays apparaît si confuse et les ressorts de la crise si multiformes que le pari apparaît difficile à gagner.

Si Matignon a repris du lustre ces derniers jours, c'est d'abord dans sa dimension la plus sacrificielle.

Françoise Fressoz

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