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dimanche, 10 novembre 2013

Chronique des racismes ordinaires

 

 

Racisme et misogynie, homophobie et xénophobie, répondent aux mêmes racines, aux mêmes ressorts. Depuis quelques semaines, les dérives se multiplient, laissant sans voix la très grande majorité de Français qui pensent vivre dans une République dont les valeurs sont partagées par tous.

Faut-il recenser ces propos ? C’est un ancien Premier ministre qui renvoie dos à dos le PS et le FN accusés d’un même « sectarisme ». C’est un député UMP qui « caquète » durant l’intervention d’une de ses collègues en plein débat budgétaire. C’est une candidate FN aux municipales qui s’en prend aux origines de la ministre de la Justice. C’est un groupe d’adultes sous la bannière de la « Manif pour tous » qui amène ses propres enfants à insulter à nouveau la Garde des Sceaux. C’est la présidente du Front national qui se voit contrainte de revenir sur ses déclarations honteuses lors de la libération de quatre otages français la semaine dernière.

Le débat sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe avait déjà suscité de pénibles incidents, tel député UMP évoquant en séance publique un « triangle rose », tel autre twittant après les incidents en marge d’une manifestation que « les casseurs étant sûrement des descendants d’esclaves, Taubira va leur donner une compensation ».

Christiane Taubira, femme politique de culture, de conviction et de talent, a le triste privilège de cristalliser sur sa personne, en particulier à cause des dossiers ministériels qu’elle porte, un concentré de bêtise qu’elle supporte avec combativité, intelligence et élégance. Les socialistes et toute la gauche parlementaire lui ont apporté leur soutien la semaine dernière lors des questions au gouvernement : il faut noter à cet égard que lorsque le Premier ministre a appelé l’Assemblée nationale à « se lever pour dire non au racisme », aucune expression de solidarité ne s’est manifestée sur les bancs de la droite…

Depuis quelques années, et en particulier depuis le quinquennat précédent, la parole raciste, que ce racisme soit anti-femmes, anti-gays, anti-personnes de couleurs, antisémite ou antimusulman, s’est libérée en France. Il ne faudrait pas penser qu’en ces temps de crise économique, de souffrance sociale, de doutes multiples, ces propos traduisent une colère explicable –et encore moins, bien sûr, justifiable. Ils sont une violence, ils sont un délit. Il est nécessaire, vital, de les dénoncer, et éventuellement de poursuivre leurs auteurs. Michel Wievorka a formulé de manière très juste le constat suivant : « On retrouve le racisme colonial. C’est terrifiant. C’est un choc moral ».

Bernard Roman

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