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vendredi, 23 août 2013

La bataille de La Rochelle est déjà perdue !

 

 

Décidément, le camp majoritaire est passé maître dans l'art du ricochet absurde. A peine la rentrée s'annonce-t-elle que les espoirs que la gauche pouvait mettre en elle se sont évanouis,  qui plus est de son propre fait.

Nul besoin de se rendre à La Rochelle, ni d'entendre les exposés des dirigeants du PS pour mesurer l'exaspération de l'opinion. Y répondre devrait constituer l'objectif numéro un de la majorité comme du gouvernement. Or, qu'observe-t-on depuis quelques jours, sinon une avalanche de polémiques aussi dérisoires que maladroites dont l'effet immédiat sera de déconsidérer un peu plus celles et ceux qui y auront cédé.

Cela a commencé par le procès insane intenté à Manuel Valls. Que l'on puisse s'interroger sur la stratégie du ministre de l'Intérieur, cela n'est que normal. S'il a su trouver un discours et une crédibilité qui fondent sa juste popularité, le locataire de Beauvau n'a pas encore bien su  formaliser son message. Et si chacun a compris qu'il ne ferait jamais preuve d'angélisme, les traits saillants de sa stratégie, ceux qui permettraient de la caractériser pleinement en donnant corps à une politique de gauche en matière de sécurité restent encore à formuler. Mais l'on ne peut que s'étonner de l'acharnement avec lequel des élus et "responsables" de son propre camp, au lieu de l'y aider, cherchent au contraire à le déconsidérer, prêtant curieusement main forte à une droite pourtant bien en peine jusqu'à présent de trouver la faille. Que certains n'aient rien de plus urgent à faire que de tenter d'affaiblir le seul ministre du gouvernement qui bénéficie largement des faveurs de l'opinion en dit long sur l'état d'esprit qui règne au sein du PS comme de la majorité. Car l'offensive engagée contre Manuel n'a rien d'idéologique. Il s'agit bien de l'affaiblir politiquement dans une de ces petites guerres de chapelle dans lesquels quelques chefs de clan cherchent à assoir une dérisoire légitimité. D'autant que l'effet boomerang sera complet : la popularité de Manuel Valls en sortira renforcée aux yeux d'une opinion qui ne comprend pas cette tentative de dévaluer les enjeux de sécurité. Et les extrêmes tireront tout le parti des conclusions qu'une large frange des Français ne manquera pas d'y apporter : ces socialistes sont décidément incapables de traiter sérieusement de sécurité, (dont on mesure bien de Marseille à l'Ile de France qu'il s'agit d'un sujet secondaire...).

D'autant que pour couronner le tout, la "direction" du PS a choisi de faire de la lutte contre le Front national, le thème principal de son université. On admettra qu'avec un pareil prologue, l'opération soit mal engagée. Mais c'est d'abord son principe qui défie l'entendement : en mettant le FN au cœur de nos débats de rentrée, autant faire de Marine Le Pen l'invitée d'honneur de cette université. Naïveté confondante qui s'explique sans doute par un calcul : attaquer  le FN garantit les succès de tribune d'orateurs en mal de popularité.

Penser qu'il suffirait de dénoncer le programme caché de l'extrême-droite pour détourner les Français de lui apporter leur soutien, c'est se tromper du tout sur ce qui pourrait les conduire à voter pour elle. Nos concitoyens les plus en colère veulent instrumentaliser le bulletin FN, l'utiliser pour crier leur lassitude et parfois leur dégoût à l'égard des partis traditionnels. Le seul moyen de les en détourner est donc de priver leur révolte d'une partie de ses fondements en réorientant notre politique et en explicitant mieux ses objectifs. La confusion qui règne aujourd'hui sur l'Europe (avec la question clef de la souveraineté) comme sur la République (avec celle de la laïcité) fait le lit du FN qui peut ainsi facilement laisser croire que nous serions les fossoyeurs de la Nation comme de la République.

La meilleure façon de combattre le FN, c'est de ne pas en parler (l'échec de Mélenchon à cet égard n'est-il pas suffisamment explicite ?) pour s'adresser au pays à partir d'un discours courageux qui n'élude aucun des défis.

Ce n'est manifestement pas la voie choisi par le premier des socialistes qui ne veut voir dans ces critiques, si j'en crois le Monde, que criailleries d'égos ou d'aigris. Il n'est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Le processus politique dans lequel nous sommes engagés est catastrophique. Il n'est peut être pas bon de le dire et de déranger en le faisant la tranquillité de quelques éminences aux idées courtes. Mais il est plus grave de ne pas l'entendre. Après la leçon du 21 Avril, celle du référendum sur l'Europe, puis de la crise des banlieues, l'on sait maintenant que les fautes se paient cash....Et le prix ne cesse de monter !

Gaetan Gorce

Commentaires

Au moins un socialiste qui a l'habitude de dire la Vérité.
Merci a monsieur GORCE.

Écrit par : MOI | vendredi, 23 août 2013

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