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lundi, 02 septembre 2013

Syrie: le désarroi des opinions publiques



 

Les contradictions des discours sur l’urgence d’une

intervention militaire en Syrie rendent ceux-ci

incompréhensibles.

 

Pour comprendre le désarroi des opinions publiques

dans les pays occidentaux,

il faut analyser les 4 principales contradictions

qui affectent les positionnements officiels.

 

*****

 

1- Comment concilier l’affirmation que cette opération ne viserait pas à « renverser le dictateur syrien» et une attitude refusant sa participation à des négociations politiques ?

 

       Cette contradiction entretient le flou sur l’objectif d’une intervention militaire présentée comme « limitée ».

 

 

2- Qu’est-ce qui régit les relations internationales : le droit ou la morale ?

 

        Il faut relire la Charte des Nations-Unies (signée à San Francisco, entrée en vigueur le 24 octobre 1945) : l’objectif  est de « préserver les générations futures du fléau de la guerre » ; la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationale est confiée au Conseil de sécurité, qui peut décider d’une intervention militaire (chapitre VII de la Charte)

 

       Malgré ses imperfections et certains échecs, le système de l’ONU constitue la principale source du droit international, complétée par des traités multilatéraux, qui engagent de nombreux pays, notamment dans des actions de désarmement. Il y a actuellement 15 opérations de « maintien de la paix » de l’ONU dans le monde. Elles sont menées par plus de 110 000 personnes, dont 90% de militaires.

 

      Seule la justice internationale (Cour pénale internationale) a la possibilité de juger les auteurs d’une action qualifiée d’immorale (crime contre l’humanité, crime de guerre, génocide….) et de la sanctionner.

 

       On n’a pas assez insisté sur la démarche de la Suisse engagée en janvier dernier et appuyée par une cinquantaine de pays (dont la France et le Royaume Uni mais non les Etats-Unis), consistant à demander au Conseil de sécurité de saisir la CPI de la situation en Syrie. Si les experts de l'ONU concluent qu'il y a bien eu attaque chimique, il y aurait là un cas évident de crime contre l'humanité tombant sous la juridiction de la Cour. La démarche devrait donc être relancée. Même s’il y avait un blocage russe et chinois, ce serait une nouvelle pression sur ces deux pays.

 

3- Comment faire comprendre à l’opinion internationale que le Président du pays le plus puissant au monde annonce que ses forces militaires pourront intervenir en Syrie « demain, dans une semaine ou dans un mois » et qu’il demande, dans le même temps, un feu vert à son Congrès....ce qui prendra du temps et peut se traduire par un rejet de la décision présidentielle !

 

       Sa lettre aux parlementaires américains ne lève pas les ambiguïtés sur l’objectif d’une telle opération, présentée comme devant « protéger les Etats-Unis et ses alliés contre la menace des armes chimiques ; dissuader, faire cesser, empêcher et dégrader les possibilités de futurs usages de l’armement chimique et d’autres armes de destruction massive »

 

4- Le discours sur les « armes inhumaines » et « le danger pour l’humanité » est confus et parfois empreint d’une indignation sélective.

 

       Même s’il ne doit pas faire oublier les 100 000 victimes du conflit depuis 2 ans et demi, le massacre de plus de 1000 personnes à Damas le 21 août est une abomination, qu’il faut dénoncer et qui doit donner lieu, une fois les preuves clairement établies, à toutes les sanctions permises par le droit international. Mais deux interrogations ne peuvent pas être éludées :

 

         1)  au nom de quel principe un seul pays (même s’il est secondé par quelques autres) est-il habilité à définir la sanction et à l’appliquer ?

 

         2) quelle est et quelle a été jusqu’ici l’attitude des Etats (notamment les plus puissants) à l’égard des « armes inhumaines » ? Je rappelle que celles-ci ont fait l’objet de plusieurs traités internationaux* et que les dirigeants des grands pays n’ont pas toujours été très attentifs à la nécessité de leur universalisation.

         L’exemple du massacre d’Halabja (16-19 mars 1988) doit être rappelé. Cette ville kurde a été soumise à une « attaque punitive » de Saddam Hussein avec des armes chimiques. Le bombardement a fait près de 5000 morts et entre 7000 et 10 000 blessés. Il entrait dans le cadre de l’opération « Anfal » menée par le régime irakien et qui s’est traduite par la destruction de 2000 villages et de 12 villes, entraînant la mort de 200 000 Kurdes.

         A cette époque, les Occidentaux soutenaient l’Irak dans sa guerre contre l’Iran. Les USA ont attendu la fin 1990, après l’invasion du Koweit par Saddam Hussein, pour attribuer ce massacre à l’Irak….et pas à l’Iran !

Paul Quiles

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