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mardi, 21 mai 2013

Faut-il conserver l'arme nucléaire?

 Je regrette que la réflexion menée par la commission du Livre Blanc n’ait pas pu aborder un sujet, pourtant essentiel mais qui semble interdit de débat, celui de la pertinence de l’arme nucléaire dans notre stratégie de défense.

 

       Rappelons-nous. Il y a un peu plus de 23 ans, le Mur de Berlin tombait. Cet évènement majeur, suivi du démantèlement du bloc soviétique, mettait fin à la bipolarisation du monde et marquait une vraie rupture sur la scène internationale. Pourtant, aucune nouvelle doctrine de sécurité n’a véritablement émergé de cette mutation géopolitique profonde. Pour ce qui concerne la France, la dissuasion nucléaire - qui consiste à exposer son adversaire à un risque de destruction massive - reste le pilier de sa politique de défense.

 

       Hier, le contrôle des armes nucléaires symbolisait la volonté de maintenir un équilibre –même fragile- entre les blocs de l’Est et de l’Ouest et une certaine pertinence stratégique des armes nucléaires pouvait se concevoir.

 

       Aujourd’hui, les menaces de l’époque de la Guerre froide sont à ranger au nombre des peurs du passé et la théorie de la dissuasion nucléaire n’est plus adaptée au monde en mouvement de ce début de 21ème siècle. C’est l’existence même des armes nucléaires, couplée au risque de prolifération et de terrorisme nucléaire, qui constitue paradoxalement la plus grande menace.

 

       La nouvelle donne internationale et son lot d’instabilités politiques profondes plaident pour faire de l’élimination des armes nucléaires le fer de lance d’une nouvelle doctrine de sécurité internationale. C’est plus par le multilatéralisme et les traités comme le TNP[1] qu’on combattra la prolifération nucléaire que par la dissuasion. De plus, en présentant les arsenaux nucléaires comme un outil de prestige et en établissant un lien entre la possession de l’arme nucléaire et « le statut de grande puissance », on incite certains pays à s’en équiper, alors que le but du TNP, ratifié par la quasi-totalité des membres de l’ONU (189), est d’aller vers une disparition de ces armes[2].

 

       La nouvelle génération ne croit pas en la stabilité éternelle des Etats dotés de l’arme nucléaire. Elle a compris que les armes nucléaires dont elle hérite ne l’aideront pas à répondre aux désordres du monde du 21ème siècle : le terrorisme, la crise économique et financière, la pollution et le réchauffement climatique, la pauvreté, les épidémies… Elle s’indigne d’entendre parler de coupes budgétaires qui affectent les dépenses sociales, alors qu’elle sait que la charge financière globale des arsenaux doit dépasser 700 milliards d’euros pour la prochaine décennie. Elle croit au contraire en un monde dans lequel la promotion du désarmement nucléaire confère plus de pouvoir politique et de prestige que la possession d’arsenaux surdimensionnés, dangereux et coûteux.

Paul Quiles, ancien ministre de la Défense

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