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mercredi, 07 août 2013

Photo de groupe

 

Hier matin l'on avait réuni salle Victor Hugo à l'Assemblée députés et sénateurs socialistes.

L'occasion de faire le point sur la situation politique ? Malheureusement, à peine ! L'heure serait pourtant venue d'aller au delà des constats et des catalogues de bonnes intentions. Que l'opinion soit inquiète et méfiante, il n'était pas besoin de dérouler les sondages pour le savoir. Qu'il faille reprendre l'initiative, qui pourrait en douter ? Force fut de constater qu'au-delà du "déficit de communication", l'analyse reste bien courte ! Aussi me suis-je autorisé à la contester et à la compléter.

 

La vérité est que nous sommes victimes d'un triple déficit, qu'à l'instar de celui de nos comptes publics, nous serions bien inspirés de combattre :

-      Un manque de perspectives tout d'abord. La politique de redressement, indispensable, qui est menée semble dans l'esprit de ses promoteurs se suffire à elle-même et subit du coup une dérive technocratique. Pourquoi nous battons-nous pour remettre en ordre les finances du pays, sinon parce que nous aimons "ce cher et vieux pays" et que nous voulons lui rendre les moyens de son indépendance financière et de son influence ? Y a-t-il meilleur argument que le patriotisme qui nous anime et qui justifie les efforts demandés ? Pourquoi ne pas le revendiquer clairement ? Ne serait-ce pas le moyen de toucher l'opinion dans ses tréfonds ? Et n'est-ce pas cet amour de notre patrie qui nous permettra de trouver la force, de persévérer et d'ouvrir des pistes nouvelles ?

Il en va de même de la réforme des retraites : notre but n'est pas de trouver, comme on nous le serine, 7 ou 8 milliards d’euros, mais d'amorcer une réforme en profondeur d'un système qui est devenu injuste à force de se complexifier ! Quel devrait être notre but sinon de bâtir ce "régime universel" qu'avaient voulu ses fondateurs avant de céder sous le poids des corporatismes ? Sommes-nous simplement des "serreurs de boulons" ou bien avons-nous gardé l'ambition de changer les choses ?

Et la transition écologique, qui semble aujourd'hui plutôt le moyen de satisfaire des alliés rebelles que de mettre en œuvre le projet de société que signifient une économie et une société plus économes ? Le défi écologique qui est devant nous, je ne cesse de le répéter, peut être un formidable facteur de régénération du projet que nous portons, pour autant que nous l'assumions pleinement. Donner du sens à nos politiques c'est aussi se donner les moyens de les faire comprendre ! Cela paraît assez simple pour autant que l'on ait des convictions fortes !

-      Une difficulté, ensuite, à faire des choix clairs qui alimente le scepticisme et les doutes de nos compatriotes. D'autant que ce "louvoiement" affecte des sujets essentiels comme (excusez du peu !) l'avenir de notre Europe. Nous devons indiquer nettement notre préférence pour une intégration budgétaire et économique plus poussée en contrepartie d'un assouplissement des règles de concurrence, c'est-à-dire d'un plan de relance industriel ciblé. A défaut, nous n'avons pas d'autre option que de réfléchir à une alternative aux disciplines de l'Euro, sauf à souscrire à l'inimaginable, c'est-à-dire à la poursuite du processus de destruction massive de nos emplois industriels !

-      L'inertie et l'impuissance du PS, enfin, qui joue si peu son rôle que le Président de la République se voit obligé de réunir lui-même à l'Elysée les partis de la majorité. Ce dîner fut un désaveu cinglant pour un Premier secrétaire qui n'y a vu pourtant que du feu. Rien n'est possible, je l'écris depuis plus d'un an, sans un parti dynamique et offensif. Or, le constat que nous devons faire est celui de la démotivation de nos militants et de la démobilisation de nos électeurs. L'urgence serait de mettre en place un comité des sages qui définisse une feuille de route politique, propose les réorganisations nécessaires de la direction et lance une nouvelle étape de la rénovation de notre fonctionnement.

Bref, les solutions existent pour autant, et c'est sans doute là que le bât blesse, que l'on veuille bien regarder les réalités en face !

A la différence de ce que j'ai entendu hier, il nous faut pour cela définir non "la France que nous ne voulons pas" (Harlem Désir) mais au contraire celle que nous voulons et à laquelle nous travaillons ! N'est-ce pas le moindre des devoirs pour la majorité que de fixer l'ordre du jour politique ?

Gaetan Gorce

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