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mardi, 05 novembre 2013

Les "Bonnets rouges" : un mouvement réac, entre Manif pour tous et Dieudonné ?

Ce n'est plus une photographie, c'est une synthèse. C'est un cliché, plus que partagé sur les réseaux sociaux, où l'on peut découvrir trois militants et/ou sympathisants "Bonnets rouges", posant sous le panneau indiquant la sortie de Quimper, portant sweat-shirts de la Manif pour tous, un haut de survêtement orné du sigle d'une marque très prisée dans les mouvements Skin et effectuant le signe de la quenelle cher à Dieudonné et Soral. En une image, voilà figurée toute la confusion d'une partie de la droite française, son renoncement au gaullisme, sa glissade vers l'extrême-droite, son repli identitaire, sa tentation homophobe, sa pulsions anti-républicaine, le tout porté et catalysé par la haine de la gauche au pouvoir, de François Hollande, des socialistes et de tout ce qui incarne à ses yeux l'héritage de 1789. Les trois anonymes, ainsi mis scène par leur soins, sont une synthèse, un marqueur, le symbole d'une époque et des dangers qui menacent la société française. L'éternel combat identitaire contre Paris Ceux qui ont inventé le mouvement des "Bonnets rouges" sont-ils désormais doublés sur leur droite, ou bien doit-on considérer que ce cliché est le révélateur de la réalité de leur base militante et/ou sympathisante ? Ce qui est sûr en tout cas, c'est que certains de ces "Bonnets rouges" ont peu à voir avec la détresse des salariés menacés d'insécurité sociale, mais plutôt avec les éléments les plus mobilisés de la Manif pour tous, éléments qui paraissent avoir trouvé là matière à prolonger leur guerre culturelle contre le gouvernement. Le constat vaut aussi pour les jeunes militants de l'extrême-droite identitaire qui paraissent décidés à noyauter le mouvement. Le tout avec la bénédiction de certains éléments médiatiques avancés de la cause, tel Ivan Rioufol ("Le Figaro"), l'un de nos plus fervents frères prêcheurs de la réaction nationale, qui discerne dans ce mouvement ("réveil identitaire de la Jacquerie bretonne"), le début de la grand rébellion identitaire et s'en réjouit : "En arborant bonnets rouges et drapeaux gwen a du, ils symbolisent leur réveil identitaire. Ce faisant, ils ouvrent une voie que la France dans son ensemble pourrait emprunter à son tour." Le cliché des trois Bonnets rouges est donc raccord avec ce que l'on commence à découvrir de la réalité de ce mouvement. Derrière la référence officielle et obligée à une vieille révolte contre le pouvoir de Louis XIV se cache en vérité l'éternel combat identitaire contre Paris, le pouvoir central, l'unité du pays, le jacobinisme et, in fine, la République, soit la synthèse "quenelle et Manif pour tous". Une partie de la droite française est entrée tout à la fois en pleine fusion et confusion, prise entre Manif pour tous et Dieudonné, enfermée dans une haine de tout et de rien qui participe à la coagulation des pires, une droite que l'on sent prête à verser, pour certains de ses éléments, dans une hostilité qui ne se limiterait plus à la haine des socialistes, mais aussi celle de la République et de la démocratie. Une majorité de la Bretagne a pris l'habitude de voter à gauche depuis vingt ans, mais une bonne partie de la minorité qui vote encore à droite entretient et conserve le souvenir nostalgiques des exactions menées par les Chouans de 1793 contre la République éclairée alors incarnée par la Convention (comme en Vendée du reste, il suffit de visiter le musée de l'histoire vendéenne, aux Lucs-sur-Boulogne, avec une partie "revisitant" de manière militante l'histoire de la période révolutionnaire pour le constater). Durant la manifestation de samedi dernier, entre deux jets de chrysanthèmes et une démolition de portiques destinés à la perception de l'Ecotaxe, combien de mots d'ordre hostiles au pouvoir de Paris, comme si les Jacobins étaient encore au pouvoir ? François Hollande, héritier de Maximilien ? C'est idiot, mais certains des "Bonnets rouges" en ont l'air persuadés. Ce cliché synthèse méritait bien que l'on s'y arrête, parce que reflet de la confusion de la droite de l'époque, de ses errements idéologiques, politiques et culturels. Reste une question, que l'on qualifiera d'ultime : qu'est ce qui sépare un Bonnet rouge d'un benêt rouge brun ? Bruno Roger-Petit

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