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jeudi, 15 août 2013

Les relations douteuses de Ménard (suite...)

Robert Ménard au Local de Serge Ayoub. Robert Ménard président d’un comité de soutien « identitaire ». Robert Ménard en campagne pour la mairie de Béziers avec le soutien du FN...

Si on pensait tout savoir des accointances extrémistes du journaliste sans frontières politiques, son passage de la FA (Fédération anarchiste) au FN (Front national) en l’espace de quelques décennies demeurait un certain mystère.

On le savait travaillé par la « mémoire algérienne ». Sa rencontre en 2000 avec Emmanuelle Duverger, une ancienne militante des droits de l’homme (FIDH), qui deviendra sa femme, fut un tournant. Un nouvel élément de réponse apparaît peut-être aujourd’hui.

Robert Ménard lançait en octobre 2012 le site Boulevard Voltaire aux côtés, officiellement, du journaliste Dominique Jamet, et d’Emmanuelle Duverger.

Lorsqu’une tribune paraît dans Le Monde pour répondre aux critiques faites au tout nouveau média, elle est signée par ces trois mêmes personnes, montrant par là qui est censé l’incarner.

Fourmis vertes

Et pourtant, une quatrième personne a cofondé le site : Denis Cheyrouze. Il n’apparaît jamais en tant que tel mais son implication est totale : publiant une vingtaine de tribunes sur le site, parmi les plus virulentes (contre les Femen,contre les musulmans) ; animant son compte Twitter ; participant à la mise en ligne des articles, et s’occupant de l’hébergement internet.

A propos des musulmans, il a écrit ce conte sur le site :

« Ailleurs, d’autres fourmis, vertes celles-ci, restaient dominées par l’ignorance. Elles vénéraient un chef violent, guerrier, jaloux, dont le souvenir les hantait. Des lunes et des lunes après sa mort, elles lui restaient soumises.

Jalouses des richesses spirituelles et matérielles des petites fourmis blanches sans en comprendre l’origine, les fourmis vertes essayèrent de nombreuses fois de s’accaparer la fourmilière blanche. »

Au téléphone, Denis Cheyrouze refuse de répondre à nos questions :

« J’ai reçu vos questions par mail. Ça relève de la vie privée, et puis ça ne m’intéresse pas. Bon week-end. »

Il est juste le « webmestre » lâche-t-il, nous renvoyant vers Robert Ménard, qui lui attribue alors la même fonction. « Il fait partie de l’aventure comme bien d’autres gens », ajoute Ménard au cours d’une première conversation.

Une figure de l’Opus Dei

En réalité, Denis Cheyrouze est bien plus que ça. Il est vice-président de l’association éditrice du site, qui s’est donné pour mission « d’informer et d’intervenir dans le champ de l’actualité, la politique, la culture… », au même titre que Robert Ménard. Dominique Jamet en est président et Emmanuelle Duverger la trésorière.

Lorsque nous le joignons à nouveau, Robert Ménard revient sur ses propos et confirme ce rôle :

« Je vais vérifier parce qu’honnêtement, je savais plus qui était qui officiellement. Je sais [...] c’est ce petit groupe de personnes qui a lancé Boulevard Voltaire oui, absolument. »

Pourquoi une telle discrétion ? Cheyrouze a certes une notoriété moindre. Mais surtout, son engagement personnel est bien éloigné de la prétention initiale du site : « Etre libre de tout pouvoir ». Il s’avère en effet être une figure importante gravitant dans l’orbite de l’Opus Dei (« Œuvre de Dieu »).

Officiellement simple « coopérateur » (sympathisant actif, mais non membre), il a déposé divers noms de domaines liés à l’Opus :OpusDeiFrance.com (blog du porte-parolat), Les-Ecoles.fr (d’une association liée à l’Opus appelée Acut, Association de culture universitaire et technique).

En tant que simple prestataire ? Sur le réseau social Google Plus, les liens vers ces sites étaient encore visibles récemment dans sa biographie, aux côtés d’un autre site :Chretiente.info.

Sur ce média relayant la parole de l’Œuvre, on peut le voir échanger en toute complicité avec monseigneur de Rochebrune, vicaire de l’organisation pour la France.

Et quand l’organisation s’installe en Roumanie (où il officie dans le civil), Cheyrouze est présent. Cette complicité n’est pas anodine : l’Opus Dei est une organisation élitiste connue pour viser hommes politiques, journalistes, dirigeants en vue afin d’asseoir son influence...

Interrogé à ce sujet, Robert Ménard déclare apprendre l’information :

« Je ne savais pas qu’il avait des liens organiques avec l’Opus Dei... Les choix religieux des uns et des autres, c’est leur vie privée... Si les gens sont francs-maçons ou à l’Opus Dei, je ne leur demande pas. Ensuite, moi, ce que je pense de l’Opus Dei, ça n’a strictement rien à voir avec ça ».

Reste que Bvoltaire.fr a été salué dès le premier jour par le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, un proche de l’Œuvre

« Guerre à mort »

Dans la vie « civile », Cheyrouze est connu sous le nom de Denis Florent, consultant média.

Sur son blog, il analyse la montée en puissance parallèle de Skyrock et RMC (dont il a été consultant) comme une « guerre à mort » entre deux France etdénonce une France « infestée » de « bolchos ».

Pendant les débats sur le mariage gay, il a appelé à « marcher sur l’Elysée ».

A l’occasion, il se défoule aussi sur Twitter :

« Eva Joly va assister aux obsèques des paras ? J’espère que les collègues paras sauront l’accueillir comme elle le mérite......... »

La rencontre entre les deux hommes remonte à l’été 2011 et s’est faite à Sud Radio, affirme Robert Ménard. Denis « Florent » Cheyrouze a participé à la refondation de la grille de la radio qui provoquera son arrivée. Pour la matinale qui lui est confiée, le consultant expérimenté sera son « coach ».

Concomitamment, Robert Ménard, alors employé d’ i>Télé, reçoit la porte-parole de l’Opus Dei, venue défendre le mouvement alors qu’une association liée à celui-ci, l’Acut, voit son procès commencer (l’association sera finalementcondamnée).

Robert Ménard conteste le fait d’avoir été instrumentalisé par Cheyrouze, rappelle la tournure « musclée » de l’entretien.

En février 2013, c’est en revanche assez complaisamment que Robert Ménardinterroge à son tour le vicaire de l’organisation, monseigneur Antoine de Rochebrune, sur un média bien à lui cette fois-ci.

Et, passant désormais plusieurs jours par semaine en province pour sa campagne « Choisir Béziers », il a lancé un blog dédié... avec l’aide technique de son « bon copain ». Il promet néanmoins de confier la réalisation du site officiel à une entreprise locale.


Olivier Pechter "Rue 89"

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